Bordeaux Métropole est composée de 28 communes et chaque municipalité a son maire, sa mairie, son site internet et son logo ! Invisible ...

Un petit tour sur les logos des communes de Bordeaux Métropole


Bordeaux Métropole est composée de 28 communes et chaque municipalité a son maire, sa mairie, son site internet et son logo ! Invisible Bordeaux s'est donc lancé le défi de recenser ces 28 logos, et, afin que la découverte de ces identités visuelles soit la plus indolore à la lecture, les a classés dans diverses catégories dont la première répertorie...

... les logos les plus évocateurs
Cette première sélection s'appuie sur des symboles : le nouveau logo de Saint-Médard cherche ainsi à marier l'humain avec la terre et les étoiles, allusion à la contribution d'industriels de la commune à la conquête de l'espace. On retrouve une étoile également du côté de Floirac, clin d’œil probable à l'ancien observatoire situé au sommet de la ville. Bassens propose une réinterprétation du l'emblématique croissant de Bordeaux, rappelant la courbe de la Garonne, la déclinaison en bleue étant sans doute en phase avec les activités de port maritime de la commune. Enfin, Gradignan met en avant son statut historique de ville-étape pour les pèlerins en chemin vers Saint-Jacques-de-Compostelle.
Les plus élégants
Les logos suivants semblent être les fruits de graphistes professionnels : Artigues et sa fleur à pétales (l'hexagone représente-t-elle la France ?), Pessac et ses anneaux en mouvement, puis Le Taillan, dont le logo est digne d'une étiquette de bouteille de vin. Ne manquez surtout pas la fusion des lettres "a" et "n" du mot Taillan avec le "M" de Médoc, dans un carré où le gris urbain rencontre le rouge bordeaux. Le Taillan est aussi le premier de nos logos à incorporer un slogan.

Logos + slogans
Il y a d'autres logos qui intègrent des slogans. Le Bouscat promet ainsi une "ville à vivre" alors que Carbon-Blanc, dont le logo plutôt abstrait était à l'origine conçu par des écoliers de la commune, met en avant trois verbes à l'infinitif : "rêver, partager, innover". Ambès s'annonce comme une "terre de rencontres". Le logo de Cenon, qui semble être tiré d'un conditionnement de lait bio, met en exergue "une nature, des cultures".

Communes en silhouette
Pour Saint-Aubin-de-Médoc, le slogan vient en complément d'un dessin dans l'esprit de la Linea comprenant des arbres, l'église de la commune et une maison très basse (à moins qu'il ne s'agisse d'un sous-marin). Bouliac a aussi opté pour la silhouette en relief de la commune, fusionnée avec de grandes lettres inscrites dans des blocs de couleur dignes d'un jeu de Scrabble détourné. Chose étonnante, le point le plus reconnaissable est l'église de la commune et non le pylône TDF, site pourtant visible depuis des kilomètres à la ronde. Pourquoi cette magnifique antenne n'a-t-elle pas été retenue pour le logo ? :-)
Les plus minimalistes
Le logo de Mérignac utilise des triangles pour créer la forme d'un grand "M" ; selon le site de la commune, les trois couleurs symbolisent l'aéronautique (le bleu), le développement économique (le rouge) et la nature (le vert). Le Haillan a récemment dévoilé son logo, un grand "H", dans un code couleur qui aurait toute sa place dans une pharmacie. Les communes d'Ambarès et de Villenave d'Ornon ont, quant à elles, adopté des formes artistiques qui rappellent en quelque sorte leurs initiales. 
À revoir ?
Allô, Talence ? Quid de ce "l" en forme de grand huit ? Une envie permanente de fête foraine ? Sinon, à Parempuyre l'identité visuelle s'articule autour d'un oiseau de bande dessinée et d'une grappe de raisins. Lormont est une deuxième commune qui privilégie les pétales, en combinaison avec un "l" en bas de casse, de couleur bleue comme l'eau de la Garonne (qui, comme tout le monde le sait, est en fait de couleur marron). Le grand "E" d'Eysines et son rectangle rouge est pour le moins épuré. Quant à Martignas-sur-Jalle, la plus jeune commune métropolitaine (depuis juillet 2013 seulement), l'identité visuelle est actuellement le nom de la ville en police semi-manuscrite, associée aux armoiries historiques de la ville.
Les plus intemporels
Le premier des deux logos suivants est sans doute le préféré d'Invisible Bordeaux : la commune de Bruges a dépoussiéré son écusson historique, qui se marie parfaitement avec le nom de la ville dans une écriture moderne et sobre, le tout dans un ton unique (bleu ciel). Le logo de Bordeaux, quant à lui, est bien connu de la population locale ainsi que des visiteurs. Il a d'ailleurs été longuement traité dans un précédent dossier consacré aux armoiries de la ville (disponible, uniquement en anglais, ici). 

Besoin de rafraîchissement
Rien de particulier à signaler par rapport aux deux logos suivants, si ce n'est qu'un petit coup de jeune ne serait pas de refus. Bègles utilise tout simplement un grand "B" plein de dynamisme. Le code couleur est une nouvelle fois le bleu (rappel : la Garonne est en fait de couleur marron), avec l'ajout d'un triangle de couleur jaune qui indique éventuellement le chemin vers la plage (pourquoi pas Bègles plage ?). Le logo de Blanquefort, à savoir un nouveau texte semi-manuscrit au-dessus d'un tricolore bleu-vert-jaune, doit être bien adapté à un t-shirt blanc ou une serviette de plage, mais on aurait presque envie de quelque chose de plus formel. 
Les inclassables
Et puis nous avons les deux plus petites communes de la Métropole ! Saint-Vincent-de-Paul (1 021 habitants) utilise une image telle-quelle de la médaille ci-dessous dans ses communications officielles. On y aperçoit son église, ses ponts, des raisins et, vraisemblablement, Saint Vincent de Paul lui-même. Saint-Louis-de-Montferrand (2 175 habitants) n'a pas non plus de véritable identité visuelle. Le seul exemple qui sort du lot est ce dessin digne de Miró, qui indique la localisation géographique de la commune, près du point où la Dordogne rejoint la Garonne.
Mais n'oublions pas la Métropole !
Lorsque la Communauté Urbaine de Bordeaux est devenue Bordeaux Métropole en janvier 2015, un nouveau logo a été lancé. À première vue le motif ressemblait à un feu d'artifice multicolore, mais on comprend vite que chaque point noir représente une commune de la Métropole, son emplacement sur le logo étant en cohérence avec son positionnement géographique. Sur le logo de base, le centre de gravité des traits est la ville de Bordeaux. Mais la Métropole a également proposé une déclinaison par commune. Pour chaque variante le code couleur change, et les traits partent depuis le point associé à la commune concernée. Bien que chaque commune ait été encouragée à adopter sa version du logo "métropolitain", dans la pratique le concept n'a eu que peu d'adhésion.
Ci-dessus : les déclinaisons de chaque commune de la Métropole.
Pour finir (merci à vous d'avoir lu jusqu'en bas de la page), en réponse à une suggestion faite par mon collègue Edgar, voici une carte permettant de situer chacune des communes de la Métropole :


Et voici ces mêmes logos transposés sur le logo de Bordeaux Métropole sur les points qui les symbolisent !
Maintenant que vous connaissez tous les logos des communes de la Métropole, testez-vous en faisant le "logo quiz" Invisible Bordeaux

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Nous avons déjà rencontré à deux reprises l'illustre architecte suisse Le Corbusier (1887-1965) sur le blog Invisible Bordeaux, lors...

La première œuvre de Le Corbusier en France ? Le château d'eau de Podensac !

Nous avons déjà rencontré à deux reprises l'illustre architecte suisse Le Corbusier (1887-1965) sur le blog Invisible Bordeaux, lors de la découverte de la Cité Frugès à Pessac et du lotissement aîné de quelques années situé à Lège-Cap-Ferret. Mais le premier et peut-être le plus surprenant des projets de Le Corbusier en Gironde (et également son premier en France) était en fait un curieux château d'eau en forme de phare à Podensac, à 35 kilomètres au sud-est de Bordeaux. 

Au moment de sa construction, en 1917, Charles-Édouard Jeanneret-Gris n'avait pas encore adopté son pseudonyme, Le Corbusier. Il avait été sollicité par un ami, le riche entrepreneur girondin François Thévenot, pour concevoir un château d'eau afin d'assurer l'alimentation en eau de sa propriété nouvellement acquise (au cœur de laquelle a été construite sa résidence, le Château Chavat).


Le Corbusier a donc dessiné la tour circulaire en béton armé de 25 mètres, construite par la Société d'application du Béton Armé (SABA), l'organisme qui l'employait à l'époque. Un escalier en colimaçon menait jusqu'au réservoir d'eau de 80 mètres cubes mais, surtout, plutôt que d'être une simple tour opaque, la tour comprenait une pièce en hauteur, entourée de grandes fenêtres offrant une vue panoramique sur les alentours. À quoi servait cette pièce ? Certaines sources la qualifient de « gloriette », simple lieu de détente, mais Le Corbusier parlait plutôt de « garçonnière », ce qui suggère que le lieu aurait également servi de point de rencontre discret pour le propriétaire !

Pour couronner le tout : une terrasse en hauteur, bien que le projet incluait initialement un belvédère supplémentaire qui n'a jamais été rajouté.


À l'époque de la Seconde Guerre mondiale, le château d'eau et les terres environnantes sont devenues la propriété de la commune, qui a alors divisé une partie du terrain en petites parcelles (bien que le château et son parc soient restés plus ou moins tel quel). Le château d'eau avait cessé d'opérer en 1940, et a été rejoint par la suite par une tour plus imposante et plus moderne. La structure signée Le Corbusier est alors tombée dans l'oubli jusqu'à ce qu'elle soit « redécouverte » en 1983 par deux architectes néerlandais.

Le château d'eau n'a pas immédiatement été classé monument historique (une demande faite par la municipalité a été rejetée en 1986) et, en 1987, sa gestion a été confiée (pour une durée de 99 ans) au « Groupe des Cinq », un collectif formé à l'origine par cinq architectes (Laurent Cazalis, Alain Loisier, Bertrand Nivelle, Daniel Sarrazin et Jean de Giacinto) avec comme objectif la protection et la revalorisation de sites historiques, en les associant souvent à des événements culturels. Tout au long de la seconde moitié des années 1990, l'association a ainsi supervisé d'importants travaux menés sur le château d'eau (notamment la toiture, la terrasse, et l'intérieur et les fenêtres de la garçonnière) et, en novembre 2005, le parc Château Chavat, ses parcours d'eau, ses serres et le château d'eau ont tous été classés monuments historiques.

Depuis lors, le Groupe des Cinq travaille à dynamiser le château d'eau, en développant son attrait touristique, pédagogique, culturel et historique. Cela s'est notamment traduit par son inscription sur les cartes touristiques locales, l'accueil de groupes scolaires et l'organisation de diverses expositions ou animations. Citons, par exemple, des « sculptures sonores » réalisées par l'acousticien Didier Blanchard en partenariat avec le compositeur Georges Bloch en 1995, ou encore une lecture de conte accompagnée d'un spectacle de lumières intitulé « Les jardins noctiluques », en 2006.

L'entrée du château d'eau.
Lors de mon passage, c'était le calme plat (certes, c'était en fin d'après midi un dimanche d'août). Pour atteindre le pied de la tour, j'ai traversé ce qui semblait être un parking privé ; un panneau indiquait que cela faisait partie du "chantier CSMR", probablement en lien avec des travaux d'agrandissement d'une résidence pour personnes âgées non loin de là. De l'autre côté, un terrain de sport coupe l'accès depuis la route principale. Sur la tour elle-même, il n'y avait aucune mention de la signification historique du lieu, aucun panneau d'information et aucun signe de vie ; ce n'est qu'en faisant quelques recherches de retour à la maison que j'ai découvert que le lieu est parfois plus animé et est bien plus qu'une coquille vide.

Cette discrétion est peut-être le souhait de la ville de Podensac. Alors que des amateurs d'architecture se pressent dans la Villa Savoye de Le Corbusier à Poissy, du côté de la Cité Radieuse à Marseille et autour de la Cité Frugès de Pessac (désormais classé patrimoine mondial de l'UNESCO), aucun panneau routier n'indique le chemin vers cette tour qui reste ainsi cachée, hors des sentiers battus, prise en sandwich entre un parking et un terrain de football : le monument historique le plus étrange et le plus improbable de toute la Gironde !

Le Corbusier perd la "battle" des châteaux d'eau.
> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : Podensac water tower, rue Pierre-Vincent, Podensac
> This article is also available in English!
> Un site est entièrement dédié au château d'eau de Podensac :
http://www.chateaudeaulecorbusier.sitew.fr Parmi les trouvailles sur ce site : images de la tour en construction, plans, etc., voir : http://www.chateaudeaulecorbusier.sitew.fr/#LES_PLANS_.B

Cette simulation 3-D, réalisée par Le Groupe des Cinq, donne une idée de ce à quoi ressemble l'intérieur du château d'eau :  

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C'était un réel privilège de contribuer à l’édition 2017 des journées européennes du Patrimoine grâce à la complicité de mon employ...

Journées européennes du Patrimoine : découverte du Domaine Catros avec la complicité de Thales

C'était un réel privilège de contribuer à l’édition 2017 des journées européennes du Patrimoine grâce à la complicité de mon employeur, Thales, qui a exceptionnellement ouvert les portes de l’arboretum situé dans l’enceinte de notre ancien site du Haillan. 

Le promenades guidées ont permis aux visiteurs de se familiariser avec l’histoire du lieu et également de découvrir les quelques arbres remarquables (cèdre de l’Atlas, pins Douglas, camelia du Japon, etc.) qui subsistent sur le site. Malgré les quelques averses lors du premier des trois créneaux de visite, la cinquantaine de personnes que nous avons reçue a apprécié cette opportunité de découvrir un lieu méconnu.

Cet arboretum, créé par l’ancien pépiniériste royal Toussaint-Yves Catros à la fin du 18e siècle, s’étendait à l’origine sur une superficie de 15 à 20 hectares et a connu une histoire mouvementée (coupes rases, bombardements…). D’abord un véritable « jardin d’Éden » aux dires de nombreux observateurs, grâce notamment à la plantation de nombreuses essences rares obtenues de multiples échanges avec des botanistes et sociétés savantes à travers le monde, aujourd’hui seules les espèces les plus vigoureuses ont survécu, à savoir tout ce qui a pu rejeter ou se ressemer naturellement.

Cette opération était bien une première pour Thales mais aussi sans doute une dernière puisque, après 46 années de présence, nous libérons ce site historique du Haillan dans les prochaines semaines. Il était donc opportun d’organiser cet événement pour cette édition 2017 des journées du patrimoine. Et, cerise sur le gâteau : le journal Sud Ouest a classé la visite parmi ses dix "coups de coeur" du week-end !

Merci à toutes les personnes qui ont participé aux visites, ainsi qu'à Pascal Guesnet, avec qui j'ai animé cette journée, et Pierre-Emmanuel Raux, directeur d'établissement du Campus Thales Bordeaux, qui a pleinement soutenu le projet !


Le pépiniériste Toussaint-Yves Catros (1757-1836) fut salué de son vivant comme un personnage qui « a porté à son plus haut degré l’art de naturaliser les plantes étrangères ». Nous lui devons notamment la plantation des pins qui consolident les sables de la côte Atlantique, la culture de l’artichaut de Macau dans le Médoc (devenu une spécialité locale), ou encore la création de la société Catros-Gérand qui, depuis son siège à Carbon-Blanc en Gironde, est encore spécialisée dans la production et la distribution de semences. Catros a également réalisé un catalogue encyclopédique de 600 pages publié en 1810, le « Traité raisonné des arbres fruitiers ». (Ouvrage consultable en ligne ici.)

> Dossier complet sur Toussaint-Yves Catros.
> Dossier complet sur l'arboretum du domaine Catros.

Photos : Xavier Audu / Thales.

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Traditionnellement, le vélo jaune d'Invisible Bordeaux rayonne autour de Bordeaux et de la Gironde mais, de temps à autres, le blog...

#CheminDeHalageTrip : le canal de Garonne à vélo de Castets-en-Dorthe à Agen

Traditionnellement, le vélo jaune d'Invisible Bordeaux rayonne autour de Bordeaux et de la Gironde mais, de temps à autres, le blog s'éloigne un peu plus. (À titre d'exemple, n'oublions pas le sujet québecois publié l'année dernière !) Ce récit d'un périple à vélo avec mon épouse Muriel suivant le canal de Garonne de Castets-en-Dorthe à Agen a ainsi toute sa place ici !

Le canal, officiellement connu sous le nom Canal Latéral à la Garonne, semble en fait beaucoup plus apprécié des visiteurs étrangers en France que des Bordelais et Girondins (pas assez exotique, ou trop proche de la maison pour certains ?). En tout, il s'étend sur 193 kilomètres et rejoint le Canal du Midi à Toulouse, formant ainsi une voie navigable continue entre l'Atlantique et la Méditerranée.

Il a été construit par étapes : le travail a commencé en 1838 sur le tronçon de Toulouse à Montauban, qui a ouvert en 1844 ; il a été étendu jusqu'à Buzet-sur-Baïse en 1853 et le canal était pleinement opérationnel en 1856. Malgré la forte concurrence des réseaux ferroviaires et routiers, jusque dans les années 1970, la circulation du canal était principalement marchande. Aujourd'hui, la navigation de plaisance a pris le dessus. Au total, le canal compte une flotte touristique d'environ 450 bateaux, ce qui induit près de 500 emplois permanents.

Castets, où le canal rencontre la Garonne, au pied d'un pont de fer de type Eiffel.
Après avoir effectué un trajet de 60 kilomètres depuis Bordeaux, Muriel et moi garons notre voiture et enfourchons nos vélos à Castets-en-Dorthe, le point de départ (ou final, au choix) où le canal rencontre la Garonne, au pied d'un pont de route en fer à voie unique de type Eiffel. Nous rejoignons le chemin de halage ; les premiers kilomètres sont une succession d'écluses, de ponts étroits et de cafés au bord de l'eau, et nos compagnons du bord de l'eau sont des pêcheurs et des promeneurs de chiens (généralement avec des chiens très bien dressés et clairement habitués aux cyclistes). La toile de fond est formée par des champs de maïs, quelques rangées de vignes et de nombreux champs de tournesols qui, malheureusement, ont perdu un peu de leur lustre en ce week-end de fin août.

En arrivant à Fontet, à peine dix kilomètres depuis notre point de départ, nous découvrons ce qui allait être le point le plus insolite de tout le parcours, à savoir le Musée d'artisanat, des monuments en allumettes et sciences naturelles. Il fallait savoir se qui se cachait derrière ; nous voilà donc à l'intérieur embarqués sur une visite on ne peut plus surréaliste.

Le musée est supervisé par des bénévoles qui vous emmènent d'abord dans une grange remplie du sol au plafond par une collection apparemment aléatoire d'objets : animaux empaillés, outils agricoles, gadgets d'antan et productions d'artistes locaux. Les visiteurs sont ensuite dirigés vers un deuxième bâtiment, le royaume personnel d'un certain Gérard Gergerès, présent sur place pour raconter l'histoire complète.

Ce retraité s'est lancé le défi de construire des versions miniatures de sites emblématiques en allumettes. Les maquettes sont impressionnantes, spectaculaires et un poil déstabilisantes aussi, en particulier lorsque des petits jeux de lumière, de son et d'eaux se lancent automatiquement. Son interprétation du château de Versailles couvre une grande partie de la pièce ; on en oublierait presque sa maquette de la cathédrale de Reims, qui lui a valu une mention dans le livre Guinness des Records (pas tout à fait sûr de la catégorie exacte). Quoi qu'il en soit, cette visite était très particulière du début à la fin, et le tout pour la modique somme de 5 euros, s'il vous plaît.

Parmi les interdits dans le musée : la photographie. Ce cliché du château de Versailles en miniature (450 000 allumettes et 14 années de construction) est donc emprunté du site http://museeallumettes.com
Nous reprenons notre parcours et, en passant sur l'un des tronçons où le canal est particulièrement proche de la Garonne, nous nous arrêtons près d'une des écluses les plus jolies du canal et admirons un moulin à eau construit en 1880, le Moulin de l'Auriole, qui manifestement ne produit plus de farine depuis un certain moment


Sur le prochain tronçon, où les platanes sont parfaitement alignées, nous quittons la Gironde et entrons dans le Lot-et-Garonne. Dès les premiers mètres, un champs de melon est là pour nous accueillir dans ce département réputé pour ses cultures de fruits. Nous passons près de Marmande avant de nous diriger vers l'un des villages les plus pittoresques de la route : le Mas d'Agenais.

La pente est raide pour rejoindre la place centrale et sa structure de marché couvert, à quelques pas de l'église du village, l'église Saint-Vincent, dans laquelle nous pénétrons à la recherche de l'objet le plus précieux de le commune : une scène de crucifix peinte par le maître néerlandais Rembrandt. L'histoire raconte que le tableau était la propriété de la famille Duffour, originaire du Mas d'Agenais avant de déménager à Dunkerque. Pour matérialiser leur attachement à leur ville natale, ils ont fait don du tableau à la paroisse en 1804. Le don est d'abord passé pratiquement inaperçu, le tableau ne refaisant surface dans la sacristie qu'en 1850 ! Des rumeurs ont circulé quant à l'auteur du tableau jusqu'en 1960 (110 ans plus tard, quand même), année à laquelle une analyse infrarouge a révélé la signature de Rembrandt et la date de création, 1631.

Le très joli Mas d'Agenais.
Mais nous aurions dû mieux préparer notre venue ; sur place nous constatons que le tableau est absent de l'église car il se trouve actuellement à... Bordeaux, où il peut être vu à la cathédrale Saint-André les mercredis, samedis et dimanches ! Il s'agit d'une mesure temporaire pendant que la vitrine utilisée pour présenter la peinture au Mas d'Agenais subit des réparations (une fissure dans les joints présentait un risque de sécurité pour les visiteurs). Une fois que le tableau sera de retour, il sera présenté au grand public dans "des conditions de sécurité et de présentation améliorées" selon le message actuellement affiché à la place de l’œuvre de Rembrandt.  

L'intérim de l’œuvre de Rembrandt est assuré par une coupure Sud Ouest.
Nous remontons en selle et redescendons vers le canal, à la hauteur du magnifique pont suspendu du Mas d'Agenais, qui relie les deux rives de la Garonne depuis 1840, rien de moins ! 

Vue plongeante sur le pont suspendu. Le canal est visible au premier plan, la Garonne peut être aperçue au fond.
Nous avançons à un bon rythme et traversons le petit port de Villetong, où le quai a pris le nom du « navigateur humanitaire » Pierre Ribes. Un panneau explicatif raconte que Ribes, surnommé « Dr Bateau », partait de cet endroit chaque année en septembre pour Royan, avant de se diriger vers l'Afrique, naviguant seul sur son yacht Le Sphinx et portant des médicaments qu'il livrait aux locaux. En 2004, la 24e croisière de Ribes, alors âgé de 75 ans, était sa dernière : il reste disparu en mer.

Non loin de là, on aperçoit un entrepôt avec un nombre de vieux tracteurs et d'autres véhicules agricoles garés à l'extérieur. Il s'agit du Musée des Amis de la Mémoire Paysanne, qui promet « une collection de machines et d'outils qui retracent l'histoire de l'agriculture et sa mécanisation ». L'endroit est fermé, donc nous nous arrêtons juste le temps de prendre cette photo


Nos prochains arrêts sont la ravissante bastide de Damazan et la commune viticole de Buzet-sur-Baïse. Le canal perd alors un peu de son charme au-delà du curieux dispositif de double écluse qui relie le canal à la rivière Baïse. L'ambiance est peu à peu contaminée par la proximité croissante de l'autoroute A63 (la liaison routière entre Bordeaux et Toulouse), mais on parviendrait presque à l'oublier en admirant le magnifique pont canal au-dessus de la Baïse ; cet ouvrage est sans aucun doute l'un des sites les plus impressionnants de notre périple.


Maintenant, au bord du canal, ce sont les pommes et les kiwis qui font leur apparition. Aux cyclotouristes s'ajoutent désormais de plus en plus de cyclistes urbains car nous nous rapprochons de notre destination finale, Agen. Mais avant d'entrer dans la ville proprement dite, le canal a encore une surprise en magasin : le très insolite Pont-Canal d’Agen. Cette structure de 539 mètres de longueur, 12,5 mètres de large et 10 mètres de hauteur permet au canal de traverser sa grande sœur, la Garonne. Terminé en 1847 et opérationnel à partir de 1849, le pont a été construit selon les dessins des ingénieurs Jean-Baptiste de Baudre et Jean Gratien de Job. Inévitablement, c'est l'un des sites les plus célèbres et appréciés d'Agen.

Le Pont-Canal d'Agen : un projet fou mais aussi très photogénique.
Nous prenons le temps de découvrir le centre-ville très animé d'Agen avant de nous diriger vers le village de Brax où nous passons une soirée tranquille ; un bon repas (et un verre ou deux de Buzet) permet de bien recharger les batteries avant de reprendre la route le lendemain pour le voyage retour.

Alors, que retenir de ce voyage aller-retour de 180 kilomètres ? D'abord, le seul bémol, il faut savoir que le revêtement n'est pas aussi lisse que dans un film hollywoodien. Les racines des arbres prennent lentement le dessus (par en-dessous) sur le goudron ; par endroits le chemin est très accidenté. Mais, selon des sources fiables, le chemin de halage du Canal de Garonne est mieux entretenu et en bien meilleur état que celui du Canal du Midi, par exemple.

Une chose qui m'a frappé est qu'un tel périple rappelle combien une grande partie de la France reste un territoire agricole, avec des parcelles agricoles à perte de vue

Mangez des pommes.
Et des kiwis.
Ou encore des melons.
Un océan de maïs.
Un autre aspect que j'ai apprécié de cette promenade était que vous êtes dans un environnement chaleureux et convivial où les cyclistes se saluent tous les uns les autres ; ou encore lorsque vous apercevez quelqu'un à bord d'un bateau, la communication se fait plus facilement et est plus animée qu'avec les gens sur la terre ferme ! Ce n'est pas propre au Canal de Garonne ; lorsqu'on voit quelqu'un sur un bateau, nous avons tous le réflexe de lui faire de grands signes !

Mais, dans l'ensemble, le sentiment général est que le Canal de Garonne propose un cadre idyllique pour un périple à vélo ; on a parfois l'impression d'être des figurants dans une photo de brochure touristique. Comme quoi, le Canal est non seulement latéral à la Garonne, il s'agit bien d'un monde parallèle où tout semble plus simple !


> Si vous optez plutôt pour un bateau ou une péniche pour partir à l'assaut du Canal de Garonne, l'excellent site French Waterways propose toutes les informations qu'il vous faut : www.french-waterways.com/waterways/south-west/canal-garonne/
> This article is also available in English! 

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Quoi de plus agréable que de repérer un site insolite devant lequel on passe à vélo ou en voiture depuis des années sans y prêter attent...

L'immeuble le Médoc et son bas-relief signé Véronique Filozof


Quoi de plus agréable que de repérer un site insolite devant lequel on passe à vélo ou en voiture depuis des années sans y prêter attention ? Ce fut le cas pour moi par rapport à l'immeuble Le Médoc et le remarquable bas-relief à découvrir au rez-de-chaussée, le tout sur la rue Croix-de-Seguey à deux pas de la Barrière du Médoc. 

Le déclic fut la lecture du bel ouvrage "Chaban, le bâtisseur" signé Marc Saboya, qui retrace l'héritage architectural et d'urbanisme de l'ancien maire de Bordeaux Jacques Chaban-Delmas. Le professeur d'université dédie deux pages à cet immeuble dit du CILG, référence directe à la première vocation du lieu qui était celle de recevoir les équipes du Comité Interprofessionnel Logement Guyenne Gascogne.


Marc Saboya rappelle que cet organisme à but non lucratif a été fondé en 1949 pour permettre aux salariés d'accéder plus facilement à un logement décent. À partir de 1951, depuis sa base sur les allées d'Orléans dans le centre de Bordeaux, le CILG géra la perception des taxes obligatoires payées par les entreprises de la région pour contribuer aux programmes de logement pour leurs employés, largement connu ces jours-ci comme le système 1% patronal ou 1% logement.

Cet immeuble curieux de la Barrière de Médoc, érigé entre 1966 et 1968, fut construit sur mesure pour le CILG, selon les plans conçus conjointement par les architectes Yves Salier, Adrien Courtois, Pierre Lajus et Michel Sadirac. Le bâtiment ne ressemble à aucun autre à proximité : grand, angulaire, à toit plat et comprenant cinq rangées de 18 alcôves rectangulaires entourant les fenêtres de bureau.

 
Mais la véritable pièce de résistance est à découvrir au niveau de la rue: le bas-relief susmentionné exécuté par la célèbre peintre-illustratrice Véronique Filozof (ou Filosof) en 1969.

Cette artiste, née en Suisse en 1904, passa la majeure partie de sa vie d'adulte en France et se révéla relativement tardivement : elle avait en effet 44 ans quand elle commença réellement à mettre en pratique ses dons en matière d'art naïf, après avoir été exhortée à se lancer par une connaissance, éditeur d'une revue artistique et littéraire.
Véronique Filozof en 1960,
source : Wikipedia.

Elle s'illustra notamment en réalisant des dessins en noir et blanc à l'encre de Chine (son outil de prédilection était une plume Sergent-Major), des tableaux en gouaches aux couleurs vives et d'impressionnants décors muraux. Ses œuvres ont été régulièrement présentées lors d'expositions de grande envergure, y compris lors d'un événement en 1956 où elle figurait aux côtés d'artistes comme Picasso, Miró et un certain Jean Cocteau, avec qui elle a développé un lien créatif fort et une amitié durable. Elle est décédée en 1977 dans sa ville adoptive de Mulhouse.

Un exemple de l’œuvre de Véronique Filozof : "Le Palais royal, la marchande de légumes", source: veronique-filozof.fr.
"Le Périgourdin", source: veronique-filozof.fr
Le bas-relief de l'immeuble du Médoc couvre environ un quart du rez-de-chaussée et se compose de sept panneaux verticaux (dont deux positionnés perpendiculairement au trottoir) comprenant les moulures imaginées par Véronique Filozof. Sur certains on reconnaît des sites emblématiques de la ville tels que la Grosse Cloche, la cathédrale Saint-André, la tour Pey-Berland ou les colonnes de l'Esplanade des Quinconces. Les armoiries de la ville apparaissent également, tout comme la courbe de la Garonne, qui s'écoule de panneau en panneau, offrant une forme de continuité entre les dessins. L'héritage maritime de Bordeaux est également visible par la présence d'un paquebot naviguant vers la ville.


D'autres segments comprennent des illustrations plus génériques. À repérer, entre autres : arbres, animaux, une foule de visages, divers motifs abstraits, un soleil majestueux et une fleur magnifique.


Pour compléter le tout on observe différentes citations, sans doute initialement choisies pour rappeler aux équipes CILG la raison d'être de leur quotidien, à savoir aider les gens à bâtir une vie meilleure :

"Si tu veux aimer les pauvres, ne leur donne pas du pain, construisez ensemble une tour ou un navire" – Gabriel Rosset

"Mais les yeux sont aveugles, il faut chercher avec le cœur" – Antoine de Saint Exupéry

"Pour faire des grandes choses, il ne faut pas être au-dessus des hommes, il faut être avec eux" – Montesquieu

"Celui qui aime écrit sur les murs" – Jean Cocteau


"Argent, machinisme, algèbre, les trois monstres de notre civilisation." – Simone Weil

"Penser c’est facile, agir c’est difficile, agir selon sa pensée est la chose la plus difficile du monde." – Johann Wolfgang von Goethe 

"Tels les yeux des chauves-souris éblouis par l’éclat du jour, ainsi notre intelligence se trouve-t-elle éblouie par les choses les plus naturellement évidentes" – Aristote


Et sous cette citation, une dernière inscription : “Ce dessin est de Véronique Filosof 2.1969”.


Pour terminer, revenons à notre immeuble de bureaux : le CILG a quitté le bâtiment en 1977, s'installant dans de nouveaux locaux dans le quartier du Lac au nord de la ville. Aujourd'hui le Médoc abrite un certain nombre de PME et, bien que la façade ait connu des jours meilleurs (notamment l'enseigne "Le Médoc" !), le bâtiment ne se porte pas si mal pour ses 50 ans !


> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : 122 rue Croix-de-Seguey, Bordeaux

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