Invisible Bordeaux a déjà couvert le séjour de six mois à Bordeaux de Mitt Romney , personnage politique américain et candidat malheur...

Mitt Romney 2/2 : son QG talençais, l'église mormone


Invisible Bordeaux a déjà couvert le séjour de six mois à Bordeaux de Mitt Romney, personnage politique américain et candidat malheureux aux élections présidentielles de 2012. Son pied à terre était place du Maucaillou près du marché des Capucins. Mais le centre de gravité de son activité de missionnaire était du côté de Talence et de la rue Pierre-Romain, où se trouve cette chapelle mormone.

Il s'agissait de la première chapelle mormone construite en France (on en recense désormais 110 pour quelque 36 500 pratiquants). C'est en 1963 que l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours a acheté ce terrain dans un quartier résidentiel calme de cette banlieue de Bordeaux, et le projet de construction a été piloté par Thor Leifson, membre de l'église. À cette époque, la paroisse comptait environ 35 membres qui, au départ, se réunissaient dans une villa abandonnée sur le terrain.

La première pierre symbolique a été posée le 8 juin de cette même année, quelque temps avant l'obtention du permis de construire ; le projet n'allait être approuvé par les autorités qu'au mois d'octobre. Les travaux de construction pouvaient alors démarrer et ont été assurés intégralement par des missionnaires mormons - dont un bénévole venu exprès de Rennes - et des bénévoles. On comptait jusqu'à 50 personnes sur le chantier. Les membres de l'église qui ne pouvaient contribuer aux tâches de construction aidaient en faisant la lessive et le repassage des missionnaires ou en leur apportant des repas maison. Les membres de l'église ont également participé financièrement à l'opération en mode "crowdfunding" par l'achat de briques de la future chapelle au prix d'1 franc l'unité.


Pendant ce temps, les travaux de démolition de la villa ont démarré sous la houlette de l'entreprise Navarro, dont le directeur n'était au départ pas intéressé par le projet. C'est en apprenant que le commanditaire était l'église mormone qu'il a accepté ; ce monsieur Navarro était en effet quelqu'un qui croyait à la Bible de façon littérale, et était de retour depuis peu d'une expédition au Mont Ararat à la recherche des restes de l'arche de Noé. Il en a d'ailleurs ramené des fragments de bois pétrifié vieux de 4 400 ans (daté au carbone 14). Reste à savoir s'il s'agissait donc de restes de l'arche de l'ancien testament ! 

Pendant la période de transition entre les deux lieux de culte, la congrégation se réunissait dans des locaux préfabriqués. Mais, fin été 1964, les travaux de l'extérieur du bâtiment étaient terminés et ce sont les aménagements intérieurs qui ont démarré. Le tout était terminé mi juillet 1965 à temps pour l'organisation et l'accueil de la conférence de Jeunesse de la Mission Française de Paris. Après quelques finitions supplémentaires, l'église a été officiellement inaugurée le 10 décembre 1965 par "l'apôtre" mormon Howard W. Hunter (qui est devenu président du mouvement mormon pendant une courte période de neuf mois entre 1994 et son décès en 1995). La "consécration" de l'église a suivi quelque temps plus tard, au mois de mars 1967. 


Howard W. Hunter est manifestement revenu à la chapelle en 1968. Dans un dossier publié par The Boston Globe en 2008, ces photos d'archives prises par Marie-Blanche et Jean Causse montrent Romney aux côtés de Hunter devant et dans la chapelle talençaise. Sur la photo du haut on aperçoit Romney debout quatrième en partant de la gauche, et Hunter debout neuvième en partant de la gauche. En bas à droite, le même panorama aujourd'hui (photo prise en 2012).
Il est difficile d'avoir des chiffres précis, mais au fil des dix années suivantes l'église de Talence a attiré de plus en plus de fidèles et a notamment mis en place une école primaire pour 35 enfants, une troupe de scouts, des activités de théâtre ou de prise de parole en public, sans oublier de nombreuses animations de type soirées couscous ou soirées déguisées (souvent autour d'un thème "far west" !).

Aujourd'hui, l'église maintient encore de bonnes relations avec la municipalité talençaise et sert sans doute encore et toujours de point de ralliement et de rencontre de jeunes missionnaires mormons. Parmi ceux présents aujourd'hui, certains deviendront-ils également de grands personnages politiques à l'avenir ?

> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : Mormon chapel, 10 rue Pierre-Romain, Talence 
> Retour sur le séjour de Mitt Romney à Bordeaux et à Paris  
> Récit détaillé de l'l’Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours en France
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Mitt Romney, candidat républicain malheureux face à Barack Obama lors des élections présidentielles américaines de 2012, a souvent évoqu...

Mitt Romney 1/2 : le plus bordelais des personnages politiques américains ?


Mitt Romney, candidat républicain malheureux face à Barack Obama lors des élections présidentielles américaines de 2012, a souvent évoqué ses liens privilégiés avec la France et la culture française. Retour dans ce dossier (ainsi que du côté d'Invisible Paris) sur le parcours de Mitt Romney dans l'hexagone.

Tout remonte à la fin des années soixante et les deux ans et demi passées en France en tant que missionnaire au service de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, appelée aussi Église mormone. Cette mission comprenait notamment un séjour de six mois à Bordeaux à compter de janvier 1968, période à laquelle laquelle Romney et son binôme Steven Bang habitaient un appartement situé au numéro 4 place du Maucaillou, dans le quartier très animé du marché des Capucins. Romney avait alors 20 ans et découvrait le port de la lune après être passé par les villes du Havre et de Brest, et avant de terminer son chapitre français à Paris.


Lors d'un entretien accordé en 2012 à l'Agence France Presse par André Salarnier, l'ancien responsable de la chapelle mormone de Talence [lire le dossier Invisible Bordeaux dédié à l'histoire de cette chapelle], s'est souvenu d'un « grand gaillard, plutôt charismatique » qui « venait manger chez nous assez fréquemment. Il raffolait des galettes bretonnes de ma femme » (ainsi que de son coq au vin selon d'autres témoins). Salarnier gardait aussi l'image d’un « leader naturel » doté « d’une certaine prestance, très sympathique, très ouvert et très francophile ».  

Le quotidien de Romney se composait alors de séances de prière, lecture des Écritures et circuits d'évangélisation de porte à porte en compagnie de son compère Bang. Grâce à ses qualités de leader, Romney a également été désigné pour être le responsable de ses pairs missionnaires dans tout le sud-ouest de la France. Parmi les aventures les plus marquantes vécues par le duo de choc, retenons l'intervention spontanée des deux missionnaires lorsqu'ils ont aperçu un immeuble en feu dans Bordeaux. Romney et Bang n'ont pas hésité à pénétrer dans le bâtiment envahi par la fumée pour aider les habitants à en sortir.

La vue depuis la porte d'entrée de Mitt Romney.
Romney était donc à Bordeaux lorsque les mouvements sociaux de mai 1968 ont paralysé le pays. Les missionnaires mormons dépendaient des fonds envoyés depuis les États-Unis (ils vivaient avec 110 dollars par mois), mais l'argent se tarissait. Romney a dû chercher d'autres moyens d'obtenir de l'argent jusqu'à se rendre en Espagne pour y retirer du liquide des banques.

Le 16 juin 1968, Romney a été impliqué dans un grave accident de voiture survenu à Bernos-Beaulac, à 75 kilomètres au sud de Bordeaux. De retour de Pau pour intervenir dans le cadre d'une mésentente entre membres d'une petite congrégation mormone, il était au volant de la voiture qui ramenait, entre autres, le président de la mission mormone française Duane Anderson.

Leur véhicule a été heurté de plein fouet par une voiture conduite par un prêtre catholique, Albert Marie. La femme d'Anderson, Leola, a été tuée sur le coup. Romney, qui a toujours soutenu qu'il n'était pas fautif (les témoins ont affirmé qu'Albert Marie était ivre quand l'accident a eu lieu), a été grièvement blessé. À tel point que le premier policier présent sur les lieux aurait écrit « décédé » ou « il est mort » dans le passeport de Romney. 


À l'hôpital, Romney est rapidement sorti du coma. Quatre jours plus tard, il était dans un train à destination de Paris, dans une wagon affrété par l'Église. Des ambulances ont même été autorisées sur les quais de la gare de Bordeaux Saint-Jean pour déposer Romney et Anderson. Ce traitement « VIP » a été attribué au fait que le père de Romney, George W. Romney, était gouverneur du Michigan et avait été jusqu'à récemment l'un des favoris dans la course à l'investiture du parti républicain à l'élection présidentielle de 1968.

Lors d'un meeting en décembre 2011, Romney a raconté son séjour en France à ses partisans au New Hampshire. Il a expliqué que la France n'était « pas tout à fait un pays du tiers-monde » mais a ajouté que « la plupart des appartements dans lesquels je vivais n'avaient pas de réfrigérateur ». Était-ce son appartement de la place du Maucaillou dont il se souvenait en parlant des solutions rustiques constituées de seau utilisé en l'absence de toilettes ? Ou encore des moyens pour se laver : « Si on avait de la chance, on s'achetait un tuyau qu'on attachait au robinet de l'évier et on s'en servait pour se nettoyer. » Il se souvient également s'être dit à l'époque qu'il avait « beaucoup de chance d'être né aux États-Unis ».


Romney parlait-il donc de Bordeaux, ou plutôt du Havre ou de Brest ? En tout cas, il est certain qu'il ne décrivait pas le lieu où il a vécu par la suite dans le 16e arrondissement de la capitale de la France. Découvrez la suite de l'histoire en lisant le dossier d'Invisible Paris [en anglais] ! 

> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : place du Maucaillou: Mitt Romney's former living quarters 
> Découvrez le deuxième papier "Romney" d'Invisible Bordeaux dédié à la chapelle mormone de Talence
> Photos suite à l'accident de voiture : copyright André Salarnier 
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Rembobinons plus de 100 ans jusqu’en 1914 pour nous retrouver sur la place Jean-Jaurès dans le centre-ville de Bordeaux (connue, à cet...

Qu’est devenue la statue de Sadi Carnot ?


Rembobinons plus de 100 ans jusqu’en 1914 pour nous retrouver sur la place Jean-Jaurès dans le centre-ville de Bordeaux (connue, à cette époque-là, sous le nom de place Richelieu) où l’objectif d’un photographe inconnu pointe sur la statue en bronze de l’ancien président de la République Sadi Carnot.

Cette statue avait été dévoilée en septembre 1896, deux années seulement après le décès du président Carnot, et était le produit d’un travail d’équipe entre le sculpteur Louis Ernest Barrias, l’architecte Jean-Louis Pascal et la fonderie Barbedienne. L’ensemble du projet avait été financé par des dons publics et par des subventions allouées par le conseil municipal et le ministère d’État de l’Instruction Publique et des Beaux-Arts. En tout, la facture s’élevait à 42 567 francs d’alors.

Marie François Sadi Carnot était le quatrième président de la IIIe République de 1887 jusqu’à sa mort à l’âge de 57 ans en 1894. Neveu de l’illustre physicien Nicolas Léonard Sadi Carnot, au cours de sa carrière politique il a occupé le poste de préfet du département de la Seine-Inférieure puis a été élu député pour la Côte d’Or à l’Assemblée nationale. Après un passage au ministère des Finances il a été élu à la présidence de la République. Entre autres événements sous son mandat retenons la célébration en 1889 du centenaire de la Révolution, la tenue à Paris – également en 1889 – de l’Exposition Universelle, ou encore la gestion du scandale de Panama en 1892, suite à des révélations sur la corruption de personnages politiques. Carnot est décédé à Lyon au mois de juin 1894, victime d’un attentat perpétré par un anarchiste italien. La France, encore en état de choc, s’est rassemblée pour les funérailles de Carnot au Panthéon de Paris le 1er juillet 1894.

La place Richelieu hier, et la place Jean-Jaurès aujourd’hui.
Sur le blog, nous avons déjà croisé Sadi Carnot à Bordeaux à deux reprises : le 27 avril 1888 c’est bien lui qui a inauguré la (première) réplique de la Statue de la Liberté sur la place Picard, lors d’une cérémonie qui a duré à peine cinq minutes. C’est également en 1888 qu’il a inauguré le parc bordelais, espace verdoyant qu’on doit notamment à l’héritage du grand philanthrope Camille Godard.

Le monument en 1914 et le même panorama quelque cent ans plus tard. Quid de tous ces volets qui ont disparu ?
Lors d’un discours donné par Carnot lors d’un banquet qui s’est tenu à Bordeaux, toujours en 1888 (tous ces événements ont-ils eu lieu le même jour ?...), il a salué les valeurs républicaines de la Gironde en déclarant : « Je suis ici sur la terre classique de la Liberté et le cœur de la population girondine proteste contre tout ce qui pourrait servir les intérêts ou encourager les espérances des ennemis de la République. »

Cette phrase emblématique a marqué les esprits girondins et figurait ainsi sur le monument, gravée sur la tablette sur laquelle reposait la main gauche d'un personnage féminin, symbolisant l’histoire, positionné au pied du monument. Dans sa main droite ce même personnage levait vers Carnot une feuille de palmier dorée. À ses côtés il y avait un jeune enfant qui tenait un bouquet d’immortelles ; tout un symbole également.

Gros plans sur les personnages au pied du monument..
La statue est restée en place jusqu’en 1941, période où les métaux non-ferreux ont été mobilisés afin d’approvisionner les usines d’armement en cette période de guerre. L’architecte municipal de l’époque aurait déclaré que la statue de Carnot pouvait « disparaître sans regret » après ses 45 années de bons et loyaux services, d’où l’espace ouvert que l’on connaît encore aujourd’hui au niveau de la place Jean-Jaurès.

Avec mon ami Anthony Poulachon (et l'aide de Photoshop), nous nous sommes amusés à remettre la statue à sa place en ces temps modernes !
 > Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : Former site of Sadi Carnot monument, place Jean-Jaurès, Bordeaux.
> De nombreux éléments figurant dans cet article ont été récupérés du côté de cette page e-monumen.net.  
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L'histoire d'amour entre la France et ses ronds-points paysagés ne cesse de s'amplifier, et la métropole bordelaise n'est...

Vers Seeheim-Jugenheim et Bridgend via les giratoires des villes jumelles de Villenave d'Ornon

L'histoire d'amour entre la France et ses ronds-points paysagés ne cesse de s'amplifier, et la métropole bordelaise n'est pas en reste. Il y a bien longtemps, Invisible Bordeaux s'est attardé du côté des carrefours giratoires dédiés aux villes jumelles du Haillan, et cette fois-ci on découvre le même concept mis en œuvre par la commune de Villenave d'Ornon avec ses hommages à ses propres villes jumelles : Seeheim-Jugenheim (Allemagne) et Bridgend (Royaume-Uni).  

Commençons par le clin d’œil à Seeheim-Jugenheim. D'après Wikipédia, Seeheim-Jugenheim est une municipalité située au cœur de Darmstadt-Dieburg, arrondissement du district de Hesse, à l'ouest de l'Allemagne. La municipalité compte 17 000 habitants et est composée de sept villages distincts : Balkhausen, Jugenheim, Malchen, Ober-Beerbach, Seeheim, Steigerts et Stettbach. Cette zone est connue comme point de départ réputé de pistes cyclables qui mènent vers une montagne, Melibokus. Enfin, puisqu'il y a peu d'activité industrielle ou commerciale à Seeheim-Jugenheim, les habitants travaillent plutôt dans les grandes villes aux alentours : Darmstadt, Frankfurt ou Heidelberg.


Le jumelage entre Seeheim-Jugenheim et Villenave d’Ornon (distance entre les deux : 1 176 kilomètres) a démarré en 1982 et ce bel hommage paysagé prend la forme d'une réplique en échelle réduite de la vieille mairie de village de Seeheim. Grâce à un petit coup de pouce de Google et de Wikipédia, il n'a pas été trop compliqué de trouver une photo du bâtiment d'origine afin de pouvoir faire une petite étude comparative.

À gauche, l'authentique ancienne mairie de village de Seehem (source : Wikipédia). La reproduction de Villenave d'Ornon est plutôt fidèle au modèle d'origine !
La version miniature de la mairie à Villenave d'Ornon (inaugurée en octobre 2015) a beaucoup de charme, avec ses fausses portes et fenêtres, et ses véritables girouette et horloge - bien que ce dernier soit actuellement hors service car l'aiguille des minutes s'est détachée ! Non loin de la mini-mairie se trouvent quelques pieds de vignes, mais impossible de savoir si le cépage est plutôt typique du sud-ouest de la France ou de l'ouest de l'Allemagne !
Quelques détails de la mini-mairie, dont l'horloge, qui a connu des jours meilleurs !
De l'autre côté de la Rocade (nous sommes tout près de la sortie 18) se trouve l'hommage de Villenave à Bridgend ou, pour utiliser son nom gallois, Pen-y-bont ar Ogwr pour "le bout du pont sur l'Ogmore", allusion au fleuve qui traverse la ville. Ville jumelle de Villenave depuis 1994 (distance entre les deux : 1 264 kilomètres), Bridgend compte 40 000 habitants. Son agglomération (le county borough of Bridgend) comprend également Maesteg et Porthcawl et le tout représente quelque 140 000 habitants.

Ce McDonald's est ouvert 24 heures par jour...
Parmi les sites emblématiques situés aux alentours de Bridgend, citons le verrou triangulaire constitué de trois lieux fortifiés (le châteaux de Newcastle et d'Ogmore, et le prieuré fortifié d'Ewenny) construits au XIe siècle suite à la conquête de l'Angleterre anglo-saxone par les Normands. Par contre, parmi les premiers résultats proposés par une recherche Google sur Bridgend on retrouve aisément la triste vague de suicides d'adolescents qui a touché la zone entre janvier 2007 et février 2009 (26 morts !).

L'ouvrage sur le giratoire de Villenave est une interprétation littérale de la notion de "bridge end", ou bout du pont, avec son flux constant d'eau qui déborde depuis l'extrémité d'un pont ou aqueduc. La forme du pont ne rappelle pas forcément celle du pont historique au-dessus de l'Ogmore en centre-ville de Bridgend, mais la silhouette pourrait éventuellement s'inspirer de l'aqueduc Bont Fawr à Pontrhydyfen, situé à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Bridgend. Ou alors ce choix a au contraire un accent bien plus local, faisant allusion à l'aqueduc de l'ère gallo-romaine découverte progressivement ces dernières années lors de fouilles dans le quartier tout proche de Sarcignan. 

Gros plan sur l'ouvrage "Bridgend". À noter : la porte d'accès au système de pompage.
L'eau qui coule est en quelque sorte une illusion d'optique puisque la première impression est qu'elle coule telle un torrent depuis la butte qui se trouve tout à côté ; on aurait presque envie de la comparer aux célèbres vallées du sud du Pays de Galles ! En réalité, le dispositif est un simple circuit fermé où l'eau du bassin est pompée en permanence jusqu'en haut de la structure en passant par le dernier pilier du pont.

Pour compléter le tout, au-delà de la butte fleurie évoquée plus haut, admirons les quelques grands palmiers qui, il est vrai, rappellent davantage la Côte d'Azur que le sud du Pays de Galles ! Enfin, contrairement au rond-point Seeheim-Jugenheim qui est relativement accessible, des panneaux interdisent l'accès à la pelouse et au bassin du rond-point Bridgend (Invisible Bordeaux a donc bravé quelques interdits afin de réaliser ce reportage). Ceci étant dit, le trafic est tellement dense - entre véhicules en transit et clients du McDonald's ouvert 24 heures sur 24 - qu'il faut être particulièrement courageux pour vouloir passer de l'autre côté !

Les beaux palmiers qui rappellent tant le sud du Pays de Galles.
Quoiqu'il en soit, avec l'apparition de tant de ronds-points paysagés, c'est avec grand plaisir qu'on découvre certains comme ceux de Villenave d'Ornon qui sont dotés d'un symbolisme qui va au-delà du simple esthétique. Et ô combien cela doit faire plaisir aux visiteurs de Seeheim-Jugenheim ou de Bridgend de découvrir ces modestes hommages à leurs villes d'origine ! Villenave d'Ornon est-elle honorée de la même façon en Allemagne et au Pays de Galles ?

> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : giratoires Seeheim-Jugenheim et Bridgend, Villenave d'Ornon
Bonus #1 (merci Chris Tighe) : la fontaine du rond-point Bridgend connaît un moment de gloire insolite dans le film "Le Grand Soir" (2011) avec Albert Dupontel et Benoît Poelvoorde. Voyez plutôt !

   

Bonus #2 : l'accès au "Tabac-presse du rond-point" près du giratoire Seeheim-Jugenheim est manifestement compliqué, d'où l'ajout d'une carte explicative destinée aux automobilistes qui a été rajoutée sur la façade !

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Mon employeur Thales organise des conférences internes dans l’esprit des célèbres TED Talks et j’ai eu le plaisir d’intervenir lors d’un...

[Vidéo] L’effet domino du blog Invisible Bordeaux


Mon employeur Thales organise des conférences internes dans l’esprit des célèbres TED Talks et j’ai eu le plaisir d’intervenir lors d’un de ces rendez-vous sur notre site de Mérignac. Tout naturellement, ma « talk » a porté sur le blog Invisible Bordeaux et sur l’effet domino que déclenchent certains articles.

Dans le cadre de cette intervention, je me focalise sur trois sujets en particulier (Mort Shuman, la nuit des barricades bordelaises de mai 1968, et l’arboretum du domaine Catros) et dévoile les rencontres, les retombées et les événements qui en découlent. Et voici la preuve en images !


Un grand merci à toute l’équipe encadrante de l’initiative des Thales Talks !

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L'université de Bordeaux s'étale sur plusieurs bâtiments en centre-ville, et surtout sur un grand campus qui s'étend de Tal...

À la recherche de l'insolite sur le campus universitaire de Talence et Pessac

L'université de Bordeaux s'étale sur plusieurs bâtiments en centre-ville, et surtout sur un grand campus qui s'étend de Talence à Gradignan via Pessac. Outre les inévitables salles de classe, amphithéâtres, bureaux et résidences étudiants, ce campus réserve quelques surprises, qu'il s'agisse de chapelles en ruines ou d’œuvres artistiques. 

Cela me semblait être un bon angle pour partir à la découverte du campus, et pour mener à bien cette mission je pouvais compter sur le soutien de deux excellents guides : d'abord un livret réalisé par l'Université intitulé Promenades Universitaires me permettant notamment de situer différentes œuvres (dont la plupart peut être attribuée à la politique 1 % artistique obligeant les projets de construction publiques à consacrer 1 % du budget à des créations artistiques) ; et surtout mon compagnon de route sur cette aventure, Harvey Morgan, expatrié américain basé désormais à Talence, lecteur assidu du blog depuis de nombreuses années et passionné d'histoire et de patrimoine (particulièrement le patrimoine religieux de la Gironde). 

Après quelques échanges par e-mail par rapport à ce que nous allions bien pouvoir observer, Harvey a conçu un itinéraire intéressant qui a démarré devant une des grandes spécialités françaises de ces dernières années : un rond-point paysagé. Dans ce cas précis, la carrefour giratoire s'articule autour d'une cabane qui, me semble-t-il, rappelle un carrelet girondin. En y regardant de plus près, il s'est avéré qu'il n'y avait pas de plancher surélevé à l'intérieur, juste un espace ouvert jonché de bouteilles vides. La cabane est manifestement devenue un lieu de rendez-vous insolite pour des buveurs de bières… 


De là, nous avons rejoint l'entrée  l'école d'ingénieurs des Arts & Métiers afin d'observer trois objets surprenants. D'abord, une imposante sculpture signée par l'Argentine Alicia Penalba (1913-1982), à savoir une de ses créations dites Grand Double inspirées par les totems amérindiens. Celle-ci a été réalisée en 1974. 


Puis, un peu plus près des bâtiments, nous avons découvert une « Smartflower », un système photovoltaïque à moyenne échelle qui pivote en fonction de la position du soleil, ou peut simplement se replier si les vents deviennent trop forts. Comment la puissance utilisée par la Smartflower est-elle utilisée sur le site ? Cela reste une question sans réponse, mais les informations disponibles en ligne suggèrent que cette installation (coût approximatif : 23 000 €) peut générer entre 3 400 et 6 200 kWh par an, ce qui est probablement suffisant pour alimenter quelques appareils électriques.  

Harvey Morgan observe la Smartflower.
Nous avons terminé devant un impressionnant marteau-pilon à planche L-G 500 produit au milieu du XXe siècle par la Société de Construction de Montbard. Inutile de dire qu'il n'est plus utilisé !


Notre prochaine étape fut du côté des sportifs du CREPS où nous avons observé de l'intérieur une des trouvailles préférées de Harvey dans la région : les ruines de la chapelle Roul, une chapelle construite en 1849 sous François Roul (1782-1864), maire de Talence et propriétaire du château voisin et des terres environnantes, à savoir le domaine Monadey. Le souhait de Roul était d'être inhumé dans la chapelle mais ceci n'a pas été autorisé. Au fil des années, le lieu a changé de mains et est tombé sous la propriété de l'État à partir de 1942, et la chapelle a plus ou moins survécu.

 

Elle était en très mauvais état jusqu'à il y a quelques années quand une association d'étudiants, en partenariat avec la municipalité et des historiens locaux, a cherché à nettoyer et restaurer ce qui restait de la chapelle. Le résultat est étonnant et plein de contrastes : les quatre murs sans toit de cet édifice religieux figé dans le temps, entourés de tous côtés par des installations sportives modernes.


En partant du CREPS, nous nous sommes dirigés vers le portail monumental art déco réalisé en 1950 par une grande figure de la ferronnerie, Raymond Subes (1893-1970). Les battants, qui comprennent plusieurs rangées de motifs rappelant des branches d'arbres, sont surmontées par l'inscription "Université de Bordeaux. Faculté des Sciences".


Comme le portail était bien ouvert en ce samedi matin, nous sommes entrés et Harvey m'a guidé vers un autre de ses lieux préférés : Castel Terrefort, un manoir qui était au cœur de ce domaine jusqu'à ce que la ville de Bordeaux l'achète. Non loin, le château Bonnefont a connu le même sort, et toute la zone a été transformée pour devenir partie de l'actuel campus universitaire (plus tard nous avons vu le château Bonnefont de loin - il a également été incorporé dans la configuration universitaire, comprenant des bureaux et le célèbre amphithéâtre l'Agora du Haut-Carré). À Castel Terrefort, nous avons admiré la cour paisible et ses éléments décoratifs muraux, et Harvey a raconté ses visites dans la chapelle souterraine de la propriété que, malheureusement, nous n'avons pas pu voir ensemble.


Après ce début quelque peu sinueux de notre balade universitaire, nous nous sommes engagés sur  un parcours de plus en plus linéaire, en suivant plus ou moins le tracé de la ligne B du tramway par Talence et Pessac. Le prochain point d'intérêt que nous visions était juste hors de notre portée, à l'intérieur du hall d'entrée de l'institut national de recherche INRIA : une installation d'art moderne de Nathalie Talec (1960 -...) intitulée The Third Hemisphere. Installée ici en mars 2012, l’œuvre tout en néon et en métal est une représentation à grande échelle des contours du cerveau humain. 


En nous déplaçant plus à l'ouest, nous avons rencontré une formation de roches positionnées en spirale, chaque pierre étant étiquetée en fonction de son lieu d'origine (Pyrénées, Cantal, Corrèze, Haute-Garonne, etc.). Ce panorama rappelait à Harvey les dolmens et alignements mégalithiques en Bretagne. 


Nous avons alors atteint la première des trois pièces produites dans les années 1960 par le sculpteur Jean Bertoux (1923- ...), à savoir son Mur mosaïque comprenant un certain nombre de blocs en "u" et "n" posés les uns sur les autres. Un côté est nettement plus joli que l'autre et, par endroits, l’œuvre est en piètre état et ses morceaux se détachent. Bien que tentés de ramener chez nous un souvenir de cette œuvre artistique, nous avons finalement préféré laisser les morceaux de carreaux cassés sur place… 


Les deux prochaines réalisations sont des structures en acier constituées de combinaisons de triangles et de cercles. Encore une fois, on a pu observer par endroits que ces œuvres d'art avaient connu des jours meilleurs !


Nous nous sommes alors dirigés vers les bâtiments principaux de l'actuelle Université Montaigne, regroupant la Faculté de Droit et Sciences Économiques et la Faculté des Lettres et Sciences Humaines. C'est là que se trouve la structure en pierre intitulée Jet d'eau pétrifiée, réalisée vers 1968 par Yasuo Mizui (1925-2008). L’œuvre aurait été positionnée à l'origine au milieu d'un véritable plan d'eau où les reflets des formes et des motifs de la sculpture ajoutaient une dimension supplémentaire à cette création. Dans sa configuration actuelle, ce "jet d'eau" semble particulièrement statique voire pas tout à fait à sa place.
 

Notre ultime arrêt était sur l'esplanade située en face de la fontaine Mizui, où nous avons découvert l'« Espace aménagé Bissière », de son créateur Roger Bissière (1886-1964). Près des bâtiments de l'université, ceci correspond à un certain nombre de petits blocs de pierre qui servent sans doute de sièges plus ou moins confortables aux étudiants entre deux cours, avec en complément les silhouettes en ardoise d'oiseaux en vol incrustées dans le sol. L'autre œuvre signée Bissière se trouve désormais à quelques mètres de là, sous des arbres : un long mur décoré de motifs réalisés en pierres, ardoise et fragments de briques, le tout dessiné à l'origine par Bissière mais réalisé par son fils Marc-Antoine Loutre.

 

Avant de regagner en tramway notre point de départ (aux côtés de dizaines d'étudiants étrangers, les seuls habitants du campus universitaire le week-end), nous avons admiré des murs qui ont été transformés par des graffeurs. Ces exemples de street-art seront-ils aussi pérennes que le patrimoine artistique officiel du campus ? 


Nous avons passé une matinée passionnante à découvrir l'université sous un jour nouveau. Mais, en repensant à notre itinéraire, la seule œuvre accompagnée d'un panneau d'information était Le Troisième Hémisphère à l'INRIA, que nous n'avons pu admirer qu'à travers des vitres ! Pour toutes les autres découvertes, il a fallu glaner des bribes d'information dans le dépliant des Promenades Universitaires et, surtout, s'appuyer sur du googling rétroactif. Donc, formulons ici une demande auprès de l'Université de Bordeaux pour l'ajout de panneaux d'information afin de mieux sensibiliser les étudiants et les éventuels visiteurs à l'étendue et à la richesse des découvertes à faire sur le campus. Chers universitaires, à vous de jouer !

> Le dépliant Promenades Universitaires est disponible en ligne ici : http://patrimoine-artistique.u-bordeaux3.fr/promenades_universitaires.pdf
> This article is also available in English! 
> Voici la localisation de tous les sites détaillés dans l'article (cartographie Google) :
> Enfin, un grand merci à Harvey Morgan de m'avoir accompagné lors de cette aventure. N'hésitez pas à découvrir le site www.avec33.fr sur le patrimoine religieux en Gironde auquel il contribue. Pour finir, voici le reflet de mon compagnon de route d'un jour dans les pétales du dispositif photovoltaïque Smartflower devant l'école des Arts & Métiers ! 


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Si vous voyagez à bord d'un avion easyJet au cours de ce mois de mars 2018, n'hésitez pas à feuilleter le magazine disponible en...

Dossier « How to do Bordeaux » à découvrir dans le dernier numéro du magazine easyJet Traveller


Si vous voyagez à bord d'un avion easyJet au cours de ce mois de mars 2018, n'hésitez pas à feuilleter le magazine disponible en cabine, easyJet Traveller, où vous découvrirez l'article "How to do Bordeaux" signé par un blogueur britannique qui vous sera familier si vous suivez Invisible Bordeaux !

Le dossier recense différents lieux et activités permettant aux personnes qui visitent Bordeaux de profiter au maximum d’une journée, d’une soirée ou même ne serait-ce que d’une heure sur place : musées, restaurants, bars à vins, quartiers à découvrir et monuments à ne pas rater.

Si vous êtes de passage à Bordeaux, j’espère que l’article vous permettra de rapidement trouver vos repères. Si vous êtes basé dans la ville, j’espère que vous validez toutes les propositions !

Bonne lecture !

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> Ce numéro du magazine easyJet Traveller peut être visionné en ligne dans son intégralité ; vous trouverez l’article sur Bordeaux sur les pages 104 et 105 : http://traveller.easyjet.com/emagazine/2976/march-2018/

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Nous voici à Eysines, au domaine du Pinsan, connu principalement pour ses terrains et sa salle de sport, sa piscine et son parcours de s...

Vol AF 1919 de Bruxelles à Bordeaux : la catastrophe aérienne d'Eysines


Nous voici à Eysines, au domaine du Pinsan, connu principalement pour ses terrains et sa salle de sport, sa piscine et son parcours de santé. Au pied d'un arbre gisent quelques plaques et plantes fleuries en guise de mémorial rappelant un événement tragique survenu le 21 décembre 1987 : le crash du vol Air France 1919 de Bruxelles à Bordeaux, et la mort de ses 13 passagers et trois membres d'équipage.

L'appareil était un turbopropulseur Embraer 120 exploité par la compagnie domestique Air Littoral pour le compte d'Air France, dans le cadre d'un service régulier reliant Bordeaux à Bruxelles et Amsterdam. Ce lundi avant Noël, le temps était mauvais dans une grande partie de l'Europe. Après l'atterrissage à 10h37 (heure de Paris) du vol aller Bordeaux-Bruxelles, l'étape Bruxelles-Amsterdam-Bruxelles a été annulée en raison des mauvaises conditions aux Pays-Bas. À 13h30, lors du décollage à Bruxelles à destination de Bordeaux, quelques incertitudes subsistaient dans le cockpit de l'avion puisqu'en Gironde, l'épais brouillard du matin ne s'était pas levé comme prévu. Il était donc fort probable que le vol soit dévié vers Toulouse ou Biarritz.

Un EMB 120 Air France / Air Littoral. Photo de Werner Fischdick, source : www.crash-aerien.news
Cependant, le commandant de bord Rémy Robert et son copilote Guy Michoux (dont les rôles avaient été inversés, le copilote était « Pilot Flying » et le commandant « Pilot Monitoring ») souhaitaient retourner à leur base à Bordeaux pour éviter les complications évidentes d'un atterrissage lointain. Ils ont atteint la zone au nord de l'aéroport sans aucun problème. À ce stade, la visibilité est restée réduite et la hauteur de la base des nuages était particulièrement basse (100 pieds), de sorte que les pilotes ont demandé à entrer dans une zone d'attente vers le sud. Mais, alors que l'avion s'apprêtait à quitter la trajectoire de vol pour entrer dans le circuit d'attente, le contrôle aérien a signalé une amélioration des conditions météorologiques (la base des nuages ​​est passée à 160 pieds) et, à la surprise de la tour de contrôle, les pilotes ont immédiatement cherché à rejoindre le couloir d'atterrissage. 

À ce stade, l'avion se déplaçait plus vite et à une altitude plus élevée qu'il n'aurait dû l'être, et a tout simplement dépassé la trajectoire de descente vers l'aéroport, en virant à droite. Les pilotes considéraient toujours qu'ils pouvaient rectifier la trajectoire de l'avion, déployant volets et trains d'atterrissage, mais la descente de l'avion est devenue beaucoup trop prononcée et le contact radio avec la tour de contrôle a été perdu. Il était trop tard pour mettre les gaz et redresser l'avion et à 15h10, à quelque 5 100 mètres de la piste, l'avion a heurté de grands pins et s'est écrasé, prenant feu à la suite de l'impact, feu qui s'est propagé aux arbres tout autour. Toutes les personnes à bord ont perdu la vie presque instantanément.

Schémas à retrouver dans le rapport final sur l'accident. À gauche, la trajectoire d'approche depuis le nord-est, passant au-dessus de la Dordogne et de la Garonne en chemin vers l'aéroport de Bordeaux-Mérignac. À droite, le parcours du vol AF1919 qui s'apprêtait à attendre dans la zone au sud avant de rejoindre de façon approximative le couloir aérien principal. 
Les secours sont rapidement arrivés sur les lieux. Ils y ont découvert des hublots noircis par le feu tout au long du fuselage, dont les ailes avaient été arrachées. Les 16 corps - 11 hommes, 4 femmes (dont l'hôtesse de l'air Annie Suzineau) et une jeune fille - ont été récupérés par les secouristes, mais ils ont vite constaté que le bilan aurait pu être bien pire : l'avion s'était écrasé à 200 mètres d'un centre aéré où 30 jeunes enfants faisaient la sieste. Les enfants ont été rapidement évacués du secteur.

Photos prises sur les lieux de l'accident et figurant dans le rapport officiel du BEA. En haut à gauche : l'arrière de l'épave ; en haut à droite : le moteur droit ; en bas à gauche : l'avant de l'appareil ; en bas à droite : les restes du poste de pilotage.
Un rapport de 37 pages (incluant une retranscription des enregistrements vocaux des 30 dernières minutes avant l'accident) rédigé par le BEA (Bureau d'Enquêtes et d'Analyses pour la sécurité de l'aviation civile) a été publié environ 18 mois plus tard et a formalisé les causes de l'accident : une mauvaise gestion de la trajectoire de l'avion due notamment au manque de vigilance vis-à-vis de l'altitude, et à une mauvaise coordination entre les deux pilotes concernant des tâches importantes telles que la surveillance et la signalisation d'écarts ILS (Instrument Landing Systems) ou d'altitude. 

Mais peu de temps après l'accident, les médias locaux avaient déclenché une polémique. En effet, le quotidien régional Sud Ouest avait titré « Les chauffards du ciel, les pilotes étaient ivres ». Cette information étant d'abord difficilement vérifiable, Sud Ouest a par la suite publié discrètement un rectificatif. Et pourtant, dans le rapport du BEA, il est bien précisé que des prélevés ont démontré que le taux d'alcoolémie du commandant de bord était de 0,35 gramme par litre (aujourd'hui, la limite légale pour les pilotes en Europe est de 0,2 gramme par litre). Il n'y avait par contre rien à signaler du côté du copilote. 

Que les pilotes aient été ou non sous influence, à en juger par un message épinglé à l'arbre au domaine du Pinsan, au moins une des familles des victimes du crash a tranché. Il y est écrit que cette catastrophe aérienne était « due à l'incompétence des pilotes » et cite le jugement rendu par le Tribunal de grande instance de Paris en 1992 de « faute inexcusable à l'origine de l'accident », avant de conclure par les phrases « Nous n'oublions pas. Nous ne pardonnons pas ».


Enfin, en menant l'enquête sur ce triste événement, Invisible Bordeaux a découvert un lien inattendu qui, forcément, n'a pas fait de bruit à l'époque que ce soit dans les médias ou dans le rapport BEA : l'un des passagers à bord de l'avion était un certain Philippe Deschamps, 22 ans, qui revenait dans « son » pays du sud-ouest de la France depuis sa nouvelle demeure à Bruxelles. Il devait y retrouver sa famille pour passer Noël à Anglet, dans le pays basque. 

Didier Deschamps sous les couleurs
des Girondins de Bordeaux (1990-91).
Source image : Getty Images/Alain Gadoffre.
Il s'avère que Philippe était le frère aîné du footballeur Didier Deschamps, alors jeune nantais de 19 ans, qui a construit par la suite une carrière illustre dans des clubs tels que Bordeaux, Marseille, la Juventus et Chelsea. En tant que capitaine de l'équipe de France il a remporté la Coupe du monde en 1998 et l'Euro en 2000, avant de devenir entraîneur à Monaco, Marseille, Juventus et aujourd'hui sélectionneur national. Didier était à Concarneau, en Bretagne, lorsqu'il a été prévenu du décès de son frère. Il séjournait alors chez les parents de sa petite amie Claude (qui est devenue plus tard son épouse) avant de se diriger vers le sud pour la réunion de famille. L'ampleur de ce terrible choc s'est encore aggravée trois jours plus tard lorsque, possible conséquence indirecte de l'accident d'Eysines, le père de Claude est mort d'une crise cardiaque… 

Didier Deschamps n'a que très rarement parlé publiquement de ce chapitre traumatisant de l'histoire de sa famille, mais lors d'une interview en 2015 avec Michel Denisot pour Canal +, il a déclaré : « On vit avec, on vit sans surtout. Cela fait partie des drames et des coups durs de la vie. On n'oublie pas, cela reste marqué à vie. La vie est injuste, c'est le destin, cruel par moments et, en l'occurrence, très cruel et très injuste. On vit différemment, cela nous durcit encore plus. Pour moi cela a été difficile, mais je sais que pour mes parents ça l'a été encore plus, encore aujourd'hui malgré les années qui sont passées. »

Vidéo : Didier Deschamps revient sur la perte de son frère aîné
[source chaîne Youtube BALAMED]
Retour au domaine du Pinsan où les avions continuent de survoler la zone et les joggeurs de passer devant l'arbre, ses fleurs et ses plaques. Mais pour tous ceux qui ont été touchés de près ou de loin par l'accident, les souvenirs resteront. Sur un forum en ligne, un officier de police des frontières basé à l'aéroport en 1987, et qui a été immédiatement envoyé sur les lieux de l'accident aux côtés des services d'urgence, a écrit qu'il n'oublierait jamais le message « vol retardé » sur le panneau d'affichage des arrivées, ou encore ces familles qui attendaient leurs proches dans le terminal de l'aéroport... le genre de situation que l'on espère tous ne jamais avoir à vivre

Un avion passe au-dessus du domaine du Pinsan, Eysines.
> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : memorial to victims of 1987 plane crash, Domaine du Pinsan, Eysines
> Le rapport complet du BEA est à retrouver ici : http://www.bea.aero/docspa/1987/f-gh871221/pdf/f-gh871221.pdf
> This article is also available in English. 

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