C'était un réel privilège de contribuer à l’édition 2017 des journées européennes du Patrimoine grâce à la complicité de mon employ...

C'était un réel privilège de contribuer à l’édition 2017 des journées européennes du Patrimoine grâce à la complicité de mon employeur, Thales, qui a exceptionnellement ouvert les portes de l’arboretum situé dans l’enceinte de notre ancien site du Haillan. 

Le promenades guidées ont permis aux visiteurs de se familiariser avec l’histoire du lieu et également de découvrir les quelques arbres remarquables (cèdre de l’Atlas, pins Douglas, camelia du Japon, etc.) qui subsistent sur le site. Malgré les quelques averses lors du premier des trois créneaux de visite, la cinquantaine de personnes que nous avons reçue a apprécié cette opportunité de découvrir un lieu méconnu.

Cet arboretum, créé par l’ancien pépiniériste royal Toussaint-Yves Catros à la fin du 18e siècle, s’étendait à l’origine sur une superficie de 15 à 20 hectares et a connu une histoire mouvementée (coupes rases, bombardements…). D’abord un véritable « jardin d’Éden » aux dires de nombreux observateurs, grâce notamment à la plantation de nombreuses essences rares obtenues de multiples échanges avec des botanistes et sociétés savantes à travers le monde, aujourd’hui seules les espèces les plus vigoureuses ont survécu, à savoir tout ce qui a pu rejeter ou se ressemer naturellement.

Cette opération était bien une première pour Thales mais aussi sans doute une dernière puisque, après 46 années de présence, nous libérons ce site historique du Haillan dans les prochaines semaines. Il était donc opportun d’organiser cet événement pour cette édition 2017 des journées du patrimoine. Et, cerise sur le gâteau : le journal Sud Ouest a classé la visite parmi ses dix "coups de coeur" du week-end !

Merci à toutes les personnes qui ont participé aux visites, ainsi qu'à Pascal Guesnet, avec qui j'ai animé cette journée, et Pierre-Emmanuel Raux, directeur d'établissement du Campus Thales Bordeaux, qui a pleinement soutenu le projet !


Le pépiniériste Toussaint-Yves Catros (1757-1836) fut salué de son vivant comme un personnage qui « a porté à son plus haut degré l’art de naturaliser les plantes étrangères ». Nous lui devons notamment la plantation des pins qui consolident les sables de la côte Atlantique, la culture de l’artichaut de Macau dans le Médoc (devenu une spécialité locale), ou encore la création de la société Catros-Gérand qui, depuis son siège à Carbon-Blanc en Gironde, est encore spécialisée dans la production et la distribution de semences. Catros a également réalisé un catalogue encyclopédique de 600 pages publié en 1810, le « Traité raisonné des arbres fruitiers ». (Ouvrage consultable en ligne ici.)

> Dossier complet sur Toussaint-Yves Catros.
> Dossier complet sur l'arboretum du domaine Catros.

Photos : Xavier Audu / Thales.

Traditionnellement, le vélo jaune d'Invisible Bordeaux rayonne autour de Bordeaux et de la Gironde mais, de temps à autres, le blog...

Traditionnellement, le vélo jaune d'Invisible Bordeaux rayonne autour de Bordeaux et de la Gironde mais, de temps à autres, le blog s'éloigne un peu plus. (À titre d'exemple, n'oublions pas le sujet québecois publié l'année dernière !) Ce récit d'un périple à vélo avec mon épouse Muriel suivant le canal de Garonne de Castets-en-Dorthe à Agen a ainsi toute sa place ici !

Le canal, officiellement connu sous le nom Canal Latéral à la Garonne, semble en fait beaucoup plus apprécié des visiteurs étrangers en France que des Bordelais et Girondins (pas assez exotique, ou trop proche de la maison pour certains ?). En tout, il s'étend sur 193 kilomètres et rejoint le Canal du Midi à Toulouse, formant ainsi une voie navigable continue entre l'Atlantique et la Méditerranée.

Il a été construit par étapes : le travail a commencé en 1838 sur le tronçon de Toulouse à Montauban, qui a ouvert en 1844 ; il a été étendu jusqu'à Buzet-sur-Baïse en 1853 et le canal était pleinement opérationnel en 1856. Malgré la forte concurrence des réseaux ferroviaires et routiers, jusque dans les années 1970, la circulation du canal était principalement marchande. Aujourd'hui, la navigation de plaisance a pris le dessus. Au total, le canal compte une flotte touristique d'environ 450 bateaux, ce qui induit près de 500 emplois permanents.

Castets, où le canal rencontre la Garonne, au pied d'un pont de fer de type Eiffel.
Après avoir effectué un trajet de 60 kilomètres depuis Bordeaux, Muriel et moi garons notre voiture et enfourchons nos vélos à Castets-en-Dorthe, le point de départ (ou final, au choix) où le canal rencontre la Garonne, au pied d'un pont de route en fer à voie unique de type Eiffel. Nous rejoignons le chemin de halage ; les premiers kilomètres sont une succession d'écluses, de ponts étroits et de cafés au bord de l'eau, et nos compagnons du bord de l'eau sont des pêcheurs et des promeneurs de chiens (généralement avec des chiens très bien dressés et clairement habitués aux cyclistes). La toile de fond est formée par des champs de maïs, quelques rangées de vignes et de nombreux champs de tournesols qui, malheureusement, ont perdu un peu de leur lustre en ce week-end de fin août.

En arrivant à Fontet, à peine dix kilomètres depuis notre point de départ, nous découvrons ce qui allait être le point le plus insolite de tout le parcours, à savoir le Musée d'artisanat, des monuments en allumettes et sciences naturelles. Il fallait savoir se qui se cachait derrière ; nous voilà donc à l'intérieur embarqués sur une visite on ne peut plus surréaliste.

Le musée est supervisé par des bénévoles qui vous emmènent d'abord dans une grange remplie du sol au plafond par une collection apparemment aléatoire d'objets : animaux empaillés, outils agricoles, gadgets d'antan et productions d'artistes locaux. Les visiteurs sont ensuite dirigés vers un deuxième bâtiment, le royaume personnel d'un certain Gérard Gergerès, présent sur place pour raconter l'histoire complète.

Ce retraité s'est lancé le défi de construire des versions miniatures de sites emblématiques en allumettes. Les maquettes sont impressionnantes, spectaculaires et un poil déstabilisantes aussi, en particulier lorsque des petits jeux de lumière, de son et d'eaux se lancent automatiquement. Son interprétation du château de Versailles couvre une grande partie de la pièce ; on en oublierait presque sa maquette de la cathédrale de Reims, qui lui a valu une mention dans le livre Guinness des Records (pas tout à fait sûr de la catégorie exacte). Quoi qu'il en soit, cette visite était très particulière du début à la fin, et le tout pour la modique somme de 5 euros, s'il vous plaît.

Parmi les interdits dans le musée : la photographie. Ce cliché du château de Versailles en miniature (450 000 allumettes et 14 années de construction) est donc emprunté du site http://museeallumettes.com
Nous reprenons notre parcours et, en passant sur l'un des tronçons où le canal est particulièrement proche de la Garonne, nous nous arrêtons près d'une des écluses les plus jolies du canal et admirons un moulin à eau construit en 1880, le Moulin de l'Auriole, qui manifestement ne produit plus de farine depuis un certain moment


Sur le prochain tronçon, où les platanes sont parfaitement alignées, nous quittons la Gironde et entrons dans le Lot-et-Garonne. Dès les premiers mètres, un champs de melon est là pour nous accueillir dans ce département réputé pour ses cultures de fruits. Nous passons près de Marmande avant de nous diriger vers l'un des villages les plus pittoresques de la route : le Mas d'Agenais.

La pente est raide pour rejoindre la place centrale et sa structure de marché couvert, à quelques pas de l'église du village, l'église Saint-Vincent, dans laquelle nous pénétrons à la recherche de l'objet le plus précieux de le commune : une scène de crucifix peinte par le maître néerlandais Rembrandt. L'histoire raconte que le tableau était la propriété de la famille Duffour, originaire du Mas d'Agenais avant de déménager à Dunkerque. Pour matérialiser leur attachement à leur ville natale, ils ont fait don du tableau à la paroisse en 1804. Le don est d'abord passé pratiquement inaperçu, le tableau ne refaisant surface dans la sacristie qu'en 1850 ! Des rumeurs ont circulé quant à l'auteur du tableau jusqu'en 1960 (110 ans plus tard, quand même), année à laquelle une analyse infrarouge a révélé la signature de Rembrandt et la date de création, 1631.

Le très joli Mas d'Agenais.
Mais nous aurions dû mieux préparer notre venue ; sur place nous constatons que le tableau est absent de l'église car il se trouve actuellement à... Bordeaux, où il peut être vu à la cathédrale Saint-André les mercredis, samedis et dimanches ! Il s'agit d'une mesure temporaire pendant que la vitrine utilisée pour présenter la peinture au Mas d'Agenais subit des réparations (une fissure dans les joints présentait un risque de sécurité pour les visiteurs). Une fois que le tableau sera de retour, il sera présenté au grand public dans "des conditions de sécurité et de présentation améliorées" selon le message actuellement affiché à la place de l’œuvre de Rembrandt.  

L'intérim de l’œuvre de Rembrandt est assuré par une coupure Sud Ouest.
Nous remontons en selle et redescendons vers le canal, à la hauteur du magnifique pont suspendu du Mas d'Agenais, qui relie les deux rives de la Garonne depuis 1840, rien de moins ! 

Vue plongeante sur le pont suspendu. Le canal est visible au premier plan, la Garonne peut être aperçue au fond.
Nous avançons à un bon rythme et traversons le petit port de Villetong, où le quai a pris le nom du « navigateur humanitaire » Pierre Ribes. Un panneau explicatif raconte que Ribes, surnommé « Dr Bateau », partait de cet endroit chaque année en septembre pour Royan, avant de se diriger vers l'Afrique, naviguant seul sur son yacht Le Sphinx et portant des médicaments qu'il livrait aux locaux. En 2004, la 24e croisière de Ribes, alors âgé de 75 ans, était sa dernière : il reste disparu en mer.

Non loin de là, on aperçoit un entrepôt avec un nombre de vieux tracteurs et d'autres véhicules agricoles garés à l'extérieur. Il s'agit du Musée des Amis de la Mémoire Paysanne, qui promet « une collection de machines et d'outils qui retracent l'histoire de l'agriculture et sa mécanisation ». L'endroit est fermé, donc nous nous arrêtons juste le temps de prendre cette photo


Nos prochains arrêts sont la ravissante bastide de Damazan et la commune viticole de Buzet-sur-Baïse. Le canal perd alors un peu de son charme au-delà du curieux dispositif de double écluse qui relie le canal à la rivière Baïse. L'ambiance est peu à peu contaminée par la proximité croissante de l'autoroute A63 (la liaison routière entre Bordeaux et Toulouse), mais on parviendrait presque à l'oublier en admirant le magnifique pont canal au-dessus de la Baïse ; cet ouvrage est sans aucun doute l'un des sites les plus impressionnants de notre périple.


Maintenant, au bord du canal, ce sont les pommes et les kiwis qui font leur apparition. Aux cyclotouristes s'ajoutent désormais de plus en plus de cyclistes urbains car nous nous rapprochons de notre destination finale, Agen. Mais avant d'entrer dans la ville proprement dite, le canal a encore une surprise en magasin : le très insolite Pont-Canal d’Agen. Cette structure de 539 mètres de longueur, 12,5 mètres de large et 10 mètres de hauteur permet au canal de traverser sa grande sœur, la Garonne. Terminé en 1847 et opérationnel à partir de 1849, le pont a été construit selon les dessins des ingénieurs Jean-Baptiste de Baudre et Jean Gratien de Job. Inévitablement, c'est l'un des sites les plus célèbres et appréciés d'Agen.

Le Pont-Canal d'Agen : un projet fou mais aussi très photogénique.
Nous prenons le temps de découvrir le centre-ville très animé d'Agen avant de nous diriger vers le village de Brax où nous passons une soirée tranquille ; un bon repas (et un verre ou deux de Buzet) permet de bien recharger les batteries avant de reprendre la route le lendemain pour le voyage retour.

Alors, que retenir de ce voyage aller-retour de 180 kilomètres ? D'abord, le seul bémol, il faut savoir que le revêtement n'est pas aussi lisse que dans un film hollywoodien. Les racines des arbres prennent lentement le dessus (par en-dessous) sur le goudron ; par endroits le chemin est très accidenté. Mais, selon des sources fiables, le chemin de halage du Canal de Garonne est mieux entretenu et en bien meilleur état que celui du Canal du Midi, par exemple.

Une chose qui m'a frappé est qu'un tel périple rappelle combien une grande partie de la France reste un territoire agricole, avec des parcelles agricoles à perte de vue

Mangez des pommes.
Et des kiwis.
Ou encore des melons.
Un océan de maïs.
Un autre aspect que j'ai apprécié de cette promenade était que vous êtes dans un environnement chaleureux et convivial où les cyclistes se saluent tous les uns les autres ; ou encore lorsque vous apercevez quelqu'un à bord d'un bateau, la communication se fait plus facilement et est plus animée qu'avec les gens sur la terre ferme ! Ce n'est pas propre au Canal de Garonne ; lorsqu'on voit quelqu'un sur un bateau, nous avons tous le réflexe de lui faire de grands signes !

Mais, dans l'ensemble, le sentiment général est que le Canal de Garonne propose un cadre idyllique pour un périple à vélo ; on a parfois l'impression d'être des figurants dans une photo de brochure touristique. Comme quoi, le Canal est non seulement latéral à la Garonne, il s'agit bien d'un monde parallèle où tout semble plus simple !


> Si vous optez plutôt pour un bateau ou une péniche pour partir à l'assaut du Canal de Garonne, l'excellent site French Waterways propose toutes les informations qu'il vous faut : www.french-waterways.com/waterways/south-west/canal-garonne/
> This article is also available in English! 

Quoi de plus agréable que de repérer un site insolite devant lequel on passe à vélo ou en voiture depuis des années sans y prêter attent...


Quoi de plus agréable que de repérer un site insolite devant lequel on passe à vélo ou en voiture depuis des années sans y prêter attention ? Ce fut le cas pour moi par rapport à l'immeuble Le Médoc et le remarquable bas-relief à découvrir au rez-de-chaussée, le tout sur la rue Croix-de-Seguey à deux pas de la Barrière du Médoc. 

Le déclic fut la lecture du bel ouvrage "Chaban, le bâtisseur" signé Marc Saboya, qui retrace l'héritage architectural et d'urbanisme de l'ancien maire de Bordeaux Jacques Chaban-Delmas. Le professeur d'université dédie deux pages à cet immeuble dit du CILG, référence directe à la première vocation du lieu qui était celle de recevoir les équipes du Comité Interprofessionnel Logement Guyenne Gascogne.


Marc Saboya rappelle que cet organisme à but non lucratif a été fondé en 1949 pour permettre aux salariés d'accéder plus facilement à un logement décent. À partir de 1951, depuis sa base sur les allées d'Orléans dans le centre de Bordeaux, le CILG géra la perception des taxes obligatoires payées par les entreprises de la région pour contribuer aux programmes de logement pour leurs employés, largement connu ces jours-ci comme le système 1% patronal ou 1% logement.

Cet immeuble curieux de la Barrière de Médoc, érigé entre 1966 et 1968, fut construit sur mesure pour le CILG, selon les plans conçus conjointement par les architectes Yves Salier, Adrien Courtois, Pierre Lajus et Michel Sadirac. Le bâtiment ne ressemble à aucun autre à proximité : grand, angulaire, à toit plat et comprenant cinq rangées de 18 alcôves rectangulaires entourant les fenêtres de bureau.

 
Mais la véritable pièce de résistance est à découvrir au niveau de la rue: le bas-relief susmentionné exécuté par la célèbre peintre-illustratrice Véronique Filozof (ou Filosof) en 1969.

Cette artiste, née en Suisse en 1904, passa la majeure partie de sa vie d'adulte en France et se révéla relativement tardivement : elle avait en effet 44 ans quand elle commença réellement à mettre en pratique ses dons en matière d'art naïf, après avoir été exhortée à se lancer par une connaissance, éditeur d'une revue artistique et littéraire.
Véronique Filozof en 1960,
source : Wikipedia.

Elle s'illustra notamment en réalisant des dessins en noir et blanc à l'encre de Chine (son outil de prédilection était une plume Sergent-Major), des tableaux en gouaches aux couleurs vives et d'impressionnants décors muraux. Ses œuvres ont été régulièrement présentées lors d'expositions de grande envergure, y compris lors d'un événement en 1956 où elle figurait aux côtés d'artistes comme Picasso, Miró et un certain Jean Cocteau, avec qui elle a développé un lien créatif fort et une amitié durable. Elle est décédée en 1977 dans sa ville adoptive de Mulhouse.

Un exemple de l’œuvre de Véronique Filozof : "Le Palais royal, la marchande de légumes", source: veronique-filozof.fr.
"Le Périgourdin", source: veronique-filozof.fr
Le bas-relief de l'immeuble du Médoc couvre environ un quart du rez-de-chaussée et se compose de sept panneaux verticaux (dont deux positionnés perpendiculairement au trottoir) comprenant les moulures imaginées par Véronique Filozof. Sur certains on reconnaît des sites emblématiques de la ville tels que la Grosse Cloche, la cathédrale Saint-André, la tour Pey-Berland ou les colonnes de l'Esplanade des Quinconces. Les armoiries de la ville apparaissent également, tout comme la courbe de la Garonne, qui s'écoule de panneau en panneau, offrant une forme de continuité entre les dessins. L'héritage maritime de Bordeaux est également visible par la présence d'un paquebot naviguant vers la ville.


D'autres segments comprennent des illustrations plus génériques. À repérer, entre autres : arbres, animaux, une foule de visages, divers motifs abstraits, un soleil majestueux et une fleur magnifique.


Pour compléter le tout on observe différentes citations, sans doute initialement choisies pour rappeler aux équipes CILG la raison d'être de leur quotidien, à savoir aider les gens à bâtir une vie meilleure :

"Si tu veux aimer les pauvres, ne leur donne pas du pain, construisez ensemble une tour ou un navire" – Gabriel Rosset

"Mais les yeux sont aveugles, il faut chercher avec le cœur" – Antoine de Saint Exupéry

"Pour faire des grandes choses, il ne faut pas être au-dessus des hommes, il faut être avec eux" – Montesquieu

"Celui qui aime écrit sur les murs" – Jean Cocteau


"Argent, machinisme, algèbre, les trois monstres de notre civilisation." – Simone Weil

"Penser c’est facile, agir c’est difficile, agir selon sa pensée est la chose la plus difficile du monde." – Johann Wolfgang von Goethe 

"Tels les yeux des chauves-souris éblouis par l’éclat du jour, ainsi notre intelligence se trouve-t-elle éblouie par les choses les plus naturellement évidentes" – Aristote


Et sous cette citation, une dernière inscription : “Ce dessin est de Véronique Filosof 2.1969”.


Pour terminer, revenons à notre immeuble de bureaux : le CILG a quitté le bâtiment en 1977, s'installant dans de nouveaux locaux dans le quartier du Lac au nord de la ville. Aujourd'hui le Médoc abrite un certain nombre de PME et, bien que la façade ait connu des jours meilleurs (notamment l'enseigne "Le Médoc" !), le bâtiment ne se porte pas si mal pour ses 50 ans !


> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : 122 rue Croix-de-Seguey, Bordeaux

Le Bordeaux Invisible a récemment découvert un projet qui vise à reproduire l'opération dite Frankton, à savoir la mission suicide qu...

Le Bordeaux Invisible a récemment découvert un projet qui vise à reproduire l'opération dite Frankton, à savoir la mission suicide qui représente l'un des chapitres les plus étonnants des années où Bordeaux était sous occupation allemande (déjà couvert sur le blog) : dix Marines britanniques sont partis en kayak depuis la côte Atlantique pour descendre l'estuaire de la Gironde afin de positionner des engins explosifs sur des navires de marchandises allemands sur les quais de Bordeaux. 

Seuls deux de ces hommes, surnommés les Cockleshell Heroes, ont survécu à l'aventure, à savoir Herbert "Blondie" Hasler (1914-1987) et Bill Sparks (1922-2002). Ils ont pu s'échapper dans les terres et, arrivés à Ruffec près d'Angoulême, ont rencontré des membres de la Résistance qui les ont guidés à travers les Pyrénées sur le chemin de Gilbraltar, d'où ils ont pu regagner les Îles Britanniques.

Deux aspects différencient ce nouveau projet Frankton 75 (programmé pour septembre 2017) des autres initiatives visant à reproduire la mission Frankton : tout d'abord, les participants tenteront non seulement la descente de l'Estuaire mais aussi la marche jusqu'à Ruffec ; ensuite, l'équipage comprend Mike et Rich Heard, deux petits-fils de Bill Sparks. Par ailleurs, dans l'équipe de soutien figure un certain Terry Sparks, fils de Bill. J'ai fait un point avec Rich pour avoir une vision complète de ce beau projet.
Rich Heard.

Quel est le point de départ de cette aventure ?

Nous retournons sur les traces de notre grand-père Bill Sparks. C'est un rêve pour mon frère Mike et moi depuis que nous sommes enfants : de pouvoir reconstituer la mission et découvrir nous-mêmes certains des sites et des épreuves auxquels les Marines étaient confrontés. Mon frère a eu 40 ans cette année, alors il semblait que c'était une bonne excuse pour s'y mettre ! Mon oncle Terry se joint à nous aussi, il a été dans les Marines pendant 25 ans, et marchera sur les pas de son père.

Présentez-nous l'équipage.

Nous serons six à pagayer : moi, Mike, Mike Hale (un de mes meilleurs amis et notre « gourou » de pagayage !), Juan Greyling (un ami proche qui est toujours partant pour un défi d'endurance insolite !), Alun Davies (agent de police à la retraite qui a travaillé avec moi pendant les 18 derniers mois) et Matt Lardner (bientôt agent de police à la retraite et ex-Marine - il connaît l'histoire Frankton depuis cette époque et est ravi d'être de la fête !).

Prochain arrêt : l'estuaire de la Gironde (source photo : dorsetecho.co.uk)
C'est pour quand et pour combien de temps ?

L'expédition démarrera à 06h30 le samedi 30 septembre 2017 depuis notre point de départ, le Verdon-Sur-Mer. Notre objectif est de descendre l'Estuaire sur trois jours, avec quatre jours pour la marche par la suite. Nous gardons un jour en poche si besoin. Nous aimerions faire une petite fête au café de Ruffec où Sparks et Hasler ont rencontré les membres de la Résistance. Nous avons contacté l'association qui s'occupe de la Frankton Trail et espérons y retrouver quelqu'un de la famille de Mary Lindell ; c'est une certaine famille Dubois qui a caché Hasler et Sparks, puis Mary Lindell les a aidés à s'échapper de la France. Toute participation de leur lignée serait bienvenue!

Retrouvailles de Hasler et Sparks avec Mary Lindell en temps de paix.
Sparks (à gauche) et Hasler (à droite) reunis avec la famille Dubois, qui a pris d'énormes risques afin de protéger les deux militaires britanniques.
Quels sont vos préparatifs ? Où seront vos points de chute ?

Nous avons eu de la chance car Everyone Active (réseau britannique de salles de gym) nous a offert un accès gratuit à leurs équipements afin que nous puissions nous préparer physiquement au défi. Nous avons tout fait pour trouver des kayaks à deux personnes pour nous entraîner et nous avons enfin nos trois barques ! Nous allons programmer quelques jours d'entraînement en groupe et naviguerons le plus possible. Malheureusement, nous sommes tous éparpillés géographiquement ce qui ne facilite pas les choses !

En ce qui concerne nos étapes, mon oncle Terry est notre navigateur et planificateur en chef ; nous cherchons à confirmer nos arrêts exacts ces prochaines semaines. D'après ce que je comprends, il y a en fait très peu d'endroits le long de la Gironde où l'on peut entrer et sortir de l'eau de manière simple et sécurisée.

Vous aurez également toute une équipe en soutien !

L'équipe de soutien est importante, nos proches nous aident énormément dans nos efforts, et notamment de collecte de fonds. Ma sœur (Natalie Pitney) et ma mère (Gill Clark, la fille de Bill) ont envoyé des lettres aux entreprises locales à la recherche de financements, organisé une tombola, etc.

Pendant la mission, Terry sera notre chef de projet, il nous suivra depuis la rive avec mon beau-frère, Jim Pitney. Il est prévu qu'ils préparent nos camps d'un soir, ou potentiellement nous transporteront de A à B afin que nous puissions faire une halte. Nous pourrions également avoir avec nous un ami nommé Andy qui serait aux manettes d'un bateau de secours, mais ce n'est pas encore confirmé. Et lorsque nous arriverons à la partie marche, nous serons sans doute rejoints par d'autres d'amis et de la famille.

Connaissez-vous la région ? À quoi vous attendez-vous ?

Aucun d'entre nous n'a navigué sur la Gironde, mais nous avons été en contact avec plusieurs personnes qui l'ont récemment fait. Nous sommes conscients de l'importance de la marée, surtout à l'embouchure de la Gironde, où les eaux rencontrent l'Atlantique, alors nous pensons que la première étape sera particulièrement difficile, avec le courant et la marée nous entraînant dans toutes les directions. De plus, la Gironde est connue pour son mascaret. Qui n'a jamais rêvé d'une vague de deux à trois mètres qui apparaît de nulle part ?!!

Une réunion d'équipe (source: frankton75th.co.uk).
Une fois que nous serons vraiment sur l'Estuaire, le rythme de l'eau sera notre plus grande préoccupation ; si nous devions chavirer, ou perdre du matériel, cela s'éloignerait très rapidement. De même, si nous manquons notre point d'arrêt, il sera difficle de pagayer contre le courant pour essayer d'y arriver.

D'après ce que j'ai compris, les marées changent en peu de temps donc on peut passer rapidement d'une situation où la marée nous aide à une situation nettement plus difficile où elle nous ralentit. Et puis il y a le vent, l'incontournable variable imprévisible qui pourrait énormément changer les choses !

Donc, nous nous préparons le mieux possible ; une fois que nous aurons les kayaks, nous allons nous entraîner sur des eaux vives pour nous habituer. De plus, nous ferons tout pour atteindre un niveau correct !

Quelle partie sera la plus exigeante ? Le kayak ou la marche ?

Le kayak, forcément, car la puissance formidable de la Gironde nous obligera à rester concentrés à tout moment. De plus, les distances à couvrir sont importantes ; ce sera exigeant d'un point de vue physique pour les six membres de l'équipage.

La marche sera bien plus douce mais la forme physique est essentielle. Cela reste un défi ; en couvrant plus de 50 kilomètres par jour sur quatre jours consécutifs ce sera certainement difficile pour nos pieds, mais nous prévoyons une fourgonnette en support qui transportera la plupart de nos équipements, et que l'on retrouvera pour les pauses. Mon oncle a terminé la marche à plusieurs reprises par le passé, donc c'est certainement la partie la plus familière de l'aventure.
Bill Sparks (au centre à l'arrière du véhicule) en tournée promo
américaine lors de la sortie du film The Cockleshell Heroes.
Qu'a fait votre grand-père Bill Sparks post-Frankton ?

Après le raid, il a servi en Birmanie, en Afrique et en Italie. En 1946, il rejoignit London Transport en tant que conducteur, prenant une pause d'un an en 1952 pour occuper le poste de lieutenant de la police malaise lors de l'insurrection.

Trois ans plus tard, il a été conseiller du film Cockleshell Heroes avec Mel Ferrer et Trevor Howard, et a fait une tournée aux États-Unis pour le promouvoir. Il a également publié The Last Of The Cockleshell Heroes (1992) et Cockleshell Commander (2002).

Il a terminé sa vie professionnelle en tant qu'inspecteur de garage de London Transport. À 65 ans, l'administration a réduit sa pension d'invalidité, ce qui l'a contraint à vendre ses nombreuses médailles afin de garder sa maison à Alfriston dans l'East Sussex. L'acheteur, qui est resté anonyme, lui a néanmoins permis de les emprunter pour les défilés d'anciens combattants.

Il a tout fait pour conserver le souvenir de ses camarades tombés et a passé une grande partie de sa vie à s'assurer qu'ils soient reconnus comme les héros qu'ils étaient.
Est-il revenu à Bordeaux par la suite ?

D'après mes connaissances, il est retourné à Bordeaux à plusieurs reprises, en 1966 pour inaugurer un mémorial à l'église anglaise, puis en 1983 pour compléter sa propre reconstitution du raid. Je suis sûr qu'il y a eu d'innombrables autres occasions aussi.

1966 : Sparks (3e en partant de la droite), Hasler (au milieu) et Mary Lindell pour la présentiation d'une plaque à ce qui était alors l'église anglicane St Nicholas de Bordeaux (Cours Xavier-Arnozan). Cette plaque est aujourd'hui visible au Centre Jean-Moulin.
Hasler et Sparks à Bordeaux en 1966.
Sparks pendant sa propre reconstitution du raid.
Et vous faites tout cela pour une bonne cause...

Il y a huit ans, mon père est décédé après une très courte bataille contre le cancer du poumon (c'était littéralement un mois entre le diagnostic et son décès). Pendant ses huit derniers jours, il a été soigné localement dans un hospice. Le Weldmar Hospicecare Trust opère à Dorset sur deux sites et fournit des soins de confort et palliatifs aux patients.

J'ai souvent dit que le personnel me fait penser à « des anges sur Terre » ! Par exemple, le chef a tout fait pour reproduire un pudding "junket" dont mon père se souvenait de sa jeunesse. Il a acheté les ingrédients et l'a fait pour lui. Rien n'était trop pour le personnel ! Notre objectif est de récolter 10 000 livres sterling pour soutenir leurs initiatives... Nous avons besoin de beaucoup de soutien pour y parvenir !

Enfin, comment suivre votre aventure ?

Je vais faire quelques interviews radio avec BBC Solent au cours des prochaines semaines, je publierai des liens depuis nos réseaux sociaux. Nous ferons régulièrement des blogs via le site Web et nous mettrons à jour les réseaux sociaux. Nous pouvons être contactés via tous ces canaux. Nous aimerions surtout avoir des nouvelles de descendants ou d'habitants qui ont fréquenté de près ou de loin les Marines soit pendant la guerre, soit dans les années suivantes.

> Site internet : www.frankton75th.co.uk
> Page Facebook : www.facebook.com/frankton75footsteps 
> Compte Instagram : @Frankton75revisited
> Fil Twitter : @frankton75th
> Page Justgiving : www.justgiving.com/Frankton75inthefootstepsofourgrandfather

Anciennes photos déjà parues sur les réseaux sociaux de Frankton 75. Photo principale : détail de la plaque commémorative au Verdon-sur-Mer.

Le Bordeaux Invisible s'est récemment procuré ce curieux guide du sud-ouest de la France, publié à l'occasion de l'Expositi...


Le Bordeaux Invisible s'est récemment procuré ce curieux guide du sud-ouest de la France, publié à l'occasion de l'Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes de 1925. Parmi les 350 pages de cet ouvrage figurent de nombreuses réclames, dont en voici quelques-unes.

Cette bijouterie horlogerie en haut de la rue Sainte-Catherine existe toujours : Mornier. Par contre, le numéro de téléphone a dû évoluer depuis 1925 !

 
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On ne trouve plus l'immense "magasin d'ameublements" Léveilley Frères sur rue du Palais-Gallien. L'espace est désormais occupé par un immeuble de bureaux et d'appartements. 

 
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Si cette magnifique agence du CCF (le Crédit Commercial de France) sur les allées d'Orléans ne vous dit rien, c'est parce qu'un immeuble moderne a pris sa place. Au rez-de-chaussée : une agence HSBC ; en effet, le CCF a été racheté par HSBC en 2000 et est devenu HSBC France en 2005. La rue d'Orleans est devenue rue Charles-Lamoureux en 1929 (ce chef d'orchestre a été le sujet d'un dossier Invisible Bordeaux par le passé).

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Si jamais vous vous demandiez qui fournissait du vin au roi Gustave V de Suède, il s'agissait en fait de la maison Chaigneau. Il y a désormais moins de barriques et de chevaux cours Martinique !
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Trois millions de lecteurs quand même ! La Petite Gironde, prédécesseur du journal Sud Ouest, s'annonçait comme le plus important, le plus complet et le plus répandu. Son siège historique, 8 rue de Cheverus, est aujourd'hui un hôtel particulier de luxe et lieu de réception : Hôtel de la Tresne.

 
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IPas sûr qu'il soit si simple de se procurer un camion ou un tracteur sur cours de l'Intendance ces jours-ci. On constate que les fenêtres aux 1er et 2e étages étaient déjà murées en 1925, technique employée au 19e siècle pour payer moins d'impôts !
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TVoici l'une des deux agences provinciales de la Banque Française de l'Afrique (l'autre était à Marseille). On y trouve aujourd'hui un comptoir Air France mais, vu de l'extérieur, les autres espaces semblent inoccupés. Quant à la fontaine visible dans la photo de 1925, l'histoire a déjà fait du chemin sur le blog !