Il y a quelques semaines, Le Bordeaux Invisible s'est entretenu avec Rich Heard au sujet du projet Frankton 75 visant à reproduire ...

Retour sur le projet Frankton 75 !


Il y a quelques semaines, Le Bordeaux Invisible s'est entretenu avec Rich Heard au sujet du projet Frankton 75 visant à reproduire le mythique Opération Frankton de 1942, le raid sur le port de Bordeaux à l'issue duquel seuls deux survivants ont pu regagner le Royaume-Uni : Herbert "Blondie" Hasler (1914-1987) et Bill Sparks (1922-2002), le grand-père de Rich. 

L'équipage Frankton 75, qui comptait également Mike, le frère de Rich, et leur oncle Terry (fils de Bill Sparks), a brillamment réussi sa mission fin septembre / début octobre, remontant l'Estuaire de la Gironde sur quatre jours avant de rallier Blaye à Ruffec à pied pendant les quatre jours suivants. J'ai repris contact avec Rich afin d'en savoir plus.

Que savez-vous désormais sur ce qu'a vécu votre grand-père il y a 75 ans de cela ?

J'ai beaucoup appris sur la Gironde et les environs, sur les points de chute où mon grand-père s'est caché pendant la journée et sur les conditions auxquelles les Marines ont dû faire face pendant leurs nuits sur l'eau, ainsi que le long parcours à travers la campagne française en ce qui concerne Sparks et Hasler.

Je ne savais pas qu'ils avaient été hébergés dans une ferme près de Ruffec pendant 41 jours, littéralement gardés dans une pièce afin qu'ils ne soient pas vus ! J'ai eu le plaisir de rencontrer René, le fils du fermier qui logeait mon grand-père. J'ai aussi entendu parler d'une histoire amusante : pendant cette période en isolement, Hasler et Sparks ont perdu une bonne partie de leur forme physique, source de moquerie d'un officier de la RAF lors de leur traversée des Pyrénées !

Racontez-nous ce défi d'un point de vue physique et mental.

En termes de forme physique, c'était incroyablement difficile et ces huit longues journées consécutives ont été particulièrement rudes. En pagayant c'était dur pour nos derrières, nos épaules et nos dos, les kayaks n'étant pas nécessairement construits pour le confort, mais nous nous sommes débrouillés et l'avons terminé plus vite que prévu.

Parfois, on avait l'impression que des points de repère se déplaçaient le long de la rive pour nous piéger ; le premier jour, entre le Verdon et Pauillac, nous avons mis trois heures à passer devant un phare ! Cela donne une idée de l'échelle de la Gironde !

Les trois kayaks à l'approche de Macau à la fin de leur deuxième jour sur l'eau.

Le retour sur terre (moyennement) ferme à Macau.
La partie à pied était autre chose encore ! Vu les kilomètres qu'on devait parcourir, nous marchions quasiment du lever du soleil jusqu'à son coucher. Après quatre jours avec les pieds dans l'eau, la première journée de marche fut incroyablement douloureuse. J'ai eu des ampoules de sang sur les deux talons !

Ces quatre jours ont été un défi pour le mental. Nos corps souffraient et nous dormions peu puisque nous arrivions tard à chaque ville étape et devions être debout de bonne heure. Mais nous sommes restés solidaires et avons œuvré ensemble pour relever notre défi !


Devant la Toque Blanche à Ruffec !
Quels étaient les temps forts de votre aventure, et quels étaient les épreuves les plus difficiles ?

Nous avons rencontré de nombreux Français qui étaient ravis de nous aider et de nous soutenir, ainsi que de donner de leur temps pour nous montrer les sites et les mémoriaux dédiés aux Marines.

Parmi les temps forts : le moment où nous avons embarqué dans nos kayaks le premier jour, et le demi-tour que nous avons dû faire lorsque nous sommes allés trop loin en chemin pour Pauillac. Et puis, lors de notre arrivée à Blaye, nos regards tournés vers l'Estuaire à la fin de notre voyage sur l'eau.

Un autre temps fort était notre arrivée à Ruffec et la découverte de la Toque Blanche. Quelle émotion de se retrouver dans la même pièce où notre grand-père a retrouvé la Résistance ! Nous avons versé quelques larmes. Tant de choses se sont passées dans cette pièce sans lesquelles je ne serais pas en vie ! 

Pour moi personnellement, les moments les plus difficiles étaient lors de la deuxième journée de la marche. Je souffrais dès le départ et, après 30 kilomètres, j'étais vraiment mal en point. La douleur était presque supportable, mais le tout avait un impact sur notre rythme global et aurait pu mettre tout notre planning en péril. J'ai donc pris la décision difficile de rester au repos le troisième jour... mais j'ai pu reprendre la marche pour la dernière manche !   

Un grand dîner avait été organisé pour notre arrivée à Courcôme, ce qui était incroyable ! Cinquante personnes sont venues nous rencontrer et passer la soirée avec nous ! C'était comme si nous étions des célébrités, nous avons été accueillis avec des cris et des applaudissements !

Les festivités à Courcôme, à l'initiative de Mary Messer, Jean-Claude Déranlot et l'association Frankton Souvenir.
Que retenez-vous des paysages du sud-ouest de la France ? 

Il y avait tant de jolies petites communes, et d'innombrables superbes collines recouvertes de vignes ! Nous avons commencé notre promenade le long de la Gironde sur le site où Hasler et Sparks ont coulé leur canoë. C'était un endroit incroyable à visiter et a été un bon point de départ pour se concentrer sur notre randonnée.

La marche à Ruffec restera gravée à jamais dans ma mémoire, dans les rues de la ville jusqu'à la Toque Blanche, puis de voir ce bâtiment qui était si familier grâce à des photos. À couper le souffle !

 [Entracte vidéo : l'aventure en images... qui bougent !]

Et maintenant ?

Eh bien, nous continuons à recueillir des fonds pour Weldmar Hospice Care. Chose formidable, nous venons d'atteindre l'objectif fixé au départ, à savoir de récolter 10 000 £ ! Nous en sommes bien sûr ravis !

Quant à moi, j'ai hâte de retrouver mon rythme familial, de profiter de ma petite famille et de m'habituer à mon nouvel emploi ! Qui sait quelle sera la prochaine aventure, je suis toujours prêt à relever un nouveau défi !


> Vous pouvez encore contribuer au projet Frankton 75 via cette page Justgiving : www.justgiving.com/Frankton75inthefootstepsofourgrandfather
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