L'université de Bordeaux s'étale sur plusieurs bâtiments en centre-ville, et surtout sur un grand campus qui s'étend de Tal...

À la recherche de l'insolite sur le campus universitaire de Talence et Pessac

L'université de Bordeaux s'étale sur plusieurs bâtiments en centre-ville, et surtout sur un grand campus qui s'étend de Talence à Gradignan via Pessac. Outre les inévitables salles de classe, amphithéâtres, bureaux et résidences étudiants, ce campus réserve quelques surprises, qu'il s'agisse de chapelles en ruines ou d’œuvres artistiques. 

Cela me semblait être un bon angle pour partir à la découverte du campus, et pour mener à bien cette mission je pouvais compter sur le soutien de deux excellents guides : d'abord un livret réalisé par l'Université intitulé Promenades Universitaires me permettant notamment de situer différentes œuvres (dont la plupart peut être attribuée à la politique 1 % artistique obligeant les projets de construction publiques à consacrer 1 % du budget à des créations artistiques) ; et surtout mon compagnon de route sur cette aventure, Harvey Morgan, expatrié américain basé désormais à Talence, lecteur assidu du blog depuis de nombreuses années et passionné d'histoire et de patrimoine (particulièrement le patrimoine religieux de la Gironde). 

Après quelques échanges par e-mail par rapport à ce que nous allions bien pouvoir observer, Harvey a conçu un itinéraire intéressant qui a démarré devant une des grandes spécialités françaises de ces dernières années : un rond-point paysagé. Dans ce cas précis, la carrefour giratoire s'articule autour d'une cabane qui, me semble-t-il, rappelle un carrelet girondin. En y regardant de plus près, il s'est avéré qu'il n'y avait pas de plancher surélevé à l'intérieur, juste un espace ouvert jonché de bouteilles vides. La cabane est manifestement devenue un lieu de rendez-vous insolite pour des buveurs de bières… 


De là, nous avons rejoint l'entrée  l'école d'ingénieurs des Arts & Métiers afin d'observer trois objets surprenants. D'abord, une imposante sculpture signée par l'Argentine Alicia Penalba (1913-1982), à savoir une de ses créations dites Grand Double inspirées par les totems amérindiens. Celle-ci a été réalisée en 1974. 


Puis, un peu plus près des bâtiments, nous avons découvert une « Smartflower », un système photovoltaïque à moyenne échelle qui pivote en fonction de la position du soleil, ou peut simplement se replier si les vents deviennent trop forts. Comment la puissance utilisée par la Smartflower est-elle utilisée sur le site ? Cela reste une question sans réponse, mais les informations disponibles en ligne suggèrent que cette installation (coût approximatif : 23 000 €) peut générer entre 3 400 et 6 200 kWh par an, ce qui est probablement suffisant pour alimenter quelques appareils électriques.  

Harvey Morgan observe la Smartflower.
Nous avons terminé devant un impressionnant marteau-pilon à planche L-G 500 produit au milieu du XXe siècle par la Société de Construction de Montbard. Inutile de dire qu'il n'est plus utilisé !


Notre prochaine étape fut du côté des sportifs du CREPS où nous avons observé de l'intérieur une des trouvailles préférées de Harvey dans la région : les ruines de la chapelle Roul, une chapelle construite en 1849 sous François Roul (1782-1864), maire de Talence et propriétaire du château voisin et des terres environnantes, à savoir le domaine Monadey. Le souhait de Roul était d'être inhumé dans la chapelle mais ceci n'a pas été autorisé. Au fil des années, le lieu a changé de mains et est tombé sous la propriété de l'État à partir de 1942, et la chapelle a plus ou moins survécu.

 

Elle était en très mauvais état jusqu'à il y a quelques années quand une association d'étudiants, en partenariat avec la municipalité et des historiens locaux, a cherché à nettoyer et restaurer ce qui restait de la chapelle. Le résultat est étonnant et plein de contrastes : les quatre murs sans toit de cet édifice religieux figé dans le temps, entourés de tous côtés par des installations sportives modernes.


En partant du CREPS, nous nous sommes dirigés vers le portail monumental art déco réalisé en 1950 par une grande figure de la ferronnerie, Raymond Subes (1893-1970). Les battants, qui comprennent plusieurs rangées de motifs rappelant des branches d'arbres, sont surmontées par l'inscription "Université de Bordeaux. Faculté des Sciences".


Comme le portail était bien ouvert en ce samedi matin, nous sommes entrés et Harvey m'a guidé vers un autre de ses lieux préférés : Castel Terrefort, un manoir qui était au cœur de ce domaine jusqu'à ce que la ville de Bordeaux l'achète. Non loin, le château Bonnefont a connu le même sort, et toute la zone a été transformée pour devenir partie de l'actuel campus universitaire (plus tard nous avons vu le château Bonnefont de loin - il a également été incorporé dans la configuration universitaire, comprenant des bureaux et le célèbre amphithéâtre l'Agora du Haut-Carré). À Castel Terrefort, nous avons admiré la cour paisible et ses éléments décoratifs muraux, et Harvey a raconté ses visites dans la chapelle souterraine de la propriété que, malheureusement, nous n'avons pas pu voir ensemble.


Après ce début quelque peu sinueux de notre balade universitaire, nous nous sommes engagés sur  un parcours de plus en plus linéaire, en suivant plus ou moins le tracé de la ligne B du tramway par Talence et Pessac. Le prochain point d'intérêt que nous visions était juste hors de notre portée, à l'intérieur du hall d'entrée de l'institut national de recherche INRIA : une installation d'art moderne de Nathalie Talec (1960 -...) intitulée The Third Hemisphere. Installée ici en mars 2012, l’œuvre tout en néon et en métal est une représentation à grande échelle des contours du cerveau humain. 


En nous déplaçant plus à l'ouest, nous avons rencontré une formation de roches positionnées en spirale, chaque pierre étant étiquetée en fonction de son lieu d'origine (Pyrénées, Cantal, Corrèze, Haute-Garonne, etc.). Ce panorama rappelait à Harvey les dolmens et alignements mégalithiques en Bretagne. 


Nous avons alors atteint la première des trois pièces produites dans les années 1960 par le sculpteur Jean Bertoux (1923- ...), à savoir son Mur mosaïque comprenant un certain nombre de blocs en "u" et "n" posés les uns sur les autres. Un côté est nettement plus joli que l'autre et, par endroits, l’œuvre est en piètre état et ses morceaux se détachent. Bien que tentés de ramener chez nous un souvenir de cette œuvre artistique, nous avons finalement préféré laisser les morceaux de carreaux cassés sur place… 


Les deux prochaines réalisations sont des structures en acier constituées de combinaisons de triangles et de cercles. Encore une fois, on a pu observer par endroits que ces œuvres d'art avaient connu des jours meilleurs !


Nous nous sommes alors dirigés vers les bâtiments principaux de l'actuelle Université Montaigne, regroupant la Faculté de Droit et Sciences Économiques et la Faculté des Lettres et Sciences Humaines. C'est là que se trouve la structure en pierre intitulée Jet d'eau pétrifiée, réalisée vers 1968 par Yasuo Mizui (1925-2008). L’œuvre aurait été positionnée à l'origine au milieu d'un véritable plan d'eau où les reflets des formes et des motifs de la sculpture ajoutaient une dimension supplémentaire à cette création. Dans sa configuration actuelle, ce "jet d'eau" semble particulièrement statique voire pas tout à fait à sa place.
 

Notre ultime arrêt était sur l'esplanade située en face de la fontaine Mizui, où nous avons découvert l'« Espace aménagé Bissière », de son créateur Roger Bissière (1886-1964). Près des bâtiments de l'université, ceci correspond à un certain nombre de petits blocs de pierre qui servent sans doute de sièges plus ou moins confortables aux étudiants entre deux cours, avec en complément les silhouettes en ardoise d'oiseaux en vol incrustées dans le sol. L'autre œuvre signée Bissière se trouve désormais à quelques mètres de là, sous des arbres : un long mur décoré de motifs réalisés en pierres, ardoise et fragments de briques, le tout dessiné à l'origine par Bissière mais réalisé par son fils Marc-Antoine Loutre.

 

Avant de regagner en tramway notre point de départ (aux côtés de dizaines d'étudiants étrangers, les seuls habitants du campus universitaire le week-end), nous avons admiré des murs qui ont été transformés par des graffeurs. Ces exemples de street-art seront-ils aussi pérennes que le patrimoine artistique officiel du campus ? 


Nous avons passé une matinée passionnante à découvrir l'université sous un jour nouveau. Mais, en repensant à notre itinéraire, la seule œuvre accompagnée d'un panneau d'information était Le Troisième Hémisphère à l'INRIA, que nous n'avons pu admirer qu'à travers des vitres ! Pour toutes les autres découvertes, il a fallu glaner des bribes d'information dans le dépliant des Promenades Universitaires et, surtout, s'appuyer sur du googling rétroactif. Donc, formulons ici une demande auprès de l'Université de Bordeaux pour l'ajout de panneaux d'information afin de mieux sensibiliser les étudiants et les éventuels visiteurs à l'étendue et à la richesse des découvertes à faire sur le campus. Chers universitaires, à vous de jouer !

> Le dépliant Promenades Universitaires est disponible en ligne ici : http://patrimoine-artistique.u-bordeaux3.fr/promenades_universitaires.pdf
> This article is also available in English! 
> Voici la localisation de tous les sites détaillés dans l'article (cartographie Google) :
> Enfin, un grand merci à Harvey Morgan de m'avoir accompagné lors de cette aventure. N'hésitez pas à découvrir le site www.avec33.fr sur le patrimoine religieux en Gironde auquel il contribue. Pour finir, voici le reflet de mon compagnon de route d'un jour dans les pétales du dispositif photovoltaïque Smartflower devant l'école des Arts & Métiers ! 


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