Le samedi 6 mai à 20h30, ce sera au Macareux à Paris qu'aura lieu la première représentation dans la capitale du spectacle mus...

Le Shuman Show s'exporte à Paris pour la première fois !


Le samedi 6 mai à 20h30, ce sera au Macareux à Paris qu'aura lieu la première représentation dans la capitale du spectacle musical d'Invisible Bordeaux, le Shuman Show !

Les lecteurs habitués du blog auront déjà entendu parler du Shuman Show, un récit musical qui revient sur la vie et l’œuvre d'un grand monsieur de la chanson : Mort Shuman. Dans le cadre du Shuman Show, d'une durée de 75 minutes, chansons et anecdotes se succèdent afin de mieux comprendre le personnage et son héritage musical. Le Shuman Show propose surtout un bon moment !

Donc si vous habitez à Paris ou en Île-de-France, ou si vous avez la possibilité de vous y rendre, ne ratez pas cette soirée exceptionnelle au Macareux le 6 mai. Et n'hésitez pas à transmettre cette information à amis, connaissances, proches ou cousins à Paris !

De plus, après plusieurs représentations à Bordeaux et aux alentours, il est tout à fait logique que Paris soit le prochain point de chute pour le Shuman Show, étant donnée la longue histoire d'amour entre l'Américain et la Ville Lumière. Pour aller plus loin, il faudra organiser des représentations dans les autres "fiefs" de Mort Shuman : Londres et New York. À suivre ?...

Tout sur cette représentation à Paris :
> Samedi 6 mai à 20h30, salle le Macareux, rue du Croissant, Paris 2e.
> Participation : 10€ (entrée gratuite pour les enfants).
> Inscription obligatoire via le formulaire Google disponible ici
> En savoir plus sur le Shuman Show.

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Sur la rive droite de la Garonne, à mi-chemin entre le Pont Chaban-Delmas et le Pont d’Aquitaine, 70 personnes œuvrent au cœur d’une usin...

Jock : l'entreprise familiale bordelaise si chère aux familles bordelaises

Sur la rive droite de la Garonne, à mi-chemin entre le Pont Chaban-Delmas et le Pont d’Aquitaine, 70 personnes œuvrent au cœur d’une usine afin de fabriquer toute la panoplie des produits de la marque Jock. Ce nom fait véritablement partie du paysage pour les habitants de Bordeaux et de ses alentours et on doit à cette société un dessert qui a marqué l’enfance de bon nombre d’entre eux : la crème Jock.

C’est le biscuitier Raymond Boulesque qui est à l’origine de cette crème, qu’il créa en 1938 dans son atelier rue Bergeret dans le quartier des Capucins à Bordeaux. Il s’était donné pour objectif la conception d’un aliment pour enfants à base de céréales qui serait peu onéreux, en cette période où le sucre se faisait rare et cher. Finalement, sa création fut tout autant appréciée par les adultes, et la crème fut rapidement reconnue comme dessert à part entière
Rue Bergeret et Raymond Boulesque. Avec son chien. (Photo de droite affichée dans la boutique de l'usine Jock.)
Après la Seconde Guerre mondiale, M. Boulesque tenta de se diversifier en développant une crème chocolatée à déguster chaud au petit déjeuner qu’il baptisa Mars. Il ignorait qu’une barre chocolatée du même nom était déjà commercialisée au Royaume-Uni depuis 1932. Le Mars version bordelaise fut abandonné mais se rapprochait sans doute de la Crème tradition au chocolat qui est encore distribuée aujourd’hui et que le site internet de l’entreprise présente comme « la petite sœur » de l’invention phare de M. Boulesque.

La jeune société, couronnée de succès, passa sous la direction de Marius Boulesque, fils de Raymond, et déménagea en 1955 pour intégrer de nouveaux locaux rue de Bethmann au sud-ouest de la ville. Ce fut le début de l’âge d’or de la société, qui continua son développement sous la houlette d’un héritier de troisième génération, Jean-Pierre Ballanger.

Des salariés Jock au site de le rue de Bethmann (photo affichée dans la boutique de l'usine Jock),
et le numéro 130 rue de Bethmann aujourd'hui.
En 1999, Jock s’est installé quai de Brazza, sur un site conçu sur mesure ; elle y est toujours aujourd’hui et est actuellement pilotée par Jean-Pierre et Jean-Philippe Ballanger, arrières petits-fils de Raymond Boulesque. La stratégie de diversification qui a démarré il y a si longtemps continue de porter ses fruits ; aujourd’hui la fameuse crème représente à peine 5 % des ventes ! Les vrais produits phares sont en réalité les préparations pour gâteaux (la recette « brownie » est une belle réussite aux États-Unis) et autres desserts, dont certains sont commercialisés sous les bannières PrePat'33 ou PréPât. L’entreprise réalise aussi de nombreux produits (levures, sucre glace…) de façon quasi-anonyme ; ils sont commercialisés sous les marques de magasins tels que Leclerc, Super U, Carrefour, etc. Jock se donne pour objectif le lancement de trois nouveaux produits chaque année afin de consolider son chiffre d’affaires.


Depuis 2012, toute la gamme Jock est disponible à la vente directe depuis un magasin d’usine situé au rez-de-chaussée du site industriel. La boutique propose également des souvenirs estampillés Jock, accessoires de cuisine et différents produits dérivés du partenariat avec l’Union Bordeaux-Bègles, équipe de rugby évoluant en Top 14 (le logo Jock figure par exemple sur les maillots d’entrainement des joueurs et sur les ballons officiels utilisés par le club).

Le jour de mon passage, je ne pouvais évidemment pas partir les mains vides et me suis donc procuré deux paquets de la légendaire crème Jock, ainsi que des préparations toutes faites pour faire un cake au citron et des cannelés. Mes essais personnels seraient-ils concluants ?

J’ai tout d’abord testé la crème Jock et me suis rapidement félicité d’avoir acheté deux paquets. En effet, après une lecture un peu rapide du mode d’emploi (légèrement ambigu), j’ai totalement vidé le premier paquet en ajoutant dix fois trop de poudre à ma casserole de lait. Le mélange était immangeable mais a servi à combler des trous dans le mur de la chambre d’un de mes fils.

Il a donc fallu s’appliquer lors de la deuxième tentative. Cette fois-ci, je ne me suis pas fait piéger par les conseils de préparation en deux parties séparées : les quantités préconisées de poudre se trouvent isolées du mode d’emploi. J’ai choisi les quantités pour une texture « crème anglaise » ; un des grands atouts de cette préparation est de pouvoir jouer sur les textures et ainsi cuisiner des desserts radicalement différents (de la crème dessert jusqu’à la crème pâtissière).

Ma crème anglaise, un peu moins sucrée que d’autres que j’ai pu goûter par le passé, fut une belle réussite en accompagnement d’un dessert à base de Rice Krispies et ironiquement, de barres Mars fondues. C’était tout à fait délicieux. De plus, après 24 heures passées au réfrigérateur, la crème avait  durci et pouvait être à nouveau consommée sous cette nouvelle forme.

Ma deuxième expérience porta sur les cannelés Jock. La préparation de cannelés est un grand art et, ce jour-là, je manquais de temps et de concentration. La durée conseillée de cuisson est de 40 à 45 minutes, mais cette échéance passée les cannelés n’étaient toujours pas cuits à l’intérieur, ni dorés à l’extérieur. Je me demandais si le coupable n’était pas le moule en silicone que j’utilisais, facteur qui n’aurait pourtant pas dû compliquer la tâche. Impatient, j’ai consommé les cannelés mi cuits et j’ai fait tout mon possible pour oublier cet incident de parcours.

Mais pour finir sur une note positive, le cake au citron instantané fut une belle réussite. Avec du recul je me rends compte que la partie la plus difficile était le moment où, en découpant le paquet, j’ai dû résister à une envie quasi-irrésistible de déguster la préparation encore crue. À part un peu de gras au fond du moule, aucun ingrédient supplémentaire n’est requis et, une fois au four le cake gonfle et cuit en 30 minutes. Le résultat est délicieux.

J’ai encore du chemin à parcourir afin de cultiver mon histoire d’amour avec les produits Jock, mais les idées sont là ; d’ailleurs de nombreux experts culinaires partagent au quotidien diverses recettes inspirées par la gamme Jock, et le meilleur point de départ n’est autre que le blog dédié, animé par l’entreprise elle-même !

> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : usine Jock, quai de Brazza, Bordeaux ; sites précédents, rue Bergeret et rue de Bethmann, Bordeaux. 
> Site internet Jock : www.jock.fr 
> Boutique en ligne et recettes : www.boutique-jock.fr
> This article is also available in English! 
Enfin, savourez cette publicité de 1984 avec le joueur légendaire des Girondins de Bordeaux, Alain Giresse :


Cliquez ici en cas de problème d'affichage.

Même si ces temps-ci, les publicités Jock ressemblent davantage à ceci :


Cliquez ici en cas de problème d'affichage.
 
Un grand merci à Guillaume et Erik de m'avoir soufflé ce sujet !

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Comme de nombreux blogs, Invisible Bordeaux s'est développé sur les réseaux sociaux, notamment Twitter , Facebook et Youtube . Un a...

Objectif Bordeaux : mes comptes Instagram bordelais préférés !


Comme de nombreux blogs, Invisible Bordeaux s'est développé sur les réseaux sociaux, notamment Twitter, Facebook et Youtube. Un autre de ces canaux, sur lequel je m'amuse à partager photos et mettre en avant des sujets du blog, est l'incontournable Instagram.  

Sur Instagram on trouve des personnes particulièrement douées et créatives, dont certaines sont basées à Bordeaux. Voici donc un aperçu de quelques-uns de mes comptes bordelais préférés : les Instagrammers dont je suis toujours ravi de découvrir les nouvelles publications, et dont les appareils photo ou téléphones parviennent toujours à capturer la ville d'une perspective insolite ou inattendue. Pour les photos traditionnelles du Miroir d'Eau ou de la Place de la Bourse, il faudra revenir plus tard, mais pour découvrir Bordeaux autrement, faites un tour sur ces comptes :

Les images partagées par Amélie sont riches en profondeur et en perspective. Elle capture un Bordeaux intemporel où les passants jouent le rôle de figurants. Autres domaines de prédilection : les façades insolites ou les jeux de reflets.  
Ci-dessous : “Allez hop, c'est parti les enfants !”
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Rickyworld 
www.instagram.com/rickyworld
Le territoire d'Eric s'étend de Bordeaux jusqu'au Médoc et au Bassin d'Arcachon. Ses œuvres sont estampillées "100 %  smartphone" et font paraître quelques personnages récurrents : un jouet en forme de super-héros que l'on retrouve à différents endroits, ou encore Eric lui-même, que l'on a surtout pris l'habitude de voir de profil en plein saut. 
Ci-dessous : “#rickyworld_jump #pontchabandelmas”

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Jeanchristopheguerin
www.instagram.com/Jeanchristopheguerin
Jean-Christophe varie les plaisirs en matière de techniques et de styles, mais mes photos préférées sont lorsqu'il évolue dans un environnement urbain ("urbex") aux côtés de personnes qui pratiquent du vélo, du skate ou du parkour. Les résultats sont pleins de vie et d'énergie.
Ci-dessous : “| Le parkour adolescent | 2/3”

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Bordeauxwalkingtours 
www.instagram.com/Bordeauxwalkingtours
Ce compte, piloté par Hela, la propriétaire de Bordeaux Walking Tours, prend de l'ampleur depuis quelques mois. Les photos dévoilent des lieux aussi méconnus qu'insolites, et sont accompagnées de légendes intéressantes à forte valeur ajoutée.
Ci-dessous : “Palais de la Bourse banquet hall.”

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karotev.bordeaux
www.instagram.com/karotev.bordeaux
Ce compte est également alimenté par une guide touristique, Caroline, qui n'a pas peur de sortir des sentiers battus. Ses photos ressemblent presque à des peintures, tellement leur construction est soignée.
Ci-dessous : “Sun in the "roman" part of Bordeaux Cathedral.”
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lezzles
www.instagram.com/lezzles
Lesley, professeur à l'Université de Bordeaux, propose des vues de l'intérieur de sa ville d'adoption. Bon nombre de ses photos sont prises sur le chemin du travail ou de la maison, et ces documents sont des reflets fidèles de la vie à Bordeaux.
Ci-dessous : “Leaving work on a Friday evening.”
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keig33
www.instagram.com/keig33
Sur le compte de Greg, on trouve souvent les incontournables de Bordeaux, mais sous un angle inhabituel et surprenant. Son terrain de jeu s'étend au-delà de la ville et, manifestement, il s'amuse à jouer avec les couleurs et la lumière.
Ci-dessous : “Du plus petit au plus grand...”
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Rachel_bdx
www.instagram.com/Rachel_bdx
Rachel est photographe professionnelle et se sert d'Instagram comme vitrine de son travail. Ses photos sont limpides et formidablement bien construites, en sachant qu'elle n'a pas non plus peur de mettre en avant le Bordeaux moins lisse de temps à autres.

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Gillesrose
www.instagram.com/Gillesrose
Photographe réputé, Gilles ne sera jamais classé parmi les utilisateurs d'Instagram les plus prolifiques ! Par contre, ses partages sont de formidables petits bijoux. Il a l’œil pour les détails cachés, et trouve régulièrement des angles de vue auxquels personne d'autre n'aurait pensé !
Ci-dessous : “#coucou #garonne”
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watchyou_bordeaux
www.instagram.com/watchyou_bordeaux
Le compte watchyou_bordeaux est géré par un collectif d'utilisateurs d'Instagram, et met en avant des photos de Bordeaux postées par d'autres utilisateurs et taguées avec la mention "#wu_bordeaux". Le ton et le contenu sont divers et variés, pourtant le tout offre une vision homogène de la ville et de son dynamisme.
Ci-dessous : une photo signée @7cmosaique reprise par le compte watchyou_bordeaux.

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Invisible Bordeaux a fait une découverte inattendue lors d'une récente sortie : le petit mais très agréable Jardin des Remp...

Jardin des Remparts : le jardin secret de Bordeaux

Invisible Bordeaux a fait une découverte inattendue lors d'une récente sortie : le petit mais très agréable Jardin des Remparts, caché au-dessus des restes des remparts de la vieille ville, est un autre concurrent pour le prix de « Secret bordelais le mieux gardé » ! 

Bien qu'ayant des racines qui remontent loin dans le temps, en tant que jardin public, l'histoire est encore jeune : le Jardin des Remparts, dans sa forme actuelle, a été ouvert pour la première fois au grand public par la ville en décembre 2013. Cette évolution était l’un des aboutissements d’une campagne appelée Bordeaux [Re]Centres, à savoir la déclinaison locale du Plan national de requalification des centres anciens dégradés, ou PNRQAD pour les intimes.

L’inauguration de 2013 faisait également suite à d’autres efforts pour donner vie à ce lieu en 2010, menés par une association locale poétiquement connue sous le nom de « Le Bruit du Frigo ». Ils ont ainsi organisé divers événements ici dans cet espace alors peu utilisé, sur un terrain partagé entre le CROUS et l'école de reconversion professionnelle (ERP) Robert Lateulade (la ville a acquis le droit d'utiliser le terrain appartenant à l'État et deviendra propriétaire du terrain à l’avenir). Avant cela, le lieu avait une vocation toute autre, faisant partie intégrante du Couvent des Capucins.


Le jardin s'étend sur une partie des anciens remparts de la vieille ville, comme on peut le deviner en regardant le long mur de pierre linéaire qui sépare le jardin des maisons voisines. Vers une des deux entrées du jardin (où il y a actuellement des escaliers temporaires métalliques, en sachant qu’ils seront bientôt remplacés par des escaliers permanents), une section survivante de ce mur d’enceinte du XIVe siècle est entièrement visible. Au niveau du jardin, il y a même des traces de la vieille terrasse d'artillerie et du chemin de ronde.

En haut : des restes des remparts près de l’entrée est du jardin. En bas : une porte d’accès au chemin de ronde ? Ou un poste de garde ?
Le reste du parc de 3 400 mètres carrés est peu spectaculaire mais bien entretenu et très plaisant. Une jolie rangée de platanes est rythmée par quelques bancs et, plus étonnamment, par un petit sanctuaire ou oratoire, sans doute un survivant du passé du couvent du lieu. En regardant de plus près, on devine une inscription latine sur l’oratoire. On peut lire "Filioli mei, quos iterum parturio, donec formetur Christus in vobis". Avec un peu d'aide de Twitter, et plus précisément d’une correspondante à l'Association Régionale des Enseignants de Langues Anciennes de l'académie de Bordeaux (@Arelabor), le texte a été identifié comme étant un verset de la Bible, Galates 4:19, à savoir : « Mes enfants, je souffre de nouveau, pour vous, comme une femme qui accouche, jusqu’à ce qu’il soit clair que le Christ est présent parmi vous. »

L’oratoire et le vieil escalier qui mène vers l’ancienne cour du couvent.
Les restes clôturés d'un escalier en pierre conduisent de l'oratoire à la cour de l'ERP de nos temps modernes, bien qu'il soit assez facile d'imaginer l’environnement comme celui du couvent du XVIIe siècle. Au niveau inférieur, une impressionnante œuvre de street art orne un mur qui forme une impasse pour les visiteurs. Alors que je prends des photos, un chien apparaît et fait le beau pour l’appareil avant de se diriger vers le haut pour rejoindre son maître et d’autres promeneurs de chiens.

Le nom du chien était, me semble-t-il, Watson. C'est élémentaire.
Il s'avère en effet que le Jardin des Remparts est un point de rencontre pour la communauté locale de propriétaires de chiens (bien que je dois dire qu'après avoir lu un article sur le brillamment nommé thetropicaldog.com, j’étais sûr que j’allais croiser quelques amis canins). Lors de mon passage, il est encore tôt un dimanche matin, mais il y a un regroupement de promeneurs de chiens vers le milieu de l’allée. Et, pendant que je suis là, un autre monsieur et ses deux lévriers arrivent ; ils seront grondés par les autres pour leurs 20 minutes de retard !

J’avance prudemment entre les chiens pleins d’énergie et j’échange quelques bons mots avec l’une des propriétaires. Nous remarquons combien le jardin est agréable, mais elle ajoute tout de suite que cela ne restera ainsi que « si les gens le respectent ». Que sous-entend-elle ? Elle précise que bien trop souvent des passants laissent des restes de nourriture, etc. Et, quelques minutes plus tard, dans un coin, je repère effectivement quelques bouteilles de bière vides et des emballages papier abandonnés par leurs propriétaires. Je comprends alors combien les habitants du quartier ont adopté ce lieu qu'ils souhaitent désormais protéger ; le jardin est devenu un prolongement de leur domicile.
Panoramas depuis le jardin.
Enfin, je profite de ce point de vue inhabituel et en hauteur pour admirer quelques lieux que je n'ai jamais vus sous cet angle : la flèche de l'église Saint-Michel, le toit du Marché des Douves (récemment rénové) et l'ancienne chapelle du couvent qui se trouve sur le terrain du CROUS, un lieu qui semble être hors limites mais qui peut, apparemment, être visité de temps en temps. J'observe également un dôme blanc bien mystérieux, peut-être celui qu’on peut observer sur le site internet de l'ERP Robert Lateulade ici.

Mon temps au Jardin des Remparts a pris fin mais je sais que je reviendrai. Je pense bien que la prochaine fois que je serai dans la foule du quartier Saint-Michel ou du marché des Capucins, sûrement parmi les zones les plus animées et les plus énergiques des quartiers de la ville, je m’empresserai de retourner vers ce jardin secret bordelais sur les remparts de la vieille ville, afin de profiter d'une promenade tranquille aux côtés de tous les chiens du quartier !

> NB : à présent, le Jardin des Remparts n'est accessible que par des escaliers métalliques rue Marbotin et rue des Douves. Des moyens d'accès pour personnes handicapées devraient suivre à l'avenir.
> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : Jardin des Remparts, rue Marbotin/rue des Douves, Bordeaux.
> Un grand merci à l'Association Régionale des Enseignants de Langues Anciennes de l'Académie de Bordeaux (@Arelabor), contactée par Émilie Bordographe, pour son aide dans la traduction et l'identification de l'inscription latine sur l'oratoire. Merci aussi à Alan Davey qui était également en contact à ce sujet !
> This article is also available in English!

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Des centaines de masques sculptés, ou « mascarons » (de l'italien « mascherone »), sont à découvrir sur les façades des bâtiments d...

Nouvelle vidéo : les mascarons de la Place de la Bourse

Des centaines de masques sculptés, ou « mascarons » (de l'italien « mascherone »), sont à découvrir sur les façades des bâtiments de Bordeaux. Sur les immeubles 18e de la Place de la Bourse, il y a 86 à repérer, dont 55 autour de la place et les autres sur les façades côté Garonne de ces mêmes bâtiments.

Chacun d'entre eux semble avoir sa propre personnalité unique, et tous les mascarons de la Place de la Bourse figurent dans ce court clip! Entre dieux et créature mythologiques, symboles du commerce triangulaire ou personnalités locales, les visages sont d'une grande variété. 

Bon visionnage et n'oubliez pas d'aller les admirer vous-même à l'occasion !

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Un blog comme le Bordeaux Invisible est, en substance, une compilation linéaire de contenus avec des articles empilés par ordre chronol...

Vous êtes ici : naviguez grâce à la carte Invisible Bordeaux !


Un blog comme le Bordeaux Invisible est, en substance, une compilation linéaire de contenus avec des articles empilés par ordre chronologique, et par conséquent un traitement de faveur aux nouveaux dossiers, affichés en page d'accueil.

Mais n'oubliez pas qu'il existe une autre façon de parcourir les sujets : en consultant la carte Invisible Bordeaux ! La carte répertorie littéralement des centaines de points d'intérêt aux alentours de Bordeaux (ainsi qu'un au Québec), et chaque repère est illustré d'une photo, comprend une brève description et un lien vers le billet de blog associé.

Donc, lancez-vous et localisez tous ces sujets ! Accédez à la carte Invisible Bordeaux en cliquant ici, ou si vous visualisez cette page dans un navigateur standard, la carte devrait également paraître comme par magie dans une fenêtre ci-dessous. Bon voyage !

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L’histoire de Bordeaux pendant l’Occupation demeure particulièrement opaque. La ville fut néanmoins le théâtre de nombreux événements, ...

Le Juif et la France : retour sur la halte bordelaise de cette exposition antisémite

L’histoire de Bordeaux pendant l’Occupation demeure particulièrement opaque. La ville fut néanmoins le théâtre de nombreux événements, dont certains hautement stratégiques, d’autres dramatiques, mais d’autres pleins d’espoir. Avec le recul de quelques années, certains chapitres laissent un goût amer. C’est le cas de l’organisation à Bordeaux sur une durée de six semaines de l’exposition « Le Juif et la France ».

Devant le palais Berlitz à Paris,
source photo : www.cndp.fr
Rappel du contexte si besoin : fin 1940, le régime de Vichy déploie une politique visant à exclure les Juifs de tout rôle dans la société française. Ils sont alors rejetés de leurs postes quel que soit le secteur : fonction publique, éducation nationale, presse, industrie du cinéma… Cette politique doit ainsi faciliter la mise en place des plans radicaux conçus par les Nazis visant la déportation et l’extermination des Juifs, avec pour objectif la solution dite « finale ». 

Afin d'obtenir un large soutien public parmi la population non juive française, le régime a recouru à diverses campagnes de propagande qui stigmatisaient les Juifs. Parmi ces initiatives, notre attention porte aujourd’hui sur l'exposition Le Juif et la France qui a d’abord eu lieu au Palais Berlitz sur les boulevards de Paris du 5 septembre 1941 au 15 janvier 1942. L'exposition était organisée par l'IEQJ, l'Institut d'Études des Questions Juives, un organisme financé par l'ambassade d'Allemagne en France et supervisé par la sécurité nazie et les services de propagande.

L'exposition cherchait à mettre en évidence la place forte que les Juifs occupaient au sein des institutions et des secteurs économiques dans toute la France. De plus, pour aider les citoyens à mieux reconnaître l'« ennemi », l'exposition fournissait un véritable guide pour débutants sur les caractéristiques physiques des Juifs. Elle dépassa aussi ces stéréotypes pour pointer du doigt différents personnages emblématiques, tous exposés sur de grands panneaux, tels que le vendeur de meubles Wolff Lévitan, le journaliste de radio Jean-Michel Grunebaum, le dramaturge Henri Bernstein et le politicien Léon Blum.

Quelques-uns des panneaux de l'exposition à Paris, sources images :
aufildelhistoire.u.a.f.unblog.fr, parisenimages.fr et voir-et-transmettre.fr
Les chiffres de fréquentation pour les quatre mois à Paris varient énormément ; les estimations vont de 155 000 à 500 000 visiteurs ! Mais il est généralement admis qu'après le succès initial, l'intérêt s'est ralenti auprès d’une population méfiante. Le moment était venu pour l'exposition de se déplacer vers les provinces et le plan était de l'organiser dans dix autres villes à travers la France. En fin de compte, seules deux villes l'accueillirent : Nancy et Bordeaux.

Fait significatif, l'événement de Bordeaux eut lieu dans un bâtiment situé dans les jardins de l’Hôtel de Ville, qui abrite désormais le Musée des Beaux-Arts. Cette manifestation était d’ailleurs dans la lignée d’une autre organisée au même endroit en mai 1941, à savoir l’exposition intitulée « L'Allemagne de nos jours », destinée à sensibiliser la population locale à la culture et l'industrie allemandes. Sa pièce maîtresse ? Un buste d'Adolf Hitler entouré d'un massif d’hortensias…

L'étape bordelaise de l'exposition Le Juif et la France a ouvert le 28 mars 1942 et a duré six semaines jusqu'à sa fermeture le 11 mai (l'événement de Nancy s'est étendu plus tard du 4 juillet au 2 août). Encore une fois, il est difficile d'établir des chiffres de fréquentation fiables, mais plus de 60 000 personnes ont vraisemblablement vu l'exposition à Bordeaux, y compris les élèves de toutes les écoles locales. La publication officielle de l'IEQJ, Le Cahier Jaune, s’est empressée de saluer ce succès, rappelant que cela représentait 20 % des 300 000 habitants de Bordeaux et de ses environs.

Outre les présentations statiques, un cinéma de fortune a été mis en place sous barnum dans les jardins de l'hôtel de ville avec des films dont "Le Péril Juif" et "Les Corrupteurs", et pas moins de trois conférences ont eu lieu chaque semaine.

Le « cinéma permanent » et le même panorama aujourd'hui.
L'entrée de l'exposition (tout comme sur la photo en haut de cette page) et le même lieu en 2017.
Le journal local La Petite Gironde (en phase avec l’Occupant) rapportait alors que « quarante jours auront suffi pour que nos concitoyens se rendent compte du péril juif. Un vieil usage veut que, dans toute enquête criminelle, l’on recherche la femme. Désormais, nous savons que dans les causes de toutes misères, faillites, catastrophes financières, scandales ou guerres, nous devons rechercher les Juifs. » Était-ce le message retenu par les Bordelais ? Impossible aujourd’hui de le savoir, mais l'exposition a incontestablement contribué au climat qui a finalement amené des centaines de Juifs de Bordeaux à être arrêtés et déportés au cours des mois suivants.

Gros plan sur l'image utilisée sur les affiches
de l'exposition. Source : http://paril.crdp.ac-caen.fr
Que peut-on dire de l'implication des autorités locales ? Selon les auteurs de la biographie incontournable du maire de Bordeaux de l'époque, Adrien Marquet (voir note de bas de page), le fait même que la mairie ait accueilli l'événement démontre qu’elle était prête à soutenir cet effort de propagande. Le livre souligne que Marquet (dont l'héritage très contrasté a longtemps été désigné comme un futur sujet d’investigation Invisible Bordeaux) « ne s’est en rien opposé à l’opération », bien qu’il ait fait profil bas lors des manifestations associées, par exemple en envoyant son adjoint Robert Poplawski à la cérémonie d’inauguration à sa place, « comme par prudence ».

Dans ce cas, comme si souvent lorsqu’on revient sur ces tristes épisodes de temps de guerre, nous avons l’impression d’être les témoins d’événements à peine croyables, se déroulant dans un univers parallèle non reconnaissable. Pourtant, le cadre est si familier et si récent que cette vérité ne peut que nous déranger ; aujourd’hui plus que jamais, nous avons tous besoin de cette piqûre de rappel par rapport à notre passé. 

Reportage « Actualités Mondiales » sur l'exposition à Paris :
> La biographie incontournable d'Adrien Marquet mentionnée ci-dessus est Adrien Marquet, les dérives d'une ambition des auteurs Hubert Bonin, Bernard Lachaise et Françoise Taliano Des Garets.
> Aller plus loin :  
- https://www.histoire-image.org/etudes/exposition-juif-france-paris 
- http://www.gauchemip.org/spip.php?article8812 
- http://rue89bordeaux.com/2015/05/13-mai-44-dernier-convoi-bordeaux-auschwitz/
> Les photos de l'événement bordelais sont tirées d'un reportage publiée dans Le Cahier Jaune, la revue de IEQJ, archivée par le Centre de documentation juive contemporaine (un extrait de ce reportage figure notamment dans Adrien Marquet, les dérives d'une ambition). 
> This article is also available in English. 

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La photo ci-dessus aurait pu être prise dans n'importe lequel magasin de jardinage ou de bricolage à travers toute la France : des...

Bouillie bordelaise : le pesticide bleu aux origines médocaines


La photo ci-dessus aurait pu être prise dans n'importe lequel magasin de jardinage ou de bricolage à travers toute la France : des étagères entières remplies de paquets de bouillie bordelaise. Ne sachant pour ainsi dire rien sur ce célèbre pesticide bleu, je me devais d'enquêter !

Mais qu’appelle-t-on la bouillie bordelaise ? Dans de telles situations, il faut savoir assumer et se tourner vers la page Wikipédia associée. Le premier paragraphe précise que ce pesticide employé dans des vignobles, vergers et jardins est « fabriqué par neutralisation d'une solution de sulfate de cuivre et par de la chaux éteinte. La bouillie bordelaise exerce son effet par le biais des ions cuivre du mélange. Ces ions affectent des enzymes dans les spores des champignons (bénéfiques ou parasites) de manière à empêcher leur germination. C'est pour cette raison que la bouillie bordelaise doit être utilisée de manière préventive, avant que la maladie fongique ait frappé ».

Alexis Millardet
(source : baladesnaturalistes).
Pour remonter la piste girondine et retrouver les liens avec Bordeaux, il faut rembobiner jusqu’à la fin du 19e siècle, époque à laquelle des maladies de la vigne frappèrent la France suite à l’importation involontaire de champignons sur des spécimens de vigne ramenés depuis le continent américain. Les vignerons avaient alors pour ennemis le phylloxéra, le mildiou et autres champignons destructeurs.

La communauté scientifique prit le sujet très au sérieux. Alexis Millardet (1838-1902) fut l’un des chercheurs les plus actifs. En 1882, cet ampélographe (expert des vignes et botaniste) et professeur à l’université de Bordeaux se promenait dans le Médoc et remarqua des vignes qui avaient l’air d’être en excellente santé. Il se trouvait à Saint-Julien-Beychevelle, plus précisément sur les terres du château Ducru-Beaucaillou. Il se renseigna alors auprès d’un certain Ernest David, régisseur du domaine, qui lui expliqua qu’en Médoc on répandait un mélange de sulfate de cuivre et de chaux sur les pieds de vigne en bordure des routes afin de dissuader les maraudeurs qui dérobaient les raisins. M. Millardet commença à réfléchir aux propriétés préventives de ce mélange.

La château Ducru-Beaucaillou, où commence l'histoire de la bouillie bordelaise.
Avec l’aide d’Ulysse Gayon, un autre chercheur et professeur de chimie, Alexis Millardet mena diverses expériences chez lui sur des pieds de vigne. Encouragés par les premiers résultats, les scientifiques obtinrent l’autorisation de mener des essais à plus grande échelle au Château Ducru-Beaucaillou ainsi qu’au Château Dauzac à Labarde, quelques kilomètres au sud, appartenant au même propriétaire, Nathaniel Johnston, et régi également par Ernest David. Ces expériences menées entre 1883 et 1885 furent concluantes, tout comme celles conduites en Bourgogne à cette même période par d’autres scientifiques. L’année suivante, le mildiou fut jugulé. Les deux scientifiques purent ainsi perfectionner ce mélange qui allait devenir la bouillie bordelaise, et dont la constitution n’a guère évolué depuis 130 ans.

La recette est dans le domaine public. Si vous souhaitez fabriquer de toutes pièces 10 litres de bouillie (plutôt que d’acheter un paquet de solution toute faite), voici les étapes à suivre tels qu’elles sont détaillées sur le site Ooreka. Avant de démarrer, veillez à avoir à votre disposition une paire de bons gants, un seau de 10 litres, un saut en plastique de 15 litres, un bâton, 300 grammes de chaux, 200 grammes de sulfate de cuivre et 10 litres d’eau.

> Étape 1 : enfilez vos gants.
> Étape 2 : dans le seau de 10 litres, fabriquez un lait de chaux en faisant dissoudre 300 g de chaux éteinte dans 6 litres d’eau. Remuez avec un bâton.
> Étape 3 : dans le seau en plastique de 15 litres, délayez 200 g de sulfate de cuivre dans 4 litres d’eau.
> Étape 4 : neutralisez la solution de sulfate de cuivre en lui ajoutant lentement le lait de chaux.
> Étape 5 : avec le bâton, remuez, remuez, remuez !
> Étape 6 : laissez reposer 24 heures.
> Étape 7 : pulvérisez selon vos besoins.

Bien entendu, avec tant de réactions chimiques à gérer, le maniement de la bouillie bordelaise présente certains risques, notamment d’irritation de la peau ou encore de conjonctivite en cas de contact avec les yeux. Les effets peuvent être plus graves encore : en cas d’ingestion la bouillie bordelaise peut provoquer des irritations nasales voire des difficultés respiratoires. Par ailleurs, le pesticide bleu est identifié comme la source d’un syndrome pulmonaire dit « Vineyard Sprayers’ Lung » chez des ouvriers viticulteurs portugais. Cette « pneumopathie interstitielle » est, selon des rapports médicaux (voir www.ncbi.nlm.nih.gov), « caractérisée par l'apparition de granulomes histiocytaires et de nodules fibrohyalins contenant du cuivre ». Résultat : des insuffisances respiratoires souvent fatales. Vous voilà prévenu.

Feuille de vigne de la propriété Ducru-Beaucaillou.
Néanmoins, on continue de trouver des paquets de bouillie bordelaise dans les abris de jardin de jardiniers, qu’ils soient confirmés ou du dimanche. En suivant les traces d’Alexis Millardet jusqu’aux vignes du Château Ducru-Beaucaillou, où l’histoire de la bouillie bordelaise commença, j’ai observé des traces blanches d’un pesticide sur certaines feuilles. Je ne sais pas s’il s’agissait d’une variante « incolore » de la bouillie bordelaise mais je déclare que les vignes de cette propriété sont encore et toujours en très bonne santé !

> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : Château Ducru-Beaucaillou, Saint-Julien-Beychevelle
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Invisible Bordeaux découvrit récemment l'une des installations artistiques les plus insolites de la ville (et, il s'avère, l&...

La Maison aux personnages : fenêtres sur l'art en plein milieu d'un carrefour

Invisible Bordeaux découvrit récemment l'une des installations artistiques les plus insolites de la ville (et, il s'avère, l'une des plus controversées) : une maison située sur un bout de terrain bordé de tous côtés par des rues passantes ainsi que par la ligne A du tramway. Bienvenue à la Maison aux personnages !

Inaugurée au mois d'octobre 2009, cette œuvre est la création des artistes russes Ilya et Emilia Kabakov. Elle consiste en une maison à étage comprenant différentes pièces dont chacune a été décorée et mise en scène comme si elle était habitée par un personnage imaginaire. Les visiteurs peuvent circuler autour de l'extérieur de la maison et regarder par les fenêtres (y compris celle qui donne sur la pièce au premier étage, accessible par le biais d'un escalier métallique) afin de découvrir les diverses natures mortes. Des panneaux contextuels aux textes poétiques permettent de mieux cerner les habitants virtuels de la maison. 

Ceci est la Maison aux personnages, bien qu'à première vue il n'y ait rien pour désigner le lieu comme une œuvre d'art.
Au fond à gauche : l'hôpital Pellegrin.
Tout comme le pantalon de jogging géant couvert dans un précédent article sur le blog, la Maison aux personnages fut commandé dans le cadre d'un programme d'installation d'œuvres d'art à différents endroits le long du réseau de tramway. La maison et le square qui l'entoure représentent vraisemblablement le plus ambitieux de ces projets. Le lieu fut un immense chantier pendant sept mois avant son inauguration en présence des artistes, du maire de Bordeaux Alain Juppé, du ministre de la Culture de l'époque Frédéric Mitterrand, et du président de ce qui était alors la Communauté Urbaine, Vincent Feltesse.

Ce qui nous amène au caractéristique le plus étonnant de l’œuvre : cette maison climatisée d'une superficie de 148 mètres carrés et son jardin furent construits de toute pièce pour la réalisation de cette installation artistique. C'est en partant des croquis réalisés par Ilya et Emilia Kabakov (dont certains sont visibles ici) et en s'inspirant de l'esprit des échoppes et des maisons de ville bordelaises que la maison fut conçue par les architectes Samira Aït-Mehdi et Sylvain Latizeau, puis livrée par l'entreprise DV Construction.

Étant donné les frais associés (entre 500 et 600 000 euros), le projet est loin d'avoir fait l'unanimité. Emmanuelle Ajon, conseillère municipale d'opposition de Bordeaux et vice présidente de la Gironde, déclara notamment dans un billet intitulé « Jusqu'où peut-on aller au nom de la culture ? » qu'il était « indécent de proposer aux personnes sans logement de pouvoir regarder de dehors à quoi peut ressembler la chance d’avoir un  toit [...] et indécent au prétexte de l'art de dépenser plus de 560 000 euros pour un logement qui ne sera jamais occupé mais juste exposé ».

En regardant par la fenêtre.
Un reportage publié par Direct Matin Bordeaux7 sonda les riverains qui déclaraient ne jamais voir personne visiter ce lieu qui « bouche la vue et dans laquelle on ne peut pas entrer, [...] alors que des SDF dorment à côté ». Enfin, la page dédiée sur le site Yelp comprend un commentaire posté par quelqu'un qui habite en face de « cette maison qui a beaucoup fait jaser dans le quartier. Il n' y a jamais personne, le soi-disant square est infernal vu que les voitures tournent sans arrêt autour. Difficile de venir s'y reposer ou méditer sur l’œuvre ! [...] Une œuvre peut-être intéressante, mais qui reste invisible ».

Le mot invisible fut comme un appel du pied et c'est ainsi que, prêt à relever ce défi, je parvins à me rendre aux abords de la maison afin de pouvoir témoigner de ce qu'on peut voir à travers les fenêtres. Je puis ainsi déclarer que les pièces qui me semblèrent les plus intéressantes sont celles intitulées En barque sous les voiles (avec son joli voilier en bois), La soif d’inventions (qui ressemble à l'atelier de travail d'un savant fou, rempli de guirlandes et divers projets en cours) ou encore Ne jamais rien jeter (et toute sa collection de collections, à savoir tout un tas d'objets classés et étiquetés, ainsi qu'une série de questions ouvertes écrites sur des étiquettes suspendues par des fils). Parmi les autres pièces, retenons le minimalisme surprenant de Paradis sous le plafond à l'étage, où il n'y avait guère plus qu'une échelle et un fauteuil. Le restant était constitué de pièces à vivre ou à dormir, et le simple fait de regarder par la fenêtre donnait le sentiment d'être un peu voyeur, quoiqu'un voyeur qui ne sait pas trop pourquoi il est là à regarder par ces fenêtres.

Quatre des pièces : "En barque sous les voiles", "La soif d'inventions", "Ne jamais rien jeter" et "Le paradis sous le plafond".
À part ça, j'en ai presque oublié d'évoquer les artistes, tous deux aux origines soviétiques mais aujourd'hui basés à New York. Qui sont-ils ? Ilya Kabakov est né en 1933 à Dnipro, la quatrième ville de ce que l'on connaît à présent comme l'Ukraine. Pendant de longues années, son activité principale fut celle d'illustrateur pour livres d'enfants. C'est à partir de 1980 qu'il commenca à faire carrière comme peintre et écrivain. En 1988 il se mit à travailler avec Emilia Lekach. Celle qui allait devenir son épouse est également née à Dnipro, en 1945. Elle étudia la musique et l'espagnol à Moscou avant de s'installer en Israël puis à New York, où elle devint conservatrice et marchande d'art.
Les Kabakov,
source photo : artnet.com

Le couple collabore depuis et jouit maintenant d'une renommée internationale ; parmi les récompenses qui leur ont été décernées, notons l'ordre du Chevalier des Arts et des Lettres en 1995, ou encore le prix Oskar Kokoschka en 2002. Leurs œuvres, qui « fusionnent les objets du quotidien avec des éléments conceptuels » (selon artnet.com) ont été présentés, entre autres, au Museum of Modern Art de New York, au musée Stedelijk à Amsterdam ou au musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg. Cette installation bordelaise n'est qu'une parmi plusieurs réalisées dans le cadre de commandes publiques passées en Europe et ailleurs

Comment définir la Maison aux personnages de Bordeaux ? Parmi les adjectifs utilisés dans ce dossier, nous trouverons les mots invisible, controversé et indécent, mais aussi insolite, imaginaire, poétique et intéressant. Comme pour toute œuvre d'art, il peut y avoir autant de définitions que de personnes qui la découvrent. C'est peut-être ainsi à votre tour de vous y rendre afin d'en faire votre propre opinion !

> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux map : La Maison aux personnages, place Amélie Raba Léon, Bordeaux.

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