Sur la rive gauche de l'estuaire de la Gironde, à Jau-Dignac-et-Loirac, un peu au nord de Pauillac, le pittoresque phare de Richard...


Sur la rive gauche de l'estuaire de la Gironde, à Jau-Dignac-et-Loirac, un peu au nord de Pauillac, le pittoresque phare de Richard offre un aperçu instantané de l'histoire des phares de la presqu'île du Médoc.

Le phare a été construit en 1843, à un endroit sur la rive de l'estuaire où un grand peuplier, connu sous le nom "l'arbre de Richard", servait d'aide à la navigation pour les marins jusqu'à ce qu'il soit détruit en 1830 par une violente tempête. Cependant, après son entrée en service, on remarqua rapidement que le phare de Richard avait une lacune sérieuse : à 18 mètres seulement, il était trop petit ! Ainsi, en 1870, il fut remplacé par une structure métallique moins travaillée mais bien plus grande (31 mètres) et plus efficace, et les deux phares ont cohabité côte à côte pendant près de 80 ans.

Le panorama autrefois : les phares de 1870 et 1843 côte à côte (source photo : www.phare-richard.com).
Une maquette à échelle 1/10, réalisée en 1997 par des lycéens de Pauillac, se trouve à l'emplacement où le deuxième phare était installé autrefois.
Mais avançons jusqu'aux années 1950, époque à laquelle les méthodes de navigation maritime ont évolué dans l'estuaire avec l'utilisation de balises. Le deuxième phare plus imposant a fort logiquement cessé de fonctionner en 1953 et a été démoli trois ans plus tard pour en récupérer la ferraille. Le premier phare de Richard ainsi que les terres avoisinantes ont été vendus à un particulier. Le lieu a ensuite été laissé à l'abandon pendant de nombreuses années. 

La localisation des balises sur l'estuaire est détaillée sur un plan d'orientation au pied du Phare de Richard.
Ce fut le cas jusque dans les années 80, quand un groupe de jeunes adolescents a pris l'initiative de nettoyer le site. Ils ont vite reçu le soutien de la mairie et, en 1988, la propriété a été rachetée par la commune. Au cours des années suivantes, le phare a été restauré de haut en bas et, en 1993, l'Association communale du phare de Richard a été créée pour redonner vie au phare en tant que site patrimonial, avec pour but d'attirer les touristes et d'organiser diverses activités culturelles.

Et c'est encore le cas aujourd'hui : le phare est en effet ouvert au public toute l'année et, pour un droit d'entrée symbolique (deux euros), les visiteurs peuvent grimper les 63 marches jusqu'au sommet de la structure et, depuis une petite plateforme qui entoure le sommet du bâtiment circulaire, profiter d'un point de vue unique sur l'estuaire de la Gironde. En plus de pouvoir admirer la rive nord et le village de Talmont-sur-Gironde, la vue embrasse une longue rangée de carrelets si typiques de la région.

La vue depuis le haut du phare avec, en face, Les Monards, Mortagne-sur-Gironde et, quelque part au fond à gauche, Talmont-sur-Gironde!
Une belle rangée de carrelets.
Au rez-de-chaussée du phare, un petite musée (avec un coin boutique) permet d'en savoir plus sur l'histoire du phare et, plus largement, des traditions de pêche sur l'estuaire de la Gironde. Au pied du phare, un carrelet construit par l'association en 2008 est également disponible à la location. Enfin, la zone autour du phare a été convertie en aire de pique-nique. Il y a en effet pire endroits pour profiter d'un casse-croûte !...

Le panorama en regardant vers le sud en dominant le carrelet construit par l'Association communale du phare de Richard.
Tout ce travail et et tous ces efforts ont porté leurs fruits : chaque année, près de 12 500 touristes à la découverte du Médoc, réputé surtout pour ses vignes et ses châteaux, prennent le temps de s'arrêter au phare de Richard, de respirer l'air vivifiant de l'estuaire et de s'imprégner de la culture des pêcheurs et des marins de la Gironde.

Vue aérienne du Phare de Richard, capturée lors d'un vol au-dessus de la côté Atlantique et l'estuaire de la Gironde il y a quelque temps.
> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : phare de Richard, Jau-Dignac-et-Loirac.
> Site internet officiel : www.phare-richard.com (avec notamment un diaporama intéressant retraçant les hauts et les bas du phare, disponible ici).  
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Une fois de plus nous errons dans les rues de Bordeaux avec d'anciennes cartes postales dans une main et un appareil photo dans l'...

Une fois de plus nous errons dans les rues de Bordeaux avec d'anciennes cartes postales dans une main et un appareil photo dans l'autre ! Et voici le résultat de cette nouvelle promenade, qui démarre devant la porte Cailhau, porte défensive du Moyen Âge.


Porte Cailhau : finalement le panorama n'a pas tant changé que cela depuis cent ans, mis à part tous ces poteaux pour contenir la circulation et empêcher le stationnement gênant ! Il y a en effet des dizaines sur le panorama cuvée 2018 ci-dessous ; ils n'ont pourtant pas empêché un camion blanc de s'incruster sur la photo ! 
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Place Pey-Berland et le Palais Rohan (hôtel de ville) : cette carte postale de 1971 permet de redécouvrir une période à laquelle cette zone était dédiée au stationnement. Plus tard, pendant les années 1980 et 1990, l'ambiance était bien différente puisque la place était un carrefour géant synonyme d'embouteillages quotidiens ! Ce n'est qu'avec l'arrivée du tram dans les années 2000 que la place est devenue un lieu de promenade et de détente.
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Place de la République / hôpital Saint-André : dans cet espace, qui se situe entre le palais de justice et l'hôpital Saint-André, se trouvait autrefois le spectaculaire "monument des Enfants de la Gironde morts pour la Patrie en 1870-71", inauguré par le président de la république Raymond Poincaré en 1913. Le monument ne s'y trouve plus mais n'est pas bien loin, il a été déplacé de quelques mètres seulement ; mais son emplacement d'origine est désormais un terminus de bus !
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Place Picard / Statue de la Liberté : cette réplique de la réalisation la plus célèbre du sculpteur Bartholdi est déjà une habituée du blog. La statue d'origine installée avec sa fontaine en 1888 (et qui a disparu en 1941) était manifestement une œuvre bien plus grande et élaborée que la version en résine en place depuis l'an 2000.
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Maison Gobineau : restons en quelque sorte à New York, au moins par procuration, car cet immeuble triangulaire (achevé en 1789) rappelle inévitablement le légendaire Flatiron Building sur le Fifth Avenue (qui date, quant à lui, du début du 20e siècle). Aujourd'hui, avec tous ces feux tricolores et lignes de tram, les piétons doivent être attentifs à tous moments ; il est nettement moins facile de poser pour le photographe en plein milieu de la rue. Mais la différence la plus remarquable est sans doute l'ajout d'un étage supplémentaire à la maison Gobineau ! 
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Gare Saint-Jean : les automobiles ne sont plus les bienvenues sur cet espace, mais sinon on retrouve bien l'ambiance de point de rencontre et de centre de gravité de transports en commun. Les pavés du 21e siècle semblent bien plus lisses que leurs homologues d'antan ! 
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Place Gambetta : quelque part les parterres de fleurs n'ont pas changé tant que cela depuis cette vue de 1951, mais il y a nettement moins de chaises aujourd'hui pour s'asseoir ! Du côté droit, on devine la librairie Picouot, qui est aujourd'hui le magasin d'accessoires déco Pruilh, ou encore l'établissement du Petit Paris qui est désormais un restaurant Hippopotamus. La place s'apprête a vivre une importante métamorphose donc il est probable qu'on ait davantage de difficultés à faire ces comparaisons à l'avenir !
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Quai Louis XVIII : adieu aux voitures hippomobiles et aux chiens errants ! Les lignes de tram sont plus ou moins revenues au même emplacement qu'au début du 20e siècle. Quant au "Café Américain" à l'angle ? On y trouve désormais le café Via Luna !
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Invisible Bordeaux a déjà couvert le séjour de six mois à Bordeaux de Mitt Romney , personnage politique américain et candidat malheur...


Invisible Bordeaux a déjà couvert le séjour de six mois à Bordeaux de Mitt Romney, personnage politique américain et candidat malheureux aux élections présidentielles de 2012. Son pied à terre était place du Maucaillou près du marché des Capucins. Mais le centre de gravité de son activité de missionnaire était du côté de Talence et de la rue Pierre-Romain, où se trouve cette chapelle mormone.

Il s'agissait de la première chapelle mormone construite en France (on en recense désormais 110 pour quelque 36 500 pratiquants). C'est en 1963 que l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours a acheté ce terrain dans un quartier résidentiel calme de cette banlieue de Bordeaux, et le projet de construction a été piloté par Thor Leifson, membre de l'église. À cette époque, la paroisse comptait environ 35 membres qui, au départ, se réunissaient dans une villa abandonnée sur le terrain.

La première pierre symbolique a été posée le 8 juin de cette même année, quelque temps avant l'obtention du permis de construire ; le projet n'allait être approuvé par les autorités qu'au mois d'octobre. Les travaux de construction pouvaient alors démarrer et ont été assurés intégralement par des missionnaires mormons - dont un bénévole venu exprès de Rennes - et des bénévoles. On comptait jusqu'à 50 personnes sur le chantier. Les membres de l'église qui ne pouvaient contribuer aux tâches de construction aidaient en faisant la lessive et le repassage des missionnaires ou en leur apportant des repas maison. Les membres de l'église ont également participé financièrement à l'opération en mode "crowdfunding" par l'achat de briques de la future chapelle au prix d'1 franc l'unité.


Pendant ce temps, les travaux de démolition de la villa ont démarré sous la houlette de l'entreprise Navarro, dont le directeur n'était au départ pas intéressé par le projet. C'est en apprenant que le commanditaire était l'église mormone qu'il a accepté ; ce monsieur Navarro était en effet quelqu'un qui croyait à la Bible de façon littérale, et était de retour depuis peu d'une expédition au Mont Ararat à la recherche des restes de l'arche de Noé. Il en a d'ailleurs ramené des fragments de bois pétrifié vieux de 4 400 ans (daté au carbone 14). Reste à savoir s'il s'agissait donc de restes de l'arche de l'ancien testament ! 

Pendant la période de transition entre les deux lieux de culte, la congrégation se réunissait dans des locaux préfabriqués. Mais, fin été 1964, les travaux de l'extérieur du bâtiment étaient terminés et ce sont les aménagements intérieurs qui ont démarré. Le tout était terminé mi juillet 1965 à temps pour l'organisation et l'accueil de la conférence de Jeunesse de la Mission Française de Paris. Après quelques finitions supplémentaires, l'église a été officiellement inaugurée le 10 décembre 1965 par "l'apôtre" mormon Howard W. Hunter (qui est devenu président du mouvement mormon pendant une courte période de neuf mois entre 1994 et son décès en 1995). La "consécration" de l'église a suivi quelque temps plus tard, au mois de mars 1967. 


Howard W. Hunter est manifestement revenu à la chapelle en 1968. Dans un dossier publié par The Boston Globe en 2008, ces photos d'archives prises par Marie-Blanche et Jean Causse montrent Romney aux côtés de Hunter devant et dans la chapelle talençaise. Sur la photo du haut on aperçoit Romney debout quatrième en partant de la gauche, et Hunter debout neuvième en partant de la gauche. En bas à droite, le même panorama aujourd'hui (photo prise en 2012).
Il est difficile d'avoir des chiffres précis, mais au fil des dix années suivantes l'église de Talence a attiré de plus en plus de fidèles et a notamment mis en place une école primaire pour 35 enfants, une troupe de scouts, des activités de théâtre ou de prise de parole en public, sans oublier de nombreuses animations de type soirées couscous ou soirées déguisées (souvent autour d'un thème "far west" !).

Aujourd'hui, l'église maintient encore de bonnes relations avec la municipalité talençaise et sert sans doute encore et toujours de point de ralliement et de rencontre de jeunes missionnaires mormons. Parmi ceux présents aujourd'hui, certains deviendront-ils également de grands personnages politiques à l'avenir ?

> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : Mormon chapel, 10 rue Pierre-Romain, Talence 
> Retour sur le séjour de Mitt Romney à Bordeaux et à Paris  
> Récit détaillé de l'l’Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours en France
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Mitt Romney, candidat républicain malheureux face à Barack Obama lors des élections présidentielles américaines de 2012, a souvent évoqu...


Mitt Romney, candidat républicain malheureux face à Barack Obama lors des élections présidentielles américaines de 2012, a souvent évoqué ses liens privilégiés avec la France et la culture française. Retour dans ce dossier (ainsi que du côté d'Invisible Paris) sur le parcours de Mitt Romney dans l'hexagone.

Tout remonte à la fin des années soixante et les deux ans et demi passées en France en tant que missionnaire au service de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, appelée aussi Église mormone. Cette mission comprenait notamment un séjour de six mois à Bordeaux à compter de janvier 1968, période à laquelle laquelle Romney et son binôme Steven Bang habitaient un appartement situé au numéro 4 place du Maucaillou, dans le quartier très animé du marché des Capucins. Romney avait alors 20 ans et découvrait le port de la lune après être passé par les villes du Havre et de Brest, et avant de terminer son chapitre français à Paris.


Lors d'un entretien accordé en 2012 à l'Agence France Presse par André Salarnier, l'ancien responsable de la chapelle mormone de Talence [lire le dossier Invisible Bordeaux dédié à l'histoire de cette chapelle], s'est souvenu d'un « grand gaillard, plutôt charismatique » qui « venait manger chez nous assez fréquemment. Il raffolait des galettes bretonnes de ma femme » (ainsi que de son coq au vin selon d'autres témoins). Salarnier gardait aussi l'image d’un « leader naturel » doté « d’une certaine prestance, très sympathique, très ouvert et très francophile ».  

Le quotidien de Romney se composait alors de séances de prière, lecture des Écritures et circuits d'évangélisation de porte à porte en compagnie de son compère Bang. Grâce à ses qualités de leader, Romney a également été désigné pour être le responsable de ses pairs missionnaires dans tout le sud-ouest de la France. Parmi les aventures les plus marquantes vécues par le duo de choc, retenons l'intervention spontanée des deux missionnaires lorsqu'ils ont aperçu un immeuble en feu dans Bordeaux. Romney et Bang n'ont pas hésité à pénétrer dans le bâtiment envahi par la fumée pour aider les habitants à en sortir.

La vue depuis la porte d'entrée de Mitt Romney.
Romney était donc à Bordeaux lorsque les mouvements sociaux de mai 1968 ont paralysé le pays. Les missionnaires mormons dépendaient des fonds envoyés depuis les États-Unis (ils vivaient avec 110 dollars par mois), mais l'argent se tarissait. Romney a dû chercher d'autres moyens d'obtenir de l'argent jusqu'à se rendre en Espagne pour y retirer du liquide des banques.

Le 16 juin 1968, Romney a été impliqué dans un grave accident de voiture survenu à Bernos-Beaulac, à 75 kilomètres au sud de Bordeaux. De retour de Pau pour intervenir dans le cadre d'une mésentente entre membres d'une petite congrégation mormone, il était au volant de la voiture qui ramenait, entre autres, le président de la mission mormone française Duane Anderson.

Leur véhicule a été heurté de plein fouet par une voiture conduite par un prêtre catholique, Albert Marie. La femme d'Anderson, Leola, a été tuée sur le coup. Romney, qui a toujours soutenu qu'il n'était pas fautif (les témoins ont affirmé qu'Albert Marie était ivre quand l'accident a eu lieu), a été grièvement blessé. À tel point que le premier policier présent sur les lieux aurait écrit « décédé » ou « il est mort » dans le passeport de Romney. 


À l'hôpital, Romney est rapidement sorti du coma. Quatre jours plus tard, il était dans un train à destination de Paris, dans une wagon affrété par l'Église. Des ambulances ont même été autorisées sur les quais de la gare de Bordeaux Saint-Jean pour déposer Romney et Anderson. Ce traitement « VIP » a été attribué au fait que le père de Romney, George W. Romney, était gouverneur du Michigan et avait été jusqu'à récemment l'un des favoris dans la course à l'investiture du parti républicain à l'élection présidentielle de 1968.

Lors d'un meeting en décembre 2011, Romney a raconté son séjour en France à ses partisans au New Hampshire. Il a expliqué que la France n'était « pas tout à fait un pays du tiers-monde » mais a ajouté que « la plupart des appartements dans lesquels je vivais n'avaient pas de réfrigérateur ». Était-ce son appartement de la place du Maucaillou dont il se souvenait en parlant des solutions rustiques constituées de seau utilisé en l'absence de toilettes ? Ou encore des moyens pour se laver : « Si on avait de la chance, on s'achetait un tuyau qu'on attachait au robinet de l'évier et on s'en servait pour se nettoyer. » Il se souvient également s'être dit à l'époque qu'il avait « beaucoup de chance d'être né aux États-Unis ».


Romney parlait-il donc de Bordeaux, ou plutôt du Havre ou de Brest ? En tout cas, il est certain qu'il ne décrivait pas le lieu où il a vécu par la suite dans le 16e arrondissement de la capitale de la France. Découvrez la suite de l'histoire en lisant le dossier d'Invisible Paris [en anglais] ! 

> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : place du Maucaillou: Mitt Romney's former living quarters 
> Découvrez le deuxième papier "Romney" d'Invisible Bordeaux dédié à la chapelle mormone de Talence
> Photos suite à l'accident de voiture : copyright André Salarnier 
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Rembobinons plus de 100 ans jusqu’en 1914 pour nous retrouver sur la place Jean-Jaurès dans le centre-ville de Bordeaux (connue, à cet...


Rembobinons plus de 100 ans jusqu’en 1914 pour nous retrouver sur la place Jean-Jaurès dans le centre-ville de Bordeaux (connue, à cette époque-là, sous le nom de place Richelieu) où l’objectif d’un photographe inconnu pointe sur la statue en bronze de l’ancien président de la République Sadi Carnot.

Cette statue avait été dévoilée en septembre 1896, deux années seulement après le décès du président Carnot, et était le produit d’un travail d’équipe entre le sculpteur Louis Ernest Barrias, l’architecte Jean-Louis Pascal et la fonderie Barbedienne. L’ensemble du projet avait été financé par des dons publics et par des subventions allouées par le conseil municipal et le ministère d’État de l’Instruction Publique et des Beaux-Arts. En tout, la facture s’élevait à 42 567 francs d’alors.

Marie François Sadi Carnot était le quatrième président de la IIIe République de 1887 jusqu’à sa mort à l’âge de 57 ans en 1894. Neveu de l’illustre physicien Nicolas Léonard Sadi Carnot, au cours de sa carrière politique il a occupé le poste de préfet du département de la Seine-Inférieure puis a été élu député pour la Côte d’Or à l’Assemblée nationale. Après un passage au ministère des Finances il a été élu à la présidence de la République. Entre autres événements sous son mandat retenons la célébration en 1889 du centenaire de la Révolution, la tenue à Paris – également en 1889 – de l’Exposition Universelle, ou encore la gestion du scandale de Panama en 1892, suite à des révélations sur la corruption de personnages politiques. Carnot est décédé à Lyon au mois de juin 1894, victime d’un attentat perpétré par un anarchiste italien. La France, encore en état de choc, s’est rassemblée pour les funérailles de Carnot au Panthéon de Paris le 1er juillet 1894.

La place Richelieu hier, et la place Jean-Jaurès aujourd’hui.
Sur le blog, nous avons déjà croisé Sadi Carnot à Bordeaux à deux reprises : le 27 avril 1888 c’est bien lui qui a inauguré la (première) réplique de la Statue de la Liberté sur la place Picard, lors d’une cérémonie qui a duré à peine cinq minutes. C’est également en 1888 qu’il a inauguré le parc bordelais, espace verdoyant qu’on doit notamment à l’héritage du grand philanthrope Camille Godard.

Le monument en 1914 et le même panorama quelque cent ans plus tard. Quid de tous ces volets qui ont disparu ?
Lors d’un discours donné par Carnot lors d’un banquet qui s’est tenu à Bordeaux, toujours en 1888 (tous ces événements ont-ils eu lieu le même jour ?...), il a salué les valeurs républicaines de la Gironde en déclarant : « Je suis ici sur la terre classique de la Liberté et le cœur de la population girondine proteste contre tout ce qui pourrait servir les intérêts ou encourager les espérances des ennemis de la République. »

Cette phrase emblématique a marqué les esprits girondins et figurait ainsi sur le monument, gravée sur la tablette sur laquelle reposait la main gauche d'un personnage féminin, symbolisant l’histoire, positionné au pied du monument. Dans sa main droite ce même personnage levait vers Carnot une feuille de palmier dorée. À ses côtés il y avait un jeune enfant qui tenait un bouquet d’immortelles ; tout un symbole également.

Gros plans sur les personnages au pied du monument..
La statue est restée en place jusqu’en 1941, période où les métaux non-ferreux ont été mobilisés afin d’approvisionner les usines d’armement en cette période de guerre. L’architecte municipal de l’époque aurait déclaré que la statue de Carnot pouvait « disparaître sans regret » après ses 45 années de bons et loyaux services, d’où l’espace ouvert que l’on connaît encore aujourd’hui au niveau de la place Jean-Jaurès.

Avec mon ami Anthony Poulachon (et l'aide de Photoshop), nous nous sommes amusés à remettre la statue à sa place en ces temps modernes !
 > Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : Former site of Sadi Carnot monument, place Jean-Jaurès, Bordeaux.
> De nombreux éléments figurant dans cet article ont été récupérés du côté de cette page e-monumen.net.  
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L'histoire d'amour entre la France et ses ronds-points paysagés ne cesse de s'amplifier, et la métropole bordelaise n'est...

L'histoire d'amour entre la France et ses ronds-points paysagés ne cesse de s'amplifier, et la métropole bordelaise n'est pas en reste. Il y a bien longtemps, Invisible Bordeaux s'est attardé du côté des carrefours giratoires dédiés aux villes jumelles du Haillan, et cette fois-ci on découvre le même concept mis en œuvre par la commune de Villenave d'Ornon avec ses hommages à ses propres villes jumelles : Seeheim-Jugenheim (Allemagne) et Bridgend (Royaume-Uni).  

Commençons par le clin d’œil à Seeheim-Jugenheim. D'après Wikipédia, Seeheim-Jugenheim est une municipalité située au cœur de Darmstadt-Dieburg, arrondissement du district de Hesse, à l'ouest de l'Allemagne. La municipalité compte 17 000 habitants et est composée de sept villages distincts : Balkhausen, Jugenheim, Malchen, Ober-Beerbach, Seeheim, Steigerts et Stettbach. Cette zone est connue comme point de départ réputé de pistes cyclables qui mènent vers une montagne, Melibokus. Enfin, puisqu'il y a peu d'activité industrielle ou commerciale à Seeheim-Jugenheim, les habitants travaillent plutôt dans les grandes villes aux alentours : Darmstadt, Frankfurt ou Heidelberg.


Le jumelage entre Seeheim-Jugenheim et Villenave d’Ornon (distance entre les deux : 1 176 kilomètres) a démarré en 1982 et ce bel hommage paysagé prend la forme d'une réplique en échelle réduite de la vieille mairie de village de Seeheim. Grâce à un petit coup de pouce de Google et de Wikipédia, il n'a pas été trop compliqué de trouver une photo du bâtiment d'origine afin de pouvoir faire une petite étude comparative.

À gauche, l'authentique ancienne mairie de village de Seehem (source : Wikipédia). La reproduction de Villenave d'Ornon est plutôt fidèle au modèle d'origine !
La version miniature de la mairie à Villenave d'Ornon (inaugurée en octobre 2015) a beaucoup de charme, avec ses fausses portes et fenêtres, et ses véritables girouette et horloge - bien que ce dernier soit actuellement hors service car l'aiguille des minutes s'est détachée ! Non loin de la mini-mairie se trouvent quelques pieds de vignes, mais impossible de savoir si le cépage est plutôt typique du sud-ouest de la France ou de l'ouest de l'Allemagne !
Quelques détails de la mini-mairie, dont l'horloge, qui a connu des jours meilleurs !
De l'autre côté de la Rocade (nous sommes tout près de la sortie 18) se trouve l'hommage de Villenave à Bridgend ou, pour utiliser son nom gallois, Pen-y-bont ar Ogwr pour "le bout du pont sur l'Ogmore", allusion au fleuve qui traverse la ville. Ville jumelle de Villenave depuis 1994 (distance entre les deux : 1 264 kilomètres), Bridgend compte 40 000 habitants. Son agglomération (le county borough of Bridgend) comprend également Maesteg et Porthcawl et le tout représente quelque 140 000 habitants.

Ce McDonald's est ouvert 24 heures par jour...
Parmi les sites emblématiques situés aux alentours de Bridgend, citons le verrou triangulaire constitué de trois lieux fortifiés (le châteaux de Newcastle et d'Ogmore, et le prieuré fortifié d'Ewenny) construits au XIe siècle suite à la conquête de l'Angleterre anglo-saxone par les Normands. Par contre, parmi les premiers résultats proposés par une recherche Google sur Bridgend on retrouve aisément la triste vague de suicides d'adolescents qui a touché la zone entre janvier 2007 et février 2009 (26 morts !).

L'ouvrage sur le giratoire de Villenave est une interprétation littérale de la notion de "bridge end", ou bout du pont, avec son flux constant d'eau qui déborde depuis l'extrémité d'un pont ou aqueduc. La forme du pont ne rappelle pas forcément celle du pont historique au-dessus de l'Ogmore en centre-ville de Bridgend, mais la silhouette pourrait éventuellement s'inspirer de l'aqueduc Bont Fawr à Pontrhydyfen, situé à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Bridgend. Ou alors ce choix a au contraire un accent bien plus local, faisant allusion à l'aqueduc de l'ère gallo-romaine découverte progressivement ces dernières années lors de fouilles dans le quartier tout proche de Sarcignan. 

Gros plan sur l'ouvrage "Bridgend". À noter : la porte d'accès au système de pompage.
L'eau qui coule est en quelque sorte une illusion d'optique puisque la première impression est qu'elle coule telle un torrent depuis la butte qui se trouve tout à côté ; on aurait presque envie de la comparer aux célèbres vallées du sud du Pays de Galles ! En réalité, le dispositif est un simple circuit fermé où l'eau du bassin est pompée en permanence jusqu'en haut de la structure en passant par le dernier pilier du pont.

Pour compléter le tout, au-delà de la butte fleurie évoquée plus haut, admirons les quelques grands palmiers qui, il est vrai, rappellent davantage la Côte d'Azur que le sud du Pays de Galles ! Enfin, contrairement au rond-point Seeheim-Jugenheim qui est relativement accessible, des panneaux interdisent l'accès à la pelouse et au bassin du rond-point Bridgend (Invisible Bordeaux a donc bravé quelques interdits afin de réaliser ce reportage). Ceci étant dit, le trafic est tellement dense - entre véhicules en transit et clients du McDonald's ouvert 24 heures sur 24 - qu'il faut être particulièrement courageux pour vouloir passer de l'autre côté !

Les beaux palmiers qui rappellent tant le sud du Pays de Galles.
Quoiqu'il en soit, avec l'apparition de tant de ronds-points paysagés, c'est avec grand plaisir qu'on découvre certains comme ceux de Villenave d'Ornon qui sont dotés d'un symbolisme qui va au-delà du simple esthétique. Et ô combien cela doit faire plaisir aux visiteurs de Seeheim-Jugenheim ou de Bridgend de découvrir ces modestes hommages à leurs villes d'origine ! Villenave d'Ornon est-elle honorée de la même façon en Allemagne et au Pays de Galles ?

> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : giratoires Seeheim-Jugenheim et Bridgend, Villenave d'Ornon
Bonus #1 (merci Chris Tighe) : la fontaine du rond-point Bridgend connaît un moment de gloire insolite dans le film "Le Grand Soir" (2011) avec Albert Dupontel et Benoît Poelvoorde. Voyez plutôt !

   

Bonus #2 : l'accès au "Tabac-presse du rond-point" près du giratoire Seeheim-Jugenheim est manifestement compliqué, d'où l'ajout d'une carte explicative destinée aux automobilistes qui a été rajoutée sur la façade !

Mon employeur Thales organise des conférences internes dans l’esprit des célèbres TED Talks et j’ai eu le plaisir d’intervenir lors d’un...


Mon employeur Thales organise des conférences internes dans l’esprit des célèbres TED Talks et j’ai eu le plaisir d’intervenir lors d’un de ces rendez-vous sur notre site de Mérignac. Tout naturellement, ma « talk » a porté sur le blog Invisible Bordeaux et sur l’effet domino que déclenchent certains articles.

Dans le cadre de cette intervention, je me focalise sur trois sujets en particulier (Mort Shuman, la nuit des barricades bordelaises de mai 1968, et l’arboretum du domaine Catros) et dévoile les rencontres, les retombées et les événements qui en découlent. Et voici la preuve en images !


Un grand merci à toute l’équipe encadrante de l’initiative des Thales Talks !