Les lecteurs les plus fidèles savent qu'Invisible Bordeaux aime à mettre en lumière des lieux méconnus hors des sentiers battus p...

Nouvelle vidéo : dix lieux insolites à Bordeaux

Les lecteurs les plus fidèles savent qu'Invisible Bordeaux aime à mettre en lumière des lieux méconnus hors des sentiers battus par les baskets de touristes. Ces sujets méritaient bien une vidéo dédiée, d'où la publication de ce clip de présentation de dix des lieux les plus insolites de la ville !

La plupart de ces sujets (mais pas tous) ont déjà fait le sujet de dossiers plus approfondis sur le blog, mais avant d'aller les dénicher, plongez-vous dans cet univers Youtube pour les trois prochaines minutes !

0 commentaires:

Parmi les choses les plus inattendues pour un étranger s’installant en France est le traditionnel défilé du mois de décembre : tour à to...

Qu’apprend-on sur la Gironde en lisant l’Almanach du Facteur ?


Parmi les choses les plus inattendues pour un étranger s’installant en France est le traditionnel défilé du mois de décembre : tour à tour éboueurs, sapeurs-pompiers ou facteurs sonnent à la porte afin de vendre un calendrier (car tous sont sur le même créneau en matière de produit). L’objectif pour eux est d’arrondir un peu leur mois de décembre, alors que l’objectif pour le citoyen est d’être identifié comme quelqu’un qui s’est procuré le calendrier et aura ainsi un traitement de faveur lors de la livraison d’un colis ou en cas de catastrophe naturelle, au choix. 

La plupart de ces calendriers sont de simples documents recto verso, alors que l’Almanach de la Poste, vendu par le facteur ou la factrice, est plus conséquent et comprend diverses informations sur le département environnant. La distribution de ces almanachs remonte à 1855, et plus de 6 000 éditions différentes sont désormais archivées au Musée de la Poste à Paris. Encore aujourd’hui, 15 millions exemplaires de ces drôles de bêtes sont distribués chaque année. 

Le pin-up canin du côté juillet-décembre :
l’épagneul nain continental papillon.
En feuilletant une édition girondine de l’almanach de cette année, je tente de m’approprier le curieux mélange d’informations locales (données, cartes…), nationales et internationales, aux côtés d’astuces de jardinage ou de grandes photos de chiens : sur la couverture on découvre un beau cavalier king-charles spaniel, alors qu'au verso on trouve un épagneul nain continental papillon. D’autres choix de couverture sont bien sûr disponibles à la vente (divers autres animaux domestiques, paysages, patrimoine urbain, etc.) ; en effet, lorsque le facteur nous rend visite, le plus grand défi est celui de choisir la couverture la moins laide parmi celles proposées. 

Les contenus qui suivent arriveraient à faire oublier que la France est un pays laïque : le calendrier de l’année en cours comprenant les fêtes à souhaiter figure à deux reprises, l’année suivante et sa liste des saints sont également incluses et, au cas où, un système d’annuaire inversé avec la liste des prénoms par ordre alphabétique et leurs jours de fête remplit deux pages supplémentaires. On découvre aussi les anniversaires de mariage à marquer, depuis le coton pour un an au chêne pour 80 ans ! Un chapitre complet est également consacré au « langage des fleurs », afin de comprendre le message que l’on souhaite communiquer en offrant un bouquet (lilas = amitié, rhododendrons = élégance, etc.).
Astuces jardinage, culture, saints, anniversaires. Le tout semble très aléatoire.
Mais, en réalité, je suis à la recherche d’informations locales, à savoir celles qui sont spécifiques à cette édition girondine de l’almanach. Voici donc ce que j’ai pu apprendre :

• Il y a 542 communes en Gironde. Celles-ci sont regroupées en 33 cantons qui constituent six arrondissements.
• Les six arrondissements de la Gironde sont Arcachon, Blaye, Bordeaux, Langon, Lesparre-Médoc et Libourne.
• La Gironde compte 1 505 517 habitants.

Quelques-unes des 542 communes de la Gironde.
• La superficie de la Gironde est de 10 000km². (Ce chiffre est étrangement rond ; pour Wikipédia il s’agirait plutôt de 10 725km². Quoiqu’il en soit, la Gironde est le plus vaste département de la France métropolitaine.)
• Bordeaux est la commune girondine la plus peuplée : 243 626 habitants.
• Certaines communes sont minuscules. Les cinq communes les moins peuplées se situent toutes dans l’est du département : Saint-Antoine-du-Queyrat (74 habitants), Saint-Hilaire-du-Bois (73), Boussugan (53) et Castelmoron-d'Albret (52), alors que la commune lauréate est Lartigue (46 habitants).
• À Castillon-la-Bataille, le jour du marché est le lundi (on trouve cette information pour chaque commune où se tient un marché).
Marées hautes, marées basses.
• C’est jour de fête à Margaux le deuxième dimanche du mois de mai de chaque année (de même, les fêtes municipales annuelles sont listées).
• Le 1er novembre de cette année à la Pointe de Grave, c'est-à-dire l’extrémité nord du département, la marée sera à son niveau le plus élevé à 02h45 et 15h00, alors que la marée basse est attendue à 08h34 puis 20h58. En effet, le calendrier des marées de l'année complète est inclus ; cette information, compilée sur la base des données établies par le SHOM (Service Hydrographique et Océanographique de la Marine) est véritablement utile. Ces informations ont clairement été adaptées à un lectorat girondin, contrairement aux horaires du lever et du coucher du soleil (qui figurent sur l'une des pages suivantes), calculés pour Paris.
• De toutes les cartes qui sont incluses, la plus surprenante est peut-être celle du centre-ville de Sainte-Foy-la-Grande, dont le maillage bien ordonné de rues perpendiculaires (en bonne bastide) ressemble plus à une ville américaine qu'à une ville française dont l’histoire remonte à 1255.
• Enfin, en souvenir de la « road-trip » aux quatre coins de la Gironde vécue en compagnie de Bordeaux 2066, quelle déception de voir qu’il n’y a pas assez de place sur la carte de la Gironde pour Saint-Avit-Saint-Nazaire, le point le plus oriental du département.

New York ? San Francisco ? Non, il s’agit de « down-town » Sainte-Foy-la-Grande. À droite, la preuve que Saint-Avit-Saint-Nazaire se trouve un peu trop à l’est pour figurer sur la carte (techniquement la commune y figure, mais l’extrémité est de la Gironde n’est pas visible).
Bref, l’almanach du facteur est bien une drôle de bête. À en juger par le prix des exemplaires en vente en ligne, la valeur est plus sentimentale que financière et peu de collectionneurs se les arrachent. Quel avenir pour l’almanach du facteur ? Espérons que l’aventure continue encore quelque temps ; comment imaginer la France dépourvue de calendriers ornés de chiens miniatures ?

> This article is also available in English!

0 commentaires:

O utre les rares cas où la Garonne brise ses rives et envahit les quais, Bordeaux n'est pas touché par des inondations. Mais cel...

Un bassin de retenue qui protège Bordeaux des inondations


Outre les rares cas où la Garonne brise ses rives et envahit les quais, Bordeaux n'est pas touché par des inondations. Mais cela n'a pas toujours été le cas. L'agglomération a la forme d'un amphithéâtre et est traversée par un dense réseau de ruisseaux qui, par le passé, gonflés par de fortes pluies, pouvaient transformer les routes du centre-ville en artères de la Garonne. Il a fallu agir ! 

Les événements qui ont finalement déclenché le déploiement d'un vaste système de protection contre les inondations remontent à fin-mai et début-juin 1982. Des tempêtes violentes ont alors frappé Bordeaux et ses banlieues ouest de Saint-Médard-en-Jalles, Le Haillan, Mérignac, Caudéran, Le Bouscat et Bruges. Avec des précipitations supérieures à 40 millimètres par heure, en peu de temps l'eau coulait dans les rues du centre-ville, atteignant un niveau d'1 mètre par endroits ; les services de sauvetage ont dû utiliser des barques pour se déplacer. Plus de 1 500 maisons ont été impactées par les inondations et de nombreuses familles ont perdu pratiquement tout ce qu'elles avaient au moment où le niveau est redescendu trois jours plus tard. L'heure était donc grave à Bordeaux.

Après les tempêtes de 1982 sur la rue Chevalier dans le centre de Bordeaux, photos Sud Ouest reprises dans l'excellent livre Le Festin / a'urba « De la ville à la métropole, 40 ans d'urbanisme à Bordeaux ». À droite, les mêmes panoramas aujourd'hui.
Au cours des 35 années qui ont suivi, près de 600 millions d'euros ont ainsi été investis dans un large dispositif pour s'assurer que cela ne se reproduise plus jamais. Le système comprend environ 2 000 kilomètres de collecteurs, 130 stations de pompage, 50 pluviomètres répartis sur la métropole et, depuis 1992, un centre moderne de surveillance et de contrôle des eaux pluviales situé dans le centre de Bordeaux : "RAMSES" (pour... Régulation de l'Assainissement par Mesures et Supervision des Équipements et Stations).

Mais peut-être le résultat le plus tangible de cette stratégie a été le développement d'environ 80 bassins d'étalement ou de retenue, qui peuvent stocker jusqu'à 2,6 millions de mètres cubes d'eau. Un dépliant que j'ai récemment reçu précisait que c'était l'équivalent de 1 300 piscines olympiques. Cela fait beaucoup d'eau. Certaines de ces installations de stockage sont souterraines, en particulier celles proches du centre-ville. Beaucoup, cependant, sont visibles au niveau du sol, comme celui que je suis venu découvrir aujourd'hui près de la Rocade à Eysines : le Bassin Lamothe-Lescure.


Un panneau d'information à l'entrée relate quelques faits : le bassin, opérationnel depuis 1985, couvre une superficie de 2,3 hectares et peut stocker jusqu'à 22 000 mètres cubes d'eaux pluviales collectées dans les rues d'Eysines. Le niveau d'eau peut monter jusqu'à une profondeur de 2,5 mètres. L'installation est gérée par SGAC (qui, de manière quelque peu illogique, est le petit nom de la Société de Gestion de l'Assainissement de Bordeaux Métropole*), filiale de Suez Environnement, société privée qui gère l'approvisionnement en eau et la gestion dans la métropole.

Le système est somme toute relativement simple. D'un côté de ce bassin sec, une structure en béton marque le point où deux collecteurs convergent, portant l'eau pluviale susmentionnée. Cette eau s'écoule naturellement vers un troisième tuyau qui traversera Bordeaux avant de se jeter dans la Garonne. Cependant, lorsque le personnel du centre de contrôle RAMSES détecte qu'il y a trop d'eau entrante, le tuyau sortant est fermé et l'eau est naturellement redirigée dans le bassin, où elle sera stockée le temps qu'il faut.

Au cœur du mécanisme : en bas à gauche et au centre, l'eau pluviale entrante. À droite, une porte mécanique qui peut être fermée afin de piéger l'eau qui se répand dans le bassin de retenue via l'ouverture que l'on aperçoit en haut à gauche
À quelle fréquence ce dispositif est-il actionné ? Les équipes de RAMSES enregistrent entre 10 et 15 incidents jugés à risque par an. Exemple : le vendredi 26 juillet 2013, des orages, comparables à ceux de 1982, ont frappé la zone et le centre de contrôle a permuté en mode crise. Le niveau élevé de la Garonne n'arrangeait pas les choses. Mais dans un article consacré à ces incidents, Sud Ouest a écrit que, à part quelques sous-sols inondés, aucun dommage majeur n'a été signalé. Sans le système actuel de surveillance et de défense, il est probable que les habitants de Bordeaux auraient à nouveau été témoins de sauvetages en barques dans les rues de Bordeaux. Mais grâce à RAMSES et à son réseau de bassins d'étalement, tout cet excès d'eau est vite maîtrisé et les seuls bateaux que vous verrez dans le centre-ville naviguent sur la Garonne. Hourrah !

> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : Bassin Lamothe-Lescure, avenue du Taillan, Eysines.
> L'espace pédagogique du centre de contrôle et de commandement RAMSES peut être découvert sur rendez-vous du lundi au vendredi. Le centre lui-même se visite généralement lors des journées européennes du Patrimoine au mois de septembre.
> This article is also available in English!

* Le "C" de SGAC faisait sans doute référence au C de la CUB, comme Communauté Urbaine de Bordeaux, la précédente dénomination de Bordeaux-Métropole.

0 commentaires:

Depuis son lancement en 2011, les anciens messages, publicités ou enseignes peints sur les murs à la main sont parmi les thèmes récurrent...

Une nouvelle sélection de vieilles peintures murales

Depuis son lancement en 2011, les anciens messages, publicités ou enseignes peints sur les murs à la main sont parmi les thèmes récurrents du blog Invisible Bordeaux.

Bordeaux dispose de bon nombre de ces curieuses reliques d'une autre ère ; voici donc une toute nouvelle sélection de découvertes à travers la ville. 

Cette première photo, prise sur la rue Jacques-Nancy, montre une publicité qui, d'après ce que je peux distinguer, était pointée vers la gauche et vers une "Succursale Citroën". Chose inhabituelle, il semble que la société qui a peint cette réclame, "--- ir Publicité", se soit octroyée quasiment autant d'espace mural que le nom de son client !

La photo ci-dessus a été prise cours Aristide-Briand : Entreprise Genriès, fournisseur d' « échelles tous genres », et manifestement spécialisée dans la menuiserie et le bâtiment.

Cet entrepôt mystérieux se trouve en plein centre-ville, bien que dans une rue calme, rue Arnaud-Miqueu. En faisant un peu de googling, on découvre que la Compagnie Française est encore opérationnelle et est définie ici et là comme une « entreprise de détail », spécialiste des vêtements pour hommes. À confirmer ?

Il y a de quoi s'occuper en regardant la façade de ce vieux marchand de légumes (fruits et primeurs) de la rue Sanche de Pomiers, avec plusieurs couches de messages à déchiffrer. Le côté droit est plus facile à lire avec ses promesses d'oranges, citrons et fruits secs, mais la partie la plus lisible sur la gauche est le numéro de téléphone à cinq chiffres : 82 213.

Robert d'Isle nous permet de progresser à un numéro de téléphone à six chiffres: 48 27 17. Ce commerce sur la rue des Trois-Chandeliers annonce des prestations d' « entretien, location, réparation »... mais dans quel secteur d'activité?

Ce vieux panneau sur rue Chauffour est en meilleure forme. D'abord, il semble bien entretenu. Deuxièmement, l'établissement a été fondé il y a "à peine" 31 ans, en 1986 (les numéros de téléphone sont désormais à huit chiffres). Le propriétaire Hervé Valverde, dont les initiales semblent flotter vers le haut de chaque verre de vin, semble être un personnage à part, à en juger par le papier Sud Ouest disponible en ligne ici. Pour la petite histoire, le numéro de téléphone est encore d'actualité, en y rajoutant le préfixe "05", bien entendu.

Toujours sur la rue Chauffour, cette annonce pour Frigéco, marque de réfrigérateurs associée au géant français des appareils ménagers Thomson, propose même une image détaillée d'un réfrigérateur bien approvisionné. Et, à gauche, on peut voir un personnage souriant (ou peut-être un bonhomme de neige, c'est difficile à dire) qui admire ses étagères de produits frais. Le « distributeur exclusif » local est mis en avant vers le bas du mur, mais il faudrait lancer un véritable travail de détective pour déterminer ce qui est écrit !   

Quels services étaient proposés par R. Leroyer, installé rue du Hamel ? On n'en sait guère plus, mais rien que pour la jolie police et l'ombre sous les lettres, cette enseigne mérite pleinement sa place sur cette page !

C'est sur la rue du Serpolet que vous trouverez ces traces d'une entreprise de tapisserie-literie, dont l'enseigne se marie bien avec la décoration festive au balcon du premier étage !

Le garage de Ségur, justement situé sur la rue Ségur, intervenait en cas de besoin en matière de réparations, mécanique, tôlerie, peinture !

> Toutes ces trouvailles ont été rajoutées à la carte Googlemap dédiée : "Bordeaux ghost signs and shopfronts" !
> D'autres dossiers sur le même thème : Chapitre 1, Chapitre 2, Chapitre 3, Chapitre 4, Cours Gallieni, Commerces du passé.
> This feature is also available in English!

0 commentaires:

Sur la rive droite de la Garonne, à mi-chemin entre le Pont Chaban-Delmas et le Pont d’Aquitaine, 70 personnes œuvrent au cœur d’une usin...

Jock : l'entreprise familiale bordelaise si chère aux familles bordelaises

Sur la rive droite de la Garonne, à mi-chemin entre le Pont Chaban-Delmas et le Pont d’Aquitaine, 70 personnes œuvrent au cœur d’une usine afin de fabriquer toute la panoplie des produits de la marque Jock. Ce nom fait véritablement partie du paysage pour les habitants de Bordeaux et de ses alentours et on doit à cette société un dessert qui a marqué l’enfance de bon nombre d’entre eux : la crème Jock.

C’est le biscuitier Raymond Boulesque qui est à l’origine de cette crème, qu’il créa en 1938 dans son atelier rue Bergeret dans le quartier des Capucins à Bordeaux. Il s’était donné pour objectif la conception d’un aliment pour enfants à base de céréales qui serait peu onéreux, en cette période où le sucre se faisait rare et cher. Finalement, sa création fut tout autant appréciée par les adultes, et la crème fut rapidement reconnue comme dessert à part entière
Rue Bergeret et Raymond Boulesque. Avec son chien. (Photo de droite affichée dans la boutique de l'usine Jock.)
Après la Seconde Guerre mondiale, M. Boulesque tenta de se diversifier en développant une crème chocolatée à déguster chaud au petit déjeuner qu’il baptisa Mars. Il ignorait qu’une barre chocolatée du même nom était déjà commercialisée au Royaume-Uni depuis 1932. Le Mars version bordelaise fut abandonné mais se rapprochait sans doute de la Crème tradition au chocolat qui est encore distribuée aujourd’hui et que le site internet de l’entreprise présente comme « la petite sœur » de l’invention phare de M. Boulesque.

La jeune société, couronnée de succès, passa sous la direction de Marius Boulesque, fils de Raymond, et déménagea en 1955 pour intégrer de nouveaux locaux rue de Bethmann au sud-ouest de la ville. Ce fut le début de l’âge d’or de la société, qui continua son développement sous la houlette d’un héritier de troisième génération, Jean-Pierre Ballanger.

Des salariés Jock au site de le rue de Bethmann (photo affichée dans la boutique de l'usine Jock),
et le numéro 130 rue de Bethmann aujourd'hui.
En 1999, Jock s’est installé quai de Brazza, sur un site conçu sur mesure ; elle y est toujours aujourd’hui et est actuellement pilotée par Jean-Pierre et Jean-Philippe Ballanger, arrières petits-fils de Raymond Boulesque. La stratégie de diversification qui a démarré il y a si longtemps continue de porter ses fruits ; aujourd’hui la fameuse crème représente à peine 5 % des ventes ! Les vrais produits phares sont en réalité les préparations pour gâteaux (la recette « brownie » est une belle réussite aux États-Unis) et autres desserts, dont certains sont commercialisés sous les bannières PrePat'33 ou PréPât. L’entreprise réalise aussi de nombreux produits (levures, sucre glace…) de façon quasi-anonyme ; ils sont commercialisés sous les marques de magasins tels que Leclerc, Super U, Carrefour, etc. Jock se donne pour objectif le lancement de trois nouveaux produits chaque année afin de consolider son chiffre d’affaires.


Depuis 2012, toute la gamme Jock est disponible à la vente directe depuis un magasin d’usine situé au rez-de-chaussée du site industriel. La boutique propose également des souvenirs estampillés Jock, accessoires de cuisine et différents produits dérivés du partenariat avec l’Union Bordeaux-Bègles, équipe de rugby évoluant en Top 14 (le logo Jock figure par exemple sur les maillots d’entrainement des joueurs et sur les ballons officiels utilisés par le club).

Le jour de mon passage, je ne pouvais évidemment pas partir les mains vides et me suis donc procuré deux paquets de la légendaire crème Jock, ainsi que des préparations toutes faites pour faire un cake au citron et des cannelés. Mes essais personnels seraient-ils concluants ?

J’ai tout d’abord testé la crème Jock et me suis rapidement félicité d’avoir acheté deux paquets. En effet, après une lecture un peu rapide du mode d’emploi (légèrement ambigu), j’ai totalement vidé le premier paquet en ajoutant dix fois trop de poudre à ma casserole de lait. Le mélange était immangeable mais a servi à combler des trous dans le mur de la chambre d’un de mes fils.

Il a donc fallu s’appliquer lors de la deuxième tentative. Cette fois-ci, je ne me suis pas fait piéger par les conseils de préparation en deux parties séparées : les quantités préconisées de poudre se trouvent isolées du mode d’emploi. J’ai choisi les quantités pour une texture « crème anglaise » ; un des grands atouts de cette préparation est de pouvoir jouer sur les textures et ainsi cuisiner des desserts radicalement différents (de la crème dessert jusqu’à la crème pâtissière).

Ma crème anglaise, un peu moins sucrée que d’autres que j’ai pu goûter par le passé, fut une belle réussite en accompagnement d’un dessert à base de Rice Krispies et ironiquement, de barres Mars fondues. C’était tout à fait délicieux. De plus, après 24 heures passées au réfrigérateur, la crème avait  durci et pouvait être à nouveau consommée sous cette nouvelle forme.

Ma deuxième expérience porta sur les cannelés Jock. La préparation de cannelés est un grand art et, ce jour-là, je manquais de temps et de concentration. La durée conseillée de cuisson est de 40 à 45 minutes, mais cette échéance passée les cannelés n’étaient toujours pas cuits à l’intérieur, ni dorés à l’extérieur. Je me demandais si le coupable n’était pas le moule en silicone que j’utilisais, facteur qui n’aurait pourtant pas dû compliquer la tâche. Impatient, j’ai consommé les cannelés mi cuits et j’ai fait tout mon possible pour oublier cet incident de parcours.

Mais pour finir sur une note positive, le cake au citron instantané fut une belle réussite. Avec du recul je me rends compte que la partie la plus difficile était le moment où, en découpant le paquet, j’ai dû résister à une envie quasi-irrésistible de déguster la préparation encore crue. À part un peu de gras au fond du moule, aucun ingrédient supplémentaire n’est requis et, une fois au four le cake gonfle et cuit en 30 minutes. Le résultat est délicieux.

J’ai encore du chemin à parcourir afin de cultiver mon histoire d’amour avec les produits Jock, mais les idées sont là ; d’ailleurs de nombreux experts culinaires partagent au quotidien diverses recettes inspirées par la gamme Jock, et le meilleur point de départ n’est autre que le blog dédié, animé par l’entreprise elle-même !

> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : usine Jock, quai de Brazza, Bordeaux ; sites précédents, rue Bergeret et rue de Bethmann, Bordeaux. 
> Site internet Jock : www.jock.fr 
> Boutique en ligne et recettes : www.boutique-jock.fr
> This article is also available in English! 
Enfin, savourez cette publicité de 1984 avec le joueur légendaire des Girondins de Bordeaux, Alain Giresse :


Cliquez ici en cas de problème d'affichage.

Même si ces temps-ci, les publicités Jock ressemblent davantage à ceci :


Cliquez ici en cas de problème d'affichage.
 
Un grand merci à Guillaume et Erik de m'avoir soufflé ce sujet !

0 commentaires:

Comme de nombreux blogs, Invisible Bordeaux s'est développé sur les réseaux sociaux, notamment Twitter , Facebook et Youtube . Un a...

Objectif Bordeaux : mes comptes Instagram bordelais préférés !


Comme de nombreux blogs, Invisible Bordeaux s'est développé sur les réseaux sociaux, notamment Twitter, Facebook et Youtube. Un autre de ces canaux, sur lequel je m'amuse à partager photos et mettre en avant des sujets du blog, est l'incontournable Instagram.  

Sur Instagram on trouve des personnes particulièrement douées et créatives, dont certaines sont basées à Bordeaux. Voici donc un aperçu de quelques-uns de mes comptes bordelais préférés : les Instagrammers dont je suis toujours ravi de découvrir les nouvelles publications, et dont les appareils photo ou téléphones parviennent toujours à capturer la ville d'une perspective insolite ou inattendue. Pour les photos traditionnelles du Miroir d'Eau ou de la Place de la Bourse, il faudra revenir plus tard, mais pour découvrir Bordeaux autrement, faites un tour sur ces comptes :

Les images partagées par Amélie sont riches en profondeur et en perspective. Elle capture un Bordeaux intemporel où les passants jouent le rôle de figurants. Autres domaines de prédilection : les façades insolites ou les jeux de reflets.  
Ci-dessous : “Allez hop, c'est parti les enfants !”
_______________

Rickyworld 
www.instagram.com/rickyworld
Le territoire d'Eric s'étend de Bordeaux jusqu'au Médoc et au Bassin d'Arcachon. Ses œuvres sont estampillées "100 %  smartphone" et font paraître quelques personnages récurrents : un jouet en forme de super-héros que l'on retrouve à différents endroits, ou encore Eric lui-même, que l'on a surtout pris l'habitude de voir de profil en plein saut. 
Ci-dessous : “#rickyworld_jump #pontchabandelmas”

_______________

Jeanchristopheguerin
www.instagram.com/Jeanchristopheguerin
Jean-Christophe varie les plaisirs en matière de techniques et de styles, mais mes photos préférées sont lorsqu'il évolue dans un environnement urbain ("urbex") aux côtés de personnes qui pratiquent du vélo, du skate ou du parkour. Les résultats sont pleins de vie et d'énergie.
Ci-dessous : “| Le parkour adolescent | 2/3”

_______________

Bordeauxwalkingtours 
www.instagram.com/Bordeauxwalkingtours
Ce compte, piloté par Hela, la propriétaire de Bordeaux Walking Tours, prend de l'ampleur depuis quelques mois. Les photos dévoilent des lieux aussi méconnus qu'insolites, et sont accompagnées de légendes intéressantes à forte valeur ajoutée.
Ci-dessous : “Palais de la Bourse banquet hall.”

_______________

karotev.bordeaux
www.instagram.com/karotev.bordeaux
Ce compte est également alimenté par une guide touristique, Caroline, qui n'a pas peur de sortir des sentiers battus. Ses photos ressemblent presque à des peintures, tellement leur construction est soignée.
Ci-dessous : “Sun in the "roman" part of Bordeaux Cathedral.”
_______________

lezzles
www.instagram.com/lezzles
Lesley, professeur à l'Université de Bordeaux, propose des vues de l'intérieur de sa ville d'adoption. Bon nombre de ses photos sont prises sur le chemin du travail ou de la maison, et ces documents sont des reflets fidèles de la vie à Bordeaux.
Ci-dessous : “Leaving work on a Friday evening.”
_______________

keig33
www.instagram.com/keig33
Sur le compte de Greg, on trouve souvent les incontournables de Bordeaux, mais sous un angle inhabituel et surprenant. Son terrain de jeu s'étend au-delà de la ville et, manifestement, il s'amuse à jouer avec les couleurs et la lumière.
Ci-dessous : “Du plus petit au plus grand...”
_______________

Rachel_bdx
www.instagram.com/Rachel_bdx
Rachel est photographe professionnelle et se sert d'Instagram comme vitrine de son travail. Ses photos sont limpides et formidablement bien construites, en sachant qu'elle n'a pas non plus peur de mettre en avant le Bordeaux moins lisse de temps à autres.

_______________

Gillesrose
www.instagram.com/Gillesrose
Photographe réputé, Gilles ne sera jamais classé parmi les utilisateurs d'Instagram les plus prolifiques ! Par contre, ses partages sont de formidables petits bijoux. Il a l’œil pour les détails cachés, et trouve régulièrement des angles de vue auxquels personne d'autre n'aurait pensé !
Ci-dessous : “#coucou #garonne”
_______________

watchyou_bordeaux
www.instagram.com/watchyou_bordeaux
Le compte watchyou_bordeaux est géré par un collectif d'utilisateurs d'Instagram, et met en avant des photos de Bordeaux postées par d'autres utilisateurs et taguées avec la mention "#wu_bordeaux". Le ton et le contenu sont divers et variés, pourtant le tout offre une vision homogène de la ville et de son dynamisme.
Ci-dessous : une photo signée @7cmosaique reprise par le compte watchyou_bordeaux.

0 commentaires:

Invisible Bordeaux a fait une découverte inattendue lors d'une récente sortie : le petit mais très agréable Jardin des Remp...

Jardin des Remparts : le jardin secret de Bordeaux

Invisible Bordeaux a fait une découverte inattendue lors d'une récente sortie : le petit mais très agréable Jardin des Remparts, caché au-dessus des restes des remparts de la vieille ville, est un autre concurrent pour le prix de « Secret bordelais le mieux gardé » ! 

Bien qu'ayant des racines qui remontent loin dans le temps, en tant que jardin public, l'histoire est encore jeune : le Jardin des Remparts, dans sa forme actuelle, a été ouvert pour la première fois au grand public par la ville en décembre 2013. Cette évolution était l’un des aboutissements d’une campagne appelée Bordeaux [Re]Centres, à savoir la déclinaison locale du Plan national de requalification des centres anciens dégradés, ou PNRQAD pour les intimes.

L’inauguration de 2013 faisait également suite à d’autres efforts pour donner vie à ce lieu en 2010, menés par une association locale poétiquement connue sous le nom de « Le Bruit du Frigo ». Ils ont ainsi organisé divers événements ici dans cet espace alors peu utilisé, sur un terrain partagé entre le CROUS et l'école de reconversion professionnelle (ERP) Robert Lateulade (la ville a acquis le droit d'utiliser le terrain appartenant à l'État et deviendra propriétaire du terrain à l’avenir). Avant cela, le lieu avait une vocation toute autre, faisant partie intégrante du Couvent des Capucins.


Le jardin s'étend sur une partie des anciens remparts de la vieille ville, comme on peut le deviner en regardant le long mur de pierre linéaire qui sépare le jardin des maisons voisines. Vers une des deux entrées du jardin (où il y a actuellement des escaliers temporaires métalliques, en sachant qu’ils seront bientôt remplacés par des escaliers permanents), une section survivante de ce mur d’enceinte du XIVe siècle est entièrement visible. Au niveau du jardin, il y a même des traces de la vieille terrasse d'artillerie et du chemin de ronde.

En haut : des restes des remparts près de l’entrée est du jardin. En bas : une porte d’accès au chemin de ronde ? Ou un poste de garde ?
Le reste du parc de 3 400 mètres carrés est peu spectaculaire mais bien entretenu et très plaisant. Une jolie rangée de platanes est rythmée par quelques bancs et, plus étonnamment, par un petit sanctuaire ou oratoire, sans doute un survivant du passé du couvent du lieu. En regardant de plus près, on devine une inscription latine sur l’oratoire. On peut lire "Filioli mei, quos iterum parturio, donec formetur Christus in vobis". Avec un peu d'aide de Twitter, et plus précisément d’une correspondante à l'Association Régionale des Enseignants de Langues Anciennes de l'académie de Bordeaux (@Arelabor), le texte a été identifié comme étant un verset de la Bible, Galates 4:19, à savoir : « Mes enfants, je souffre de nouveau, pour vous, comme une femme qui accouche, jusqu’à ce qu’il soit clair que le Christ est présent parmi vous. »

L’oratoire et le vieil escalier qui mène vers l’ancienne cour du couvent.
Les restes clôturés d'un escalier en pierre conduisent de l'oratoire à la cour de l'ERP de nos temps modernes, bien qu'il soit assez facile d'imaginer l’environnement comme celui du couvent du XVIIe siècle. Au niveau inférieur, une impressionnante œuvre de street art orne un mur qui forme une impasse pour les visiteurs. Alors que je prends des photos, un chien apparaît et fait le beau pour l’appareil avant de se diriger vers le haut pour rejoindre son maître et d’autres promeneurs de chiens.

Le nom du chien était, me semble-t-il, Watson. C'est élémentaire.
Il s'avère en effet que le Jardin des Remparts est un point de rencontre pour la communauté locale de propriétaires de chiens (bien que je dois dire qu'après avoir lu un article sur le brillamment nommé thetropicaldog.com, j’étais sûr que j’allais croiser quelques amis canins). Lors de mon passage, il est encore tôt un dimanche matin, mais il y a un regroupement de promeneurs de chiens vers le milieu de l’allée. Et, pendant que je suis là, un autre monsieur et ses deux lévriers arrivent ; ils seront grondés par les autres pour leurs 20 minutes de retard !

J’avance prudemment entre les chiens pleins d’énergie et j’échange quelques bons mots avec l’une des propriétaires. Nous remarquons combien le jardin est agréable, mais elle ajoute tout de suite que cela ne restera ainsi que « si les gens le respectent ». Que sous-entend-elle ? Elle précise que bien trop souvent des passants laissent des restes de nourriture, etc. Et, quelques minutes plus tard, dans un coin, je repère effectivement quelques bouteilles de bière vides et des emballages papier abandonnés par leurs propriétaires. Je comprends alors combien les habitants du quartier ont adopté ce lieu qu'ils souhaitent désormais protéger ; le jardin est devenu un prolongement de leur domicile.
Panoramas depuis le jardin.
Enfin, je profite de ce point de vue inhabituel et en hauteur pour admirer quelques lieux que je n'ai jamais vus sous cet angle : la flèche de l'église Saint-Michel, le toit du Marché des Douves (récemment rénové) et l'ancienne chapelle du couvent qui se trouve sur le terrain du CROUS, un lieu qui semble être hors limites mais qui peut, apparemment, être visité de temps en temps. J'observe également un dôme blanc bien mystérieux, peut-être celui qu’on peut observer sur le site internet de l'ERP Robert Lateulade ici.

Mon temps au Jardin des Remparts a pris fin mais je sais que je reviendrai. Je pense bien que la prochaine fois que je serai dans la foule du quartier Saint-Michel ou du marché des Capucins, sûrement parmi les zones les plus animées et les plus énergiques des quartiers de la ville, je m’empresserai de retourner vers ce jardin secret bordelais sur les remparts de la vieille ville, afin de profiter d'une promenade tranquille aux côtés de tous les chiens du quartier !

> NB : à présent, le Jardin des Remparts n'est accessible que par des escaliers métalliques rue Marbotin et rue des Douves. Des moyens d'accès pour personnes handicapées devraient suivre à l'avenir.
> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : Jardin des Remparts, rue Marbotin/rue des Douves, Bordeaux.
> Un grand merci à l'Association Régionale des Enseignants de Langues Anciennes de l'Académie de Bordeaux (@Arelabor), contactée par Émilie Bordographe, pour son aide dans la traduction et l'identification de l'inscription latine sur l'oratoire. Merci aussi à Alan Davey qui était également en contact à ce sujet !
> This article is also available in English!

2 commentaires:

Des centaines de masques sculptés, ou « mascarons » (de l'italien « mascherone »), sont à découvrir sur les façades des bâtiments d...

Nouvelle vidéo : les mascarons de la Place de la Bourse

Des centaines de masques sculptés, ou « mascarons » (de l'italien « mascherone »), sont à découvrir sur les façades des bâtiments de Bordeaux. Sur les immeubles 18e de la Place de la Bourse, il y a 86 à repérer, dont 55 autour de la place et les autres sur les façades côté Garonne de ces mêmes bâtiments.

Chacun d'entre eux semble avoir sa propre personnalité unique, et tous les mascarons de la Place de la Bourse figurent dans ce court clip! Entre dieux et créature mythologiques, symboles du commerce triangulaire ou personnalités locales, les visages sont d'une grande variété. 

Bon visionnage et n'oubliez pas d'aller les admirer vous-même à l'occasion !

0 commentaires:

Un blog comme le Bordeaux Invisible est, en substance, une compilation linéaire de contenus avec des articles empilés par ordre chronol...

Vous êtes ici : naviguez grâce à la carte Invisible Bordeaux !


Un blog comme le Bordeaux Invisible est, en substance, une compilation linéaire de contenus avec des articles empilés par ordre chronologique, et par conséquent un traitement de faveur aux nouveaux dossiers, affichés en page d'accueil.

Mais n'oubliez pas qu'il existe une autre façon de parcourir les sujets : en consultant la carte Invisible Bordeaux ! La carte répertorie littéralement des centaines de points d'intérêt aux alentours de Bordeaux (ainsi qu'un au Québec), et chaque repère est illustré d'une photo, comprend une brève description et un lien vers le billet de blog associé.

Donc, lancez-vous et localisez tous ces sujets ! Accédez à la carte Invisible Bordeaux en cliquant ici, ou si vous visualisez cette page dans un navigateur standard, la carte devrait également paraître comme par magie dans une fenêtre ci-dessous. Bon voyage !

0 commentaires:

L’histoire de Bordeaux pendant l’Occupation demeure particulièrement opaque. La ville fut néanmoins le théâtre de nombreux événements, ...

Le Juif et la France : retour sur la halte bordelaise de cette exposition antisémite

L’histoire de Bordeaux pendant l’Occupation demeure particulièrement opaque. La ville fut néanmoins le théâtre de nombreux événements, dont certains hautement stratégiques, d’autres dramatiques, mais d’autres pleins d’espoir. Avec le recul de quelques années, certains chapitres laissent un goût amer. C’est le cas de l’organisation à Bordeaux sur une durée de six semaines de l’exposition « Le Juif et la France ».

Devant le palais Berlitz à Paris,
source photo : www.cndp.fr
Rappel du contexte si besoin : fin 1940, le régime de Vichy déploie une politique visant à exclure les Juifs de tout rôle dans la société française. Ils sont alors rejetés de leurs postes quel que soit le secteur : fonction publique, éducation nationale, presse, industrie du cinéma… Cette politique doit ainsi faciliter la mise en place des plans radicaux conçus par les Nazis visant la déportation et l’extermination des Juifs, avec pour objectif la solution dite « finale ». 

Afin d'obtenir un large soutien public parmi la population non juive française, le régime a recouru à diverses campagnes de propagande qui stigmatisaient les Juifs. Parmi ces initiatives, notre attention porte aujourd’hui sur l'exposition Le Juif et la France qui a d’abord eu lieu au Palais Berlitz sur les boulevards de Paris du 5 septembre 1941 au 15 janvier 1942. L'exposition était organisée par l'IEQJ, l'Institut d'Études des Questions Juives, un organisme financé par l'ambassade d'Allemagne en France et supervisé par la sécurité nazie et les services de propagande.

L'exposition cherchait à mettre en évidence la place forte que les Juifs occupaient au sein des institutions et des secteurs économiques dans toute la France. De plus, pour aider les citoyens à mieux reconnaître l'« ennemi », l'exposition fournissait un véritable guide pour débutants sur les caractéristiques physiques des Juifs. Elle dépassa aussi ces stéréotypes pour pointer du doigt différents personnages emblématiques, tous exposés sur de grands panneaux, tels que le vendeur de meubles Wolff Lévitan, le journaliste de radio Jean-Michel Grunebaum, le dramaturge Henri Bernstein et le politicien Léon Blum.

Quelques-uns des panneaux de l'exposition à Paris, sources images :
aufildelhistoire.u.a.f.unblog.fr, parisenimages.fr et voir-et-transmettre.fr
Les chiffres de fréquentation pour les quatre mois à Paris varient énormément ; les estimations vont de 155 000 à 500 000 visiteurs ! Mais il est généralement admis qu'après le succès initial, l'intérêt s'est ralenti auprès d’une population méfiante. Le moment était venu pour l'exposition de se déplacer vers les provinces et le plan était de l'organiser dans dix autres villes à travers la France. En fin de compte, seules deux villes l'accueillirent : Nancy et Bordeaux.

Fait significatif, l'événement de Bordeaux eut lieu dans un bâtiment situé dans les jardins de l’Hôtel de Ville, qui abrite désormais le Musée des Beaux-Arts. Cette manifestation était d’ailleurs dans la lignée d’une autre organisée au même endroit en mai 1941, à savoir l’exposition intitulée « L'Allemagne de nos jours », destinée à sensibiliser la population locale à la culture et l'industrie allemandes. Sa pièce maîtresse ? Un buste d'Adolf Hitler entouré d'un massif d’hortensias…

L'étape bordelaise de l'exposition Le Juif et la France a ouvert le 28 mars 1942 et a duré six semaines jusqu'à sa fermeture le 11 mai (l'événement de Nancy s'est étendu plus tard du 4 juillet au 2 août). Encore une fois, il est difficile d'établir des chiffres de fréquentation fiables, mais plus de 60 000 personnes ont vraisemblablement vu l'exposition à Bordeaux, y compris les élèves de toutes les écoles locales. La publication officielle de l'IEQJ, Le Cahier Jaune, s’est empressée de saluer ce succès, rappelant que cela représentait 20 % des 300 000 habitants de Bordeaux et de ses environs.

Outre les présentations statiques, un cinéma de fortune a été mis en place sous barnum dans les jardins de l'hôtel de ville avec des films dont "Le Péril Juif" et "Les Corrupteurs", et pas moins de trois conférences ont eu lieu chaque semaine.

Le « cinéma permanent » et le même panorama aujourd'hui.
L'entrée de l'exposition (tout comme sur la photo en haut de cette page) et le même lieu en 2017.
Le journal local La Petite Gironde (en phase avec l’Occupant) rapportait alors que « quarante jours auront suffi pour que nos concitoyens se rendent compte du péril juif. Un vieil usage veut que, dans toute enquête criminelle, l’on recherche la femme. Désormais, nous savons que dans les causes de toutes misères, faillites, catastrophes financières, scandales ou guerres, nous devons rechercher les Juifs. » Était-ce le message retenu par les Bordelais ? Impossible aujourd’hui de le savoir, mais l'exposition a incontestablement contribué au climat qui a finalement amené des centaines de Juifs de Bordeaux à être arrêtés et déportés au cours des mois suivants.

Gros plan sur l'image utilisée sur les affiches
de l'exposition. Source : http://paril.crdp.ac-caen.fr
Que peut-on dire de l'implication des autorités locales ? Selon les auteurs de la biographie incontournable du maire de Bordeaux de l'époque, Adrien Marquet (voir note de bas de page), le fait même que la mairie ait accueilli l'événement démontre qu’elle était prête à soutenir cet effort de propagande. Le livre souligne que Marquet (dont l'héritage très contrasté a longtemps été désigné comme un futur sujet d’investigation Invisible Bordeaux) « ne s’est en rien opposé à l’opération », bien qu’il ait fait profil bas lors des manifestations associées, par exemple en envoyant son adjoint Robert Poplawski à la cérémonie d’inauguration à sa place, « comme par prudence ».

Dans ce cas, comme si souvent lorsqu’on revient sur ces tristes épisodes de temps de guerre, nous avons l’impression d’être les témoins d’événements à peine croyables, se déroulant dans un univers parallèle non reconnaissable. Pourtant, le cadre est si familier et si récent que cette vérité ne peut que nous déranger ; aujourd’hui plus que jamais, nous avons tous besoin de cette piqûre de rappel par rapport à notre passé. 

Reportage « Actualités Mondiales » sur l'exposition à Paris :
> La biographie incontournable d'Adrien Marquet mentionnée ci-dessus est Adrien Marquet, les dérives d'une ambition des auteurs Hubert Bonin, Bernard Lachaise et Françoise Taliano Des Garets.
> Aller plus loin :  
- https://www.histoire-image.org/etudes/exposition-juif-france-paris 
- http://www.gauchemip.org/spip.php?article8812 
- http://rue89bordeaux.com/2015/05/13-mai-44-dernier-convoi-bordeaux-auschwitz/
> Les photos de l'événement bordelais sont tirées d'un reportage publiée dans Le Cahier Jaune, la revue de IEQJ, archivée par le Centre de documentation juive contemporaine (un extrait de ce reportage figure notamment dans Adrien Marquet, les dérives d'une ambition). 
> This article is also available in English. 

0 commentaires: